Voici la légende de la création des Nain par Aulë le dieux forgeron.
On raconte qu´au commencement les Nains furent créés par Aulë pendant la nuit des Terres du Milieu. Aulë désirait si fort la venue des Enfants pour avoir des apprentis auxquels il pourrait enseigner son savoir et ses talents qu´il ne voulut pas attendre l´accomplissement des plans d´Ilúvatar. Et il créa les Nains tels qu´ils sont encore aujourd´hui, car l´apparence des Enfants à venir n´était pas claire à son esprit et la Terre était encore au pouvoir de Melkor : il souhaitait donc qu´ils fussent robustes et résistants. De crainte que les autres Valar ne blâmassent son œuvre, il travailla en secret et c´est dans une caverne sous les montagnes des Terres du Milieu qu´il donna vie aux Sept Pères des Nains.
Ilúvatar apprit ce qui avait été fait et, dès l´instant qu´Aulë eut achevé son œuvre, et qu´il eut commencé à instruire les Nains dans le langage qu´il avait inventé pour eux, Ilúvatar s´adressa à lui. Aulë entendit sa voix et resta silencieux. Et la voix d´Ilúvatar lui disait :
- Pourquoi as-tu fait cela ? Pourquoi tenter de faire ce qui, tu le sais, surpasse ton pouvoir et ton autorité ? Car de moi tuas reçu le don de l’existence, pour toi seul et rien de plus, par conséquent les êtres crées de ta main et de ton esprit ne peuvent vivre que de ta seule existence, bouger lorsque tu pense à les faire bouger, rester comme morts lorsque ta pensée est ailleurs. Est-ce là ton désir .
Et Aulë répondit :
- Je n’ai pas voulu ce pouvoir. J’ai recherché des êtres différents de moi, afin de les aimer et de les enseigner, qu’il puissent eux aussi percevoir la beauté de Eä, dont tu es l’origine. Car il me semblait qu’il y avait sur Eä tant de place que de nombreuses créatures pourraient s’y plaire alors que, pour la plus grande part, elle est encore vide et silencieuse. Et mon impatience m’a conduit à la déraison. Pourtant, le désir de créer m’a été donné par toi qui m’as créé et l’enfant ignorant qui se fait un jeu des exploits de son père ne croit pas se moquer, mais pense qu’il est le fils de son père. Et que faire maintenant, que je n’encoure pas ta colère à jamais . Comme un enfant à son père, je t’offre ces créatures, l’œuvre de mes mains que toi-même a créées. Fais d’elle ce que tu veux. Ou dois-je plutôt détruire le fruit de mon orgueil ?
Alors Aulë s´empara d´un grand marteau pour écraser les Nains et ses larmes coulaient. Mais Ilúvatar eut pitié d´Aulë et de son désir, à cause de son humilité. Les Nains pris de peur se courbaient sous le marteau et ils baissaient la tête et imploraient pitié. Alors la voix d´Ilúvatar dit à Aulë :
- J’accepte ton offre comme tu me l’as faite. Ne vois-tu pas que ces êtres ont désormais une vie indépendante et qu’ils parlent de leur propre voix ? Sinon ils n’auraient pas reculé devant tes coups ni devant ta volonté.
Alors Aulë jeta son marteau et se réjouit, et il rendit grâce à Ilúvatar en disant :
- Qu’Eru bénisse mon œuvre et l’améliore !
Ilùvatar parla encore et dit :
De même que j’ai donné l’être aux pensées des Ainur au commencement du Monde, de même j’ai accepté ton désir et lui ai fait place, mais en aucune façon je ne corrigerai ton œuvre, elle restera telle que tu l’as faite. Ce qu je ne veux pas, c’est que ces êtres apparaissent avant les Premiers-Nés de mes Enfants et que ton impatience soit récompensée. Ils vont dormir maintenant dans la nuit sous la roche et ne se lèveront pas avant que les Premiers-Nés ne soient venus sur terre. Ils attendront et toi aussi tout ce temps, si long qu’il paraisse. Quand le moment sera venu, je les éveillerai et ce seront comme tes enfants, et souvent il y aura bataille entre les tiens et les miens, les enfants de mon choix et ceux que j’avais adoptés.
Alors Aulë prit les Sept Pères des Nains, les fit reposer dans des lieux éloignés puis retourna à Valinor pour attendre de très longues années.
Comme les Nains devaient naître à l´époque où Melkor faisait peser son joug, Aulë leur avait donné une grande endurance. Ils sont donc durs comme le roc, obstinés, prompts à l´amitié comme à l´hostilité, et ils résistent mieux à la peine, à la faim et à la souffrance que tous les êtres parlants. Et ils vivent longtemps, plus longtemps que les Humains, sans atteindre la vie éternelle. On croyait autrefois, chez les Elfes, que les Nains retournaient après leur mort à la terre et aux roches dont ils sont venus, mais eux-mêmes ne le croient pas. Ils disent qu´Aulë, le Constructeur, qu´ils appellent Mahal, prend soin d´eux et les rassemble chez Mandos dans des cavernes séparées des autres et que jadis il avait annoncé à leurs Pères qu´à la fin des Temps Ilúvatar les bénirait et leur ferait place parmi ses Enfants. Alors ils auraient à servir Aulë pour l´aider à reconstruire Arda après la Dernière Bataille. Ils disent aussi que les Sept Pères des Nains reviendront vivre parmi leurs semblables et retrouveront leurs anciens noms. De ceux-là Durín fut le plus célèbre dans les temps qui suivirent, celui qui engendra les Nains les mieux disposés envers les Elfes, ceux des Khazad-dûm.
Ce conte n’est que la première partie du chapitre dont il provient ( Chapitre 2-Sur Aulë et Yavanna / « Le Silmarillion » J.R.R. Tolkien )