Je suis au contraire entièrement satisfait du parcours qu'a pu connaître LIMBO. D'une part de son succès public. Le jeu de Playdead a été justement et largement diffusé, sa carrière depuis sa naissance s'étend à présent sur cinq années, ce qui est considérable, surtout pour une première oeuvre. Le studio danois peut s'en féliciter.
D'autre part, LIMBO a joui d'une reconnaissance critique, et c'est, selon moi, l'essentiel. Son rayonnement a été mondial, un aspect non négligeable, ne serait-ce que pour l'avenir économique de Playdead. Mais si l'on considère le simple accueil critique, LIMBO a réussi le principal, reconnu par la "profession", pourrait-on dire. Il assure à long à ses créateurs le confort d'une bonne réputation.
Concernant la difficulté du jeu, on a déjà eu l'occasion d'en discuter. C'est évidemment une des forces du titre. A dire vrai, je suis rapidement exaspéré par la grande majorité des jeux actuels, qui prennent le joueur par la main, évitant de le frustrer. Les jeux qui font scintiller l'objet important à ramasser au sol, ou indiquant "X pour ouvrir la porte". J'appartiens à une génération qui a connu les jeux exigeants, qui apportaient parfois une réelle fierté lorsque, par bonheur, on parvenait à poursuivre l'aventure après plusieurs heures ou journées de blocage.
Sur ce point, LIMBO est parfait. Ni facile, ni insurmontable. Le bon dosage de la difficulté est en partie intimement lié à des énigmes intelligemment conçues, constamment renouvelées. Ajouté à cela un réel plaisir de jeu, de par une maniabilité maîtrisée et à une réalisation sans faille.
Mais LIMBO est évidemment bien plus qu'un très bon jeu. C'est l'expérience qui m'a prouvé de façon éloquente que le jeu vidéo pouvait en effet être une oeuvre d'art. Non pas forcément par l'émotion qu'il procure (d'autres se sont chargé de cela bien avant lui), mais par l'audace de ses choix et de sa réalisation. LIMBO est esthétiquement beau, c'est le moins que l'on puisse lui reconnaître. Mais il propose en plus une mise en scène audacieuse digne d'un court-métrage de cinéma. Et cerise sur le gâteau, LIMBO met en avant une approche scénaristique en marge de ce que l'on a toujours trouvé dans le média vidéoludique. Sa fin ouverte joue dans ce constat, mais également l'ensemble du déroulement de l'action, parsemée de scènes soigneusement organisées, conférant à LIMBO un traitement métaphorique tout à fait novateur.
LIMBO a placé la barre très haut, et si à n'en point douter il a marqué de son empreinte l'histoire du jeu vidéo, c'est parce qu'au lieu de se reposer sur des acquis, il a proposé quelquechose de nouveau. Ce qui au final a aussi pu rebuter. A l'image de quantité d'oeuvres d'art repoussant les frontières du déjà vu ou déjà entendu.
Et qui douterait un seul instant quant à ce que sera le mystérieux INSIDE ? La valeur de LIMBO n'a jamais été le fruit du hasard. Il en sera de même pour son successeur, les gens de Playdead maîtrisent leur sujet. Et je pense même qu'ils peuvent à nouveau créer la surprise (le vrai défi, n'est-ce pas ?).