Une histoire à te raconter, tavernier ? C´est possible... Je me souviens d´un jeune freluquet, que j´ai croisé il y a quelques années, à Athkatla. Fier et prétentieux, peigné comme un dessous de bras. Je crois que j´ai oublié son nom. Amon... Mona... Anémone, peut-être ? Ouais, ça doit être ça : Anémone ! Enfin bref : ce type arrive, la main sur le coeur, la bouche en cul de poule et commence à poser un tas de questions ennuyeuses : qui je suis, d´où je viens, qui sont mes compagnons... A l´époque, je faisais équipe avec Korgan, un nain, un guerrier redoutable. Un caractère de cochon, aussi. Je sentais bien que la présence de l´autre type le dérangeait. J´ai vite compris pourquoi : ce cafard arrogant voulait devenir chevalier et rejoindre l´Ordre du Coeur Radieux ! Ah ! Je ne les ai pas oubliés, ceux-là ! Une bande de dégénérés et d´attardés congénitaux... à la bourse bien pleine, toutefois... C´est en partie à cause d´eux que j´ai dû fuir Athkatla. Les habitants de cette ville n´apprécient guère les provocations et les menaces à l´égard de leurs représentants religieux. Surtout lorsque ces menaces sont mises à exécution...
Mais revenons à notre mouton. Ce type, Moamen, je l´ai tout de suite détesté. Mais j´ai pensé qu´il pourrait nous divertir, moi et mes compagnons. A son insu, bien entendu : la farce n´en serait que plus drôle. Je l´ai donc intégré au sein du groupe. Et j´avoue que je n´ai pas été déçu : durant les jours qui suivirent, une solide amitié se noua entre Korgan, ma compagne Viconia et ce jeune coq ; les débats passionnels et passionnés qui s´ensuivirent me procuraient toujours beaucoup de plaisir et me faisaient rire énormément. Mais l´avenir me réservait encore quelques bonnes surprises.
Après une nuit passée en prison - une querelle, à laquelle j´avais été mêlé malgré moi, avait éclaté la veille au soir entre les clients de la l´auberge où on logeait, un groupe de marchands de passage dans la région et les gardes chargés de la sécurité du lieu, les premiers ( dont on ne faisait pas partie) s´étant fait volés leurs biens personnels dans la soirée, les autres cherchant tant bien que mal les coupables, et avait fait sept morts - un type est venu à notre rencontre, il voulait voir l´apprenti chevalier. Manon venait en fait de perdre sa soeur, visiblement de manière tragique et devait rejoindre son père. Sa baraque était située un peu plus loin en ville, on a pas eu beaucoup de mal à la trouver. Le père de Manon nous attendait à l´intérieur. La situation était en fait la suivante : un riche commerçant, un certain Saerk Farrahd, un vieil ennemi de la famille, avait fait assassiner la soeur de Melomane et devait payer pour ce crime. Encore sous le choc, Melomane s´approcha pour me demander mon avis. Assez rapidement, je suis parvenu à le convaincre que la seule solution était de venger la mort de sa soeur et d´éviter tout recours à la justice, ce qui nous aurait fait perdre un temps précieux. La décision prise, je quittais les lieux et me dirigeais vers le quarier du pont, là où notre gibier se planquait.
Pénétrer dans sa bicoque somptueuse n´a pas été d´une grande difficulté, le père de Nalomen nous ayant filé les clefs de la porte d´entrée. Les quelques gardes présents, surpris par notre intrusion, n´ont pas opposé une grande résistance et tous, y compris les serviteurs, ont vite été liquidés. Alerté par notre boucan, Saerk se montrait enfin, accompagné de ses maudits gosses. Son regard trahissait son étonnement, peut-être aussi une légère inquiétude. Alogen, qui se tenait à mes côtés, s´est alors avancé dans sa direction. La fierté crasse et la prétention écoeurante qu´il affichait autrefois avaient disparu, cédant la place à la colère et à une haine dévorante. Ses sentiments ont alors explosé, le ton est monté très rapidement et en une fraction de seconde, Alogen s´est précipité sur la fille de Saerk pour l´égorger. Fous furieux, Saerk et son fils se sont jetés sur nous, bientôt rejoints par une poignée de gardes bien mal entraînés. Quelques minutes ont été suffisantes pour en venir à bout, mais le fils Farrahd a pu nous échapper. Avant de partir, nous avons mis à sac la maison entière, ce qui nous a permis de dénicher deux ou trois babioles intéressantes, dont on a pu tirer un bon prix, ainsi qu´un bon paquet de pièces d´or.
Après cela, nous sommes rentrés, Hymen devait faire part de la nouvelle à son père. Je sais qu´il est resté quelques temps encore dans le groupe. Combien ? Deux, peut-être trois jours ? Il était devenu insupportable et me cassait les pieds toute la journée. Comme on ne peut pas compter sur ce genre de personne, j´avais décidé de m´en séparer. Je lui ai fendu le crâne, un matin, avant son réveil. Sa présence n´était plus indispensable. On a balancé son corps à la flotte et j´ai pu revendre une partie de son équipement. C´est bien la seule fois où il a pu me servir à quelque chose, celui-là !