Hello tout l´monde, en forme ?
Diablo150 Posté le 11 octobre 2004 à 22:32:42
tu crois vraiement ce que tu dis ?
=> Oui monsieur !
ShOiNe Posté le 12 octobre 2004 à 11:39:34
Hello tout l´monde, en forme ?
la forme la patate et toi ? ![]()
La forme la patate aussi, pas d´école aujourd´hui
jusque lundi ![]()
ouin moi la c´est la pause ![]()
ShOiNe Posté le 12 octobre 2004 à 12:05:37
La forme la patate aussi, pas d´école aujourd´hui jusque lundi
Jusqu´à Lundi??????????????????!
pourquoi tant de haine?????????!
D´un seul coup je ne suis plus motivé pour aller en cours, en plus je reprend à 1h ![]()
1h30
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Ué mé si je vé pas au bahut jusque lundi, C pcq j´ai une jambe ds le platre ![]()
Pas d´école jusque lundiiiiiiiiiii ![]()
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Shy
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modr flood on.now.
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G aucune chance alors Shyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy ![]()
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Diablo , toi qui te languis aussi en cette heure tardive , si on engageais un debat metaphysique ?
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Ne pas tenir compte de ce qui est ecrit en dessous
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Sur le revers d´une de ces collines décharnées qui bossuent les Landes, entre Dax et Mont-de-Marsan, s´élevait, sous le règne de Louis XIII, une de ces gentilhommières si communes en Gascogne, et que les villageois décorent du nom de château.
Deux tours rondes, coiffées de toits en éteignoir, flanquaient les angles d´un bâtiment, sur la façade duquel deux rainures profondément entaillées trahissaient l´existence primitive d´un pont-levis réduit à l´état de sinécure par le nivelage du fossé, et donnaient au manoir un aspect féodal, avec leurs échauguettes en poivrière et leurs girouettes à queue d´aronde. Une nappe de lierre enveloppant à demi l´une des tours tranchait heureusement par son vert sombre sur le ton gris de la pierre déjà vieille à cette époque.
Le voyageur qui eût aperçu de loin le castel dessinant ses faîtages pointus sur le ciel, au-dessus des genêts et des bruyères, l´eût jugé une demeure convenable pour un hobereau de province ; mais, en approchant, son avis se fût modifié. Le chemin qui menait de la route à l´habitation s´était réduit, par l´envahissement de la mousse et des végétations parasites, à un étroit sentier blanc semblable à un galon terni sur un manteau râpé.
Deux ornières remplies d´eau de pluie et habitées par des grenouilles témoignaient qu´anciennement des voitures avaient passé par là mais la sécurité de ces batraciens montrait une longue possession et la certitude de n´être pas dérangés. Sur la bande frayée à travers les mauvaises herbes, et détrempée par une averse récente, on ne voyait aucune empreinte de pas humain, et les brindilles de broussailles, chargées de gouttelettes brillantes, ne paraissaient pas avoir été écartées depuis longtemps.
De larges plaques de lèpre jaune marbraient les tuiles brunies et désordonnées des toits, dont les chevrons pourris avaient cédé par places à la rouille empêchait de tourner les girouettes, qui indiquaient toutes un vent différent ; les lucarnes étaient bouchées par des volets de bois déjeté et fendu. Des pierrailles remplissaient les harhacanes des tours ; sur les douze fenêtres de la façade, il y en avait huit barrées par des planches ; les deux autres montraient des vitres bouillonnées, tremblant, à la moindre pression de la bise, dans leur réseau de plomb. Entre ces fenêtres, le crépi, tombé par écailles comme les squames d´une peau malade, mettait à nu des briques disjointes, des moellons effrités aux pernicieuses influences de la lune : la porte, encadrée d´un linteau de pierre, dont les rugosités régulières indiquaient une ancienne ornementation émoussée par le temps et l´incurie, était surmontée d´un blason fruste que le plus habile héraut d´armes eût été impuissant à déchiffrer et dont les lambrequins se contournaient fantasquement, non sans de nombreuses solutions de continuité. Les vantaux de la porte offraient encore, vers le haut, quelques restes de peinture sang de boeuf et semblaient rougir de leur état de délabrement ; des clous à tête de diamant contenaient leurs ais fendillés et formaient des symétries interrompues çà et là. Un seul battant s´ouvrait et suffisait à la circulation des hôtes évidemment peu nombreux du castel, et contre le jambage de la porte s´appuyait une roue démantelée et tombant en javelle, dernier débris d´un carrosse défunt sous le règne précédent. Des nids d´hirondelles oblitéraient le faîte des cheminées et les angles des fenêtres, et, sans un mince filet de fumée qui sortait d´un tuyau de briques et se tortillait en vrille comme dans ces dessins de maisons que les écoliers griffonnent sur la marge de leurs livres de classe, on aurait pu croire le logis inhabité : maigre devait être la cuisine qui se préparait à ce foyer, car un soudard avec sa pipe eût produit des flocons plus épais.
C´était le seul signe de vie que donnât la maison, comme ces mourants dont l´existence ne se révèle que par la vapeur de leur souffle.
En poussant le vantail mobile de la porte, qui ne cédait pas sans protester et tournait avec une évidente mauvaise humeur sur ses gonds oxydés et criards, on se trouvait sous une espèce de voûte ogivale plus ancienne que le reste du logis, et divisée par quatre boudins de granit bleuâtre se rencontrant à leur point d´intersection à une pierre en saillie où se revoyaient un peu moins dégradées les armoiries sculptées à l´extérieur, trois cigognes d´or sur champ d´azur, ou quelque chose d´analogue, car l´ombre de la voûte ne permettait pas de les bien distinguer. Dans le mur étaient scellés des éteignoirs en tôle noircis par les torches, et des anneaux de t´or où s´attachaient autrefois les chevaux des visiteurs, événement bien rare aujourd´hui, à en croire la poussière qui les souillait. De ce porche, sous lequel s´ouvraient deux portes, l´une conduisant aux appartements du rez-de-chaussée, l´autre à une salle qui avait pu jadis servir de salle des gardes, on débouchait dans une cour triste, nue et froide, entourée de hautes murailles rayées de longs filaments noirs par les pluies d´hiver. Dans les angles de la cour, parmi les gravats tombés des corniches ébréchées, poussaient l´ortie, la fille-avoine et la ciguë, et les pavés étaient encadrés d´herbe verte.
Au fond, une rampe côtoyée de garde-fous en pierre ornés de boules surmontées de pointes, menait à un jardin situé en contrebas de la cour. Les marches rompues et disjointes faisaient bascule sous le pied ou n´étaient retenues que par les filaments des mousses et des plantes pariétaires ; sur l´appui de la terrasse avaient crû des joubarbes, des ravenelles et des artichauts sauvages.
Quant au jardin lui-même, il retournait doucement à l´état de hallier ou de forêt vierge. A l´exception d´un carré où se pommelaient quelques choux aux feuilles veinées et vert-de-grisées, et qu´étoilaient des soleils d´or au coeur noir, dont la présence témoignait d´une sorte de culture, la nature reprenait ses droits sur cet espace abandonné et en effaçait les traces du travail de l´homme qu´elle semble aimer à faire disparaître.
Les arbres non taillés projetaient en tous sens des branches gourmandes. Les buis, destinés à marquer le dessin des bordures et des allées, étaient devenus des arbustes, ne subissant plus le ciseau depuis de longues années. Des graines apportées par le vent avaient germé au hasard et se développaient avec cette robustesse vivace, particulière aux mauvaises herbes, à la place qu´avaient occupée les jolies fleurs et les plantes rares. Les ronces, aux ergots épineux, se croisaient d´un bord à l´autre des sentiers et vous accrochaient au passage pour vous empêcher d´aller plus loin et vous dérober ce mystère de tristesse et de désolation. La solitude n´aime pas être surprise en déshabillé et sème autour d´elle toutes sortes d´obstacles.
Pourtant, si l´on eût persisté, sans redouter les égratignures des broussailles et les soufflets des branches, à suivre jusqu´au bout l´antique allée devenue plus obstruée et plus touffue qu´une sente dans les bois, on serait arrivé à une espèce de niche de rocaille figurant un antre rustique. Aux plantes semées jadis entre l´interstice des roches, telles qu´iris, glaïeuls, lierre noir, il s´en était ajouté d´autres, persicaires, scolopendres, lambruches sauvages qui pendaient comme des barbes, et voilaient à demi une statue de marbre représentant une divinité mythologique, Flore ou Pomone, laquelle avait dû être fort galante en son temps et faire honneur à l´ouvrier, mais qui était camarde comme la Mort, ayant le nez cassé. La pauvre déesse portait en sa corbeille, au lieu de fleurs, des champignons moisis et d´aspect vénéneux ; elle-même semblait avoir été empoisonnée, car des taches de mousse brune tigraient son corps jadis si blanc. A ses pieds croupissait, sous une couche verte de lentilles d´eau dans une conque de pierre, une flaque brune, résidu des pluies ; car le mufle de lion, qu´on pouvait encore discerner au besoin, ne vomissait plus d´eau, n´en recevant pas des conduits bouchés ou détruits.
Ce cabinet grotesque, comme on disait alors, témoignait, tout ruiné qu´il était, d´une certaine aisance disparue et du goût pour les arts des anciens possesseurs du castel. Convenablement décrassée et restaurée, la statue eût laissé voir le style florentin de la Renaissance à la manière des sculpteurs italiens venus en France à la suite de maître Roux et du Primatice, époque probable des splendeurs de la famille maintenant déchue.
La grotte s´appuyait à une muraille verdie et salpêtrée, où s´entrecroisaient encore des restes de treillages rompus et destinés sans doute à masquer les parois du mur, lors de sa construction, sous un rideau de plantes grimpantes et feuillues. Cette muraille, à peine visible à travers les frondaisons désordonnées des arbres démesurément grandis, fermait le jardin de ce côté.
Au-delà s´étendait la lande avec son horizon triste et bas pommelé de bruyères.
En revenant vers le castel, on apercevait la façade opposée plus ravagée et plus dégradée que celle qui vient d´être décrite, les derniers maîtres ayant tâché de garder au moins l´apparence, et concentré leurs faibles ressources sur ce côté.
Dans l´écurie, où vingt chevaux eussent pu tenir à l´aise, un maigre bidet, dont la croupe saillait en protubérances osseuses, tirait d´un râtelier vide quelques brins de paille du bout de ses dents jaunes et déchaussées, et de temps en temps tournait vers la porte un oeil enchâssé dans une orbite au fond de laquelle les rats de Montfaucon n´eussent pas trouvé le plus léger atome de graisse. Au seuil du chenil, un chien unique, flottant dans sa peau trop large où ses muscles détendus se dessinaient en lignes flasques, sommeillait le museau posé sur l´oreiller peu rembourré de ses pattes ; il paraissait tellement habitué à la solitude du lieu, qu´il avait renoncé à toute surveillance, et ne s´inquiétait point, comme les chiens, même assoupis, ont coutume de le faire, au moindre bruit qui se fait entendre.
Lorsqu´on voulait pénétrer dans l´habitation, on rencontrait un énorme escalier à rampe de bois taillée en balustre. Cet escalier n´avait que deux paliers, le logis ne renfermant pas plus de deux étages. - Il était en pierre jusqu´au premier, en briques et en bois à partir de là. Sur les murs, des grisailles dévorées par l´humidité semblaient avoir voulu simuler le relief d´une architecture richement ornée, avec les ressources du clair-obscur et de la perspective. On y devinait encore une suite d´Hercules terminés en gaine supportant une corniche à modillons d´où partait, en s´arrondissant, un berceau de treillages festonnés de pampres laissant apercevoir un ciel passé de couleur et géographié d´îles inconnues par l´infiltration des eaux de la pluie. Entre les Hercules, dans des niches peintes, se pavanaient des bustes d´empereurs romains et autres personnages illustres de l´histoire ; mais tout cela si vague, si fané, si détruit, si disparu, que c´était plutôt le spectre d´une peinture qu´une peinture réelle, et qu´il en faudrait parler avec des ombres de mots, les vocables ordinaires étant trop substantiels pour cela. Les échos de cette cage vide semblaient tout étonnés de répéter le bruit d´un pas.
Une porte verte, dont la serge avait jauni et n´était plus retenue que par quelques clous dédorés, donnait passage dans une pièce qui avait pu servir de salle à manger aux temps fabuleux où l´on mangeait dans ce logis désert. Une grosse poutre divisait le plafond en deux compartiments rayés de soliveaux apparents, dont l´interstice avait été revêtu autrefois d´une couche de couleur bleue effacée par la poussière et les toiles d´araignée que la tête de loup n´allait jamais troubler à cette hauteur. Au-dessus de la cheminée de forme antique, un massacre de cerf dix cors épanouissait son bois, et, le long des murailles grimaçaient sur les toiles rembrunies des portraits enfumés représentant des capitaines cuirassés ayant leur casque à côté d´eux ou tenu par un page, et fixant sur vous des yeux profondément noirs seuls vivants dans leurs figures mortes ; des seigneurs en simarre de velours, la tête posée sur des rotondes roides d´empois comme des chefs de saint Jean-Baptiste sur des plats d´argent, des douairières en costume à la vieille mode, effrayantes de lividité et prenant par la décomposition des couleurs, des apparences de stryges, de lamies et d´empouses. Ces peintures, faites par des barbouilleurs de province, prenaient de la barbarie même du travail un aspect hétéroclite et formidable. Quelques unes étaient sans cadres d´autres avaient des bordures d´un or terni et rougi. Toutes portaient à leur angle le blason de la famille et l´âge du personnage représenté ; mais, que le chiffre fût bas ou élevé, il n´existait pas une différence bien appréciable entre ces têtes aux lumières jaunes, aux ombres carbonisées, enfumées de vernis et saupoudrées de poussière ; deux ou trois de ces toiles chancies et couvertes d´une fleur de moisissure présentaient des tons de cadavre en décomposition, et prouvaient, de la part du dernier descendant de ces hommes de race et d´épée, une indifférence complète à l´endroit des effigies de ses nobles aïeux. Le soir, cette galerie muette et immobile devait se transformer, aux reflets incertains des lampes, en une file de fantômes terrifiants et ridicules à la fois. Rien n´est plus triste que ces portraits oubliés dans ces chambres désertes ; reproductions à demi effacées elles-mêmes de formes depuis longtemps dissoutes sous terre.
Tels qu´ils étaient, ces fantômes peints étaient des hôtes bien appropriés à la solitude désolée du logis. Des habitants réels eussent parus trop vivants pour cette maison morte.
Au milieu de la salle figurait une table en poirier noirci, aux pieds tournés en spirales comme des colonnes salomoniques, que les tarets avaient piquée de milliers de trous, sans être troublés dans leur travail silencieux. Une fine couche grise, sur laquelle le doigt eût pu tracer des caractères, en couvrait la surface, et montrait qu´on n´y mettait pas souvent le couvert.
Deux dressoirs ou crédences de même matière, ornés de quelques sculptures et probablement achetés en même temps que la table à des époques plus heureuses, se faisaient pendant d´un côté de la salle à l´autre ; des faïences égueulées, des verreries disparates et deux ou trois rustiques figulines de Bernard Palissy représentant des anguilles, des poissons, des crabes et des coquillages émaillés sur un fond de verdure, garnissaient misérablement le vide des planches.
Cinq ou six chaises recouvertes de velours qui avait pu jadis être incarnadin, mais que les années et l´usage rendaient d´un roux pisseux, laissaient échapper leur bourre par les déchirures de l´étoile et boitaient sur des pieds impairs comme des vers scazons ou des soudards éclopés s´en retournant chez eux après la bataille. A moins d´être un esprit, il n´eût point été prudent de s´y asseoir, et, sans doute, ces sièges ne servaient que lorsque le conciliabule des ancêtres sortis de leurs cadres venaient prendre place à la table inoccupée, et devant un souper imaginaire causaient entre eux de la décadence de la famille pendant les longues nuits d´hiver si favorables aux agapes de spectres.
De cette salle on pénétrait dans une autre un peu moins grande. Une de ces tapisseries de Flandre appelées " verdures " garnissait les murailles. Que ce mot tapisserie n´éveille en votre imagination aucune idée de luxe inopportun. Celle-ci était usée, élimée, passée de ton ; les lés décousus faisaient cent hiatus et ne tenaient plus que par quelques fils et la force de l´habitude.
Les arbres décolorés étaient jaunes d´un côté et bleus de l´autre.
Le héron, debout sur une patte au milieu des roseaux, avait considérablement souffert des mites. La ferme flamande, avec son puits festonné de houblon, ne se discernait presque plus, et, de la figure blafarde du chasseur à la poursuite des halbrans, la bouche rouge et l´oeil noir, apparemment d´un meilleur teint que les autres nuances, avaient seuls conservé le coloris primitif, comme un cadavre à la pâleur de cire dont on a vermillonné la bouche et ravivé les sourcils. L´air jouait entre le mur et le tissu détendu et lui imprimait des ondulations suspectes. Hamlet, prince de Danemark, s´il eût causé dans cette chambre, eût tiré son épée et piqué Polonius derrière la tapisserie en criant : " Un rat!" Mille petits bruits, imperceptibles chuchotements de la solitude qui rendent le silence plus sensible, inquiétaient l´oreille et l´esprit du visiteur assez hardi pour pénétrer jusque-là. Les souris grignotaient faméliquement quelques bouts de laine à l´envers de la basse lisse. Les vers râpaient le bois des poutres avec un bruit de lime sourde, et l´horloge de la mort frappait l´heure sur les panneaux des boiseries.
Quelquefois un bois de meuble craquait inopinément, comme si la solitude ennuyée étirait ses jointures, et vous causait, malgré vous, un tressaillement nerveux. Un lit à colonnes en quenouille, fermé par des rideaux de brocatelle coupés à tous leurs plis et dont les ramages verts et blancs se confondaient dans une même teinte jaunâtre, occupait un coin de la pièce, et l´on n´eût osé en relever les pentes de peur d´y trouver dans l´ombre quelque larve accroupie ou quelque forme roide dessinant, sous la blancheur du drap, un nez pointu, dans des pommettes osseuses, des mains jointes et des pieds placés comme ceux des statues allongées sur des tombeaux ; tant les choses faites pour l´homme et d´où l´homme est absent prennent vite un air surnaturel ! On eût pu supposer aussi qu´une jeune princesse enchantée y reposait d´un sommeil séculaire comme la Belle au bois dormant, mais les plis avaient une rigidité trop sinistre et trop mystérieuse pour cela et s´opposaient à toute idée galante.
Une table en bois noir avec des incrustations de cuivre qui se détachaient, un miroir trouble et louche, dont le tain avait coulé, las de ne pas refléter de figure humaine, un fauteuil de tapisserie au petit point, ouvrage de patience et de loisir mené à fin par quelque aïeule, mais qui ne laissait plus discerner que quelques fils d´argent parmi les soies et les laines déteintes, complétaient l´ameublement de cette chambre, à la rigueur habitable pour un homme qui n´eût craint ni les esprits ni les revenants.
Ces deux pièces répondaient aux deux fenêtres non condamnées de la façade. Un jour blême et verdâtre y descendait à travers les vitres dépolies dont le dernier nettoyage remontait bien à cent ans et qui semblaient étamées en dehors. De grands rideaux, fripés dans leurs cassures et qui se seraient déchirés si on eût voulu les faire glisser sur leurs tringles dévorées de rouille, diminuaient encore cette lumière de crépuscule et ajoutaient à la mélancolie du lieu.
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Bon heu c´est pas grave ta pas besoin de lire
La je post juste pour depasser shy dans les stats ![]()
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Je suis en train de poster des extraits du capitaine fracasse , livre bien merdique comme il se doit ![]()
En fait , j´ai toujours pas recu de reponse du mail que jai envoyé a lightman , ptete quil la supprimé sans meme le lire...
Retournons maintenant à la petite fille que nous avons laissée endormie sur le banc d´un sommeil trop profond pour ne pas être simulé. Son attitude nous semble à bon droit suspecte, et la féroce convoitise avec laquelle ses yeux sauvages se fixaient sur le collier de perles d´Isabelle demande à ce qu´on surveille ses démarches.
En effet, dès que la porte se fut refermée sur les comédiens, elle souleva lentement ses longues paupières brunes, promena son regard inquisiteur dans tous les coins de la chambre, et quand elle se fut bien assurée qu´il n´y avait plus personne, elle se laissa couler du rebord de la banquette sur ses pieds, se dressa, rejeta ses cheveux en arrière par un mouvement qui lui était familier, et se dirigea vers la porte, qu´elle ouvrit sans faire plus de bruit qu´une ombre. Elle la referma avec beaucoup de précaution, prenant garde que le loquet ne retombât trop brusquement, puis elle s´éloigna à pas lents jusqu´à l´angle d´une haie qu´elle tourna.
Sûre alors d´être hors de vue du logis, elle prit sa course, sautant les fossés d´eau croupie, enjambant les sapins abattus et bondissant sur les bruyères comme une bîche ayant une meute après elle. Les longues mèches de sa chevelure lui flagellaient les joues comme des serpents noirs, et parfois, retombant du front, lui interceptaient la vue ; alors, sans ralentir la rapidité de son allure, elle les repoussait avec la paume de la main derrière son oreille et faisait un geste d´impatience mutine ; mais ses pieds agiles semblaient n´avoir pas besoin d´être guidés par la vue, tant ils connaissaient le chemin.
L´aspect du lieu, autant qu´on pouvait le démêler à la lueur livide d´une lune à moitié masquée et portant pour touret de nez un nuage de velours noir, était particulièrement désolé et lugubre.
Quelques sapins, que l´entaille destinée à leur soutirer la résine rendait semblables à des spectres d´arbres assassinés, étalaient leurs plaies rougeâtres sur le bord d´un chemin sablonneux, dont la nuit ne parvenait pas à éteindre la blancheur. Au-delà, de chaque côté de la route, s´étendaient les bruyères d´un violet sombre, où flottaient des bancs de vapeurs grisâtres auxquelles les rayons de l´astre nocturne donnaient un air de fantômes en procession, bien fait pour porter la terreur en des âmes superstitieuses ou peu habituées aux phénomènes de la nature dans ces solitudes.
L´enfant, accoutumée sans doute à ces fantasmagories du désert, n´y faisait aucune attention et continuait sa course. Elle arriva enfin à une espèce de monticule couronné de vingt ou trente sapins qui formaient là comme une espèce de bois. Avec une agilité singulière, et qui ne trahissait aucune fatigue, elle franchit l´escarpement assez roide et gagna le sommet du tertre.
Debout sur l´élévation, elle promena quelque temps autour d´elle ses yeux pour qui l´ombre ne semblait pas avoir de voiles, et, n´apercevant que l´immensité solitaire, elle mit deux de ses doigts dans sa bouche et poussa, à trois reprises, un de ces sifflements que le voyageur, traversant les bois la nuit, n´entend jamais sans une angoisse secrète, bien qu´il les suppose produits par des chats-huants craintifs ou toute autre bestiole inoffensive.
Une pause séparait chacun des cris, que sans cela l´on eût pu confondre avec les ululations des orfraies, des bondrées et des chouettes, tant l´imitation était parfaite.
Bientôt un monceau de feuilles parut s´agiter, fit le gros dos, se secoua comme une bête endormie qu´on réveille, et une forme humaine se dressa lentement devant la petite.
" C´est toi, Chiquita, dit l´homme. Quelle nouvelle ? Je ne t´attendais plus et faisais un somme. " L´homme qu´avait réveillé l´appel de Chiquita était un gaillard de vingt-cinq ou trente ans, de taille moyenne, maigre, nerveux et paraissant propre à toutes les mauvaises besognes ; il pouvait être braconnier, contrebandier, faux saunier, voleur et coupe-jarrets, honnêtes industries qu´il pratiquait les unes après les autres ou toutes à la fois, selon l´occurrence.
Un rayon de lune tombant sur lui d´entre les nuages, comme le jet de lumière d´une lanterne sourde, le détachait en clair du fond sombre des sapins, et eût permis, s´il se fût trouvé là quelque spectateur, d´examiner sa physionomie et son costume d´une truculence caractéristique. Sa face basanée et cuivrée comme d´un sauvage caraïbe faisait briller par le contraste ses yeux d´oiseau de proie et ses dents d´une extrême blancheur, dont les canines très pointues ressemblaient à des crocs de jeune loup.
Un mouchoir ceignait son front comme le bandeau d´une blessure, et comprimait les touffes d´une chevelure drue, bouclée et rebelle, hérissée en huppe au sommet de la tête ; un gilet de velours bleu, décoloré par un long usage et agrémenté de boutons faits de piécettes soudées à une tige de métal, enveloppait son buste ; des grègues de toile flottaient sur ses cuisses, et des alpargatas faisaient s´entrecroiser leurs bandelettes autour de ses jambes aussi fermes et sèches que des jambes de cerf. Ce costume était complété par une large ceinture de laine rouge montant des hanches aux aisselles, et entourant plusieurs fois le corps. Au milieu de l´estomac, une bosse indiquait le garde-manger et le trésor du malandrin ; et, s´il se fût retourné, on eût pu voir dans son dos, dépassant les deux bords de la ceinture, une immense navaja de Valence, une de ces navajas allongées en poisson, dont la lame se fixe en tournant un cercle de cuivre, et porte sur son acier autant de stries rouges que le brave dont elle est l´arme a commis de meurtres. Nous ne savons combien la navaja d´Agostin comptait de cannelures écarlates, mais à la mine du drôle il était permis, sans manquer à la charité, de les supposer nombreuses.
Tel était le personnage avec qui Chiquita entretenait des relations mystérieuses.
" Eh bien! Chiquita, dit Agostin en passant avec un geste amical sa rude main sur la tête de l´enfant. Qu´as-tu remarqué à l´auberge de maître Chirriguirri ?
- Il est venu, répondit la petite, un chariot plein de voyageurs ; on a porté cinq coffres sous le hangar, qui semblaient assez lourds, car il fallait deux hommes pour chacun.
- Hum ! fit Agostin, quelquefois les voyageurs mettent des cailloux dans leurs bagages pour se créer de la considération auprès des hôteliers ; cela s´est vu.
- Mais, répondit Chiquita, les trois jeunes dames qui sont avec eux ont des galons en passementeries d´or sur leurs habits.
L´une d´elles, la plus jolie, a autour du cou un rang de gros grains blancs d´une couleur argentée, et qui brillent à la lumière ; oh ! c´est bien beau! bien magnifique !
- Des perles ! bon cela, dit entre ses dents le bandit, pourvu qu´elles ne soient pas fausses ! On travaille d´un si merveilleux goût à Murano, et les galants du jour ont des morales si relâchées !
- Mon bon Agostin, poursuivit Chiquita d´un ton de voix câlin, si tu coupes le cou à la belle dame, tu me donneras le collier.
- Cela t´irait bien, en effet, et congruerait merveilleusement à ta tignasse ébouriffée, à ta chemise en toile à torchon et à ta jupe jaune serin.
- J´ai fait si souvent le guet pour toi, j´ai tant couru afin de t´avertir quand le brouillard s´élevait de terre, et que la rosée mouillait mes pauvres pieds nus. T´ai-je jamais fait attendre ta nourriture dans tes cachettes, même lorsque la fièvre me faisait claquer du bec comme une cigogne au bord d´un marécage et que je pouvais à peine me traîner à travers les halliers et les broussailles ?
- Oui, répondit le brigand, tu es brave et fidèle ; mais nous ne le tenons pas encore, ce collier. Combien as-tu compté d´hommes ?
- Oh ! Beaucoup. Un gros et fort avec une large barbe au milieu du visage, un vieux, deux maigres, un qui a l´air d´un renard et un autre qui semble un gentilhomme, bien qu´il ait des habits mal en point.
- Six hommes, fit Agostin devenu rêveur en supputant sur ses doigts. Hélas ! ce nombre ne m´eût pas effrayé autrefois ; mais je reste seul de ma bande. Ont-ils des armes, Chiquita ?
- Le gentilhomme a son épée et le grand maigre sa rapière.
- Pas de pistolets ni d´arquebuse ?
- Je n´en ai pas vu, reprit Chiquita, à moins qu´ils ne les aient laissés dans le chariot ; mais Chirriguirri ou la Mionnette m´aurait fait signe.
- Allons, risquons le coup, et dressons l´embuscade, dit Agostin en prenant sa résolution. Cinq coffres, des broderies d´or, un collier de perles. J´ai travaillé pour moins. "
Le brigand et la petite fille entrèrent dans le bois de sapins ; et, parvenus à l´endroit le plus secret, ils se mirent activement à déranger des pierres et des brassées de broussailles, jusqu´à ce qu´ils eussent mis à nu cinq ou six planches saupoudrées de terre.
Agostin souleva les planches, les jeta de côté, et descendit jusqu´à mi corps dans la noire ouverture qu´elles laissaient béante. Etait-ce l´entrée d´un souterrain ou d´une caverne, retraite ordinaire du brigand ? La cachette où il serrait les objets volés ? L´ossuaire où il entassait les cadavres de ses victimes ?
Cette dernière supposition eût paru la plus vraisemblable au spectateur, si la scène eût eu d´autres témoins que les choucas perchés dans la sapinière.
Agostin se courba, parut fouiller au fond de la fosse, se redressa tenant entre les bras une forme humaine d´une roideur cadavérique, qu´il jeta sans cérémonie sur le bord du trou. Chiquita ne parut éprouver aucune frayeur à cette exhumation étrange, et tira le corps par les pieds à quelque distance de la fosse, avec plus de force que sa frêle apparence ne permettait d´en supposer. Agostin, continuant son lugubre travail, sortit encore de cet Haceldama cinq cadavres que la petite fille rangea auprès du premier, souriant comme une jeune goule prête à faire ripaille dans un cimetière. Cette fosse ouverte, ce bandit arrachant à leur repos les restes de ses victimes, cette petite fille aidant à cette funèbre besogne, tout cela sous l´ombre noire des sapins, composait un tableau fait pour inspirer l´effroi aux plus braves.
Le bandit prit un des cadavres, le porta sur la crête de l´escarpement, le dressa, et le fit tenir debout en fichant en terre le pieu auquel le corps était lié. Ainsi maintenu, le cadavre singeait assez à travers l´ombre l´apparence d´un homme vivant.
" Hélas ! à quoi en suis je réduit par le malheur des temps, dit Agostin avec un han de saint Joseph. Au lieu d´une bande de vigoureux drôles, maniant le couteau et l´arquebuse comme des soldats d´élite, je n´ai plus que des mannequins couverts de guenilles, des épouvantails à voyageurs, simples comparses de mes exploits solitaires ! Celui-ci, c´était Matasierpes, le vaillant Espagnol, mon ami de coeur, un garçon charmant, qui avec sa navaja traçait des croix sur la figure des gavaches aussi proprement qu´avec un pinceau trempé dans du rouge ; bon, gentilhomme d´ailleurs, hautain comme s´il était issu de la propre cuisse de Jupiter, présentant le coude aux dames pour descendre de coche et détroussant les bourgeois d´une façon grandiose et royale ! Voilà sa cape, sa golille et son sombrero à plume incarnadine que j´ai pieusement dérobés au bourreau comme des reliques, et dont j´ai revêtu l´homme de paille qui remplace ce jeune héros digne d´un meilleur sort. Pauvre Matasierpes ! Cela le contrariait d´être pendu, non qu´il se souciât du trépas ; mais comme noble, il prétendait avoir le droit d´être décapité. Par malheur, il ne portait pas sa généalogie dans sa poche, et il lui fallut expirer perpendiculairement. "
Retournant près de la fosse, Agostin prit un autre mannequin coiffé d´un béret bleu :
" Celui-là, c´est Isquibaïval, un fameux, un vaillant, plein de coeur à l´ouvrage, mais il avait quelquefois trop de zèle et se laissait aller à tout massacrer : il ne faut pas détruire la pratique, que diable ! Du reste, peu âpre au butin, toujours content de sa part. Il dédaignait l´or et n´aimait que le sang ; brave nature ! Et quelle belle attitude il eut sous la barre du tortionnaire, lorsqu´il fut roué en pleine place d´Orthez ! Régulus et saint Barthélemy ne firent pas meilleure contenance dans les tourments. C´était ton père, Chiquita, honore sa mémoire et dis une prière pour le repos de son âme. "
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Bon allez , je me retire ,
didi
Retournons maintenant à la petite fille que nous avons laissée endormie sur le banc d´un sommeil trop profond pour ne pas être simulé. Son attitude nous semble à bon droit suspecte, et la féroce convoitise avec laquelle ses yeux sauvages se fixaient sur le collier de perles d´Isabelle demande à ce qu´on surveille ses démarches.
En effet, dès que la porte se fut refermée sur les comédiens, elle souleva lentement ses longues paupières brunes, promena son regard inquisiteur dans tous les coins de la chambre, et quand elle se fut bien assurée qu´il n´y avait plus personne, elle se laissa couler du rebord de la banquette sur ses pieds, se dressa, rejeta ses cheveux en arrière par un mouvement qui lui était familier, et se dirigea vers la porte, qu´elle ouvrit sans faire plus de bruit qu´une ombre. Elle la referma avec beaucoup de précaution, prenant garde que le loquet ne retombât trop brusquement, puis elle s´éloigna à pas lents jusqu´à l´angle d´une haie qu´elle tourna.
Sûre alors d´être hors de vue du logis, elle prit sa course, sautant les fossés d´eau croupie, enjambant les sapins abattus et bondissant sur les bruyères comme une bîche ayant une meute après elle. Les longues mèches de sa chevelure lui flagellaient les joues comme des serpents noirs, et parfois, retombant du front, lui interceptaient la vue ; alors, sans ralentir la rapidité de son allure, elle les repoussait avec la paume de la main derrière son oreille et faisait un geste d´impatience mutine ; mais ses pieds agiles semblaient n´avoir pas besoin d´être guidés par la vue, tant ils connaissaient le chemin.
L´aspect du lieu, autant qu´on pouvait le démêler à la lueur livide d´une lune à moitié masquée et portant pour touret de nez un nuage de velours noir, était particulièrement désolé et lugubre.
Quelques sapins, que l´entaille destinée à leur soutirer la résine rendait semblables à des spectres d´arbres assassinés, étalaient leurs plaies rougeâtres sur le bord d´un chemin sablonneux, dont la nuit ne parvenait pas à éteindre la blancheur. Au-delà, de chaque côté de la route, s´étendaient les bruyères d´un violet sombre, où flottaient des bancs de vapeurs grisâtres auxquelles les rayons de l´astre nocturne donnaient un air de fantômes en procession, bien fait pour porter la terreur en des âmes superstitieuses ou peu habituées aux phénomènes de la nature dans ces solitudes.
L´enfant, accoutumée sans doute à ces fantasmagories du désert, n´y faisait aucune attention et continuait sa course. Elle arriva enfin à une espèce de monticule couronné de vingt ou trente sapins qui formaient là comme une espèce de bois. Avec une agilité singulière, et qui ne trahissait aucune fatigue, elle franchit l´escarpement assez roide et gagna le sommet du tertre.
Debout sur l´élévation, elle promena quelque temps autour d´elle ses yeux pour qui l´ombre ne semblait pas avoir de voiles, et, n´apercevant que l´immensité solitaire, elle mit deux de ses doigts dans sa bouche et poussa, à trois reprises, un de ces sifflements que le voyageur, traversant les bois la nuit, n´entend jamais sans une angoisse secrète, bien qu´il les suppose produits par des chats-huants craintifs ou toute autre bestiole inoffensive.
Une pause séparait chacun des cris, que sans cela l´on eût pu confondre avec les ululations des orfraies, des bondrées et des chouettes, tant l´imitation était parfaite.
Bientôt un monceau de feuilles parut s´agiter, fit le gros dos, se secoua comme une bête endormie qu´on réveille, et une forme humaine se dressa lentement devant la petite.
" C´est toi, Chiquita, dit l´homme. Quelle nouvelle ? Je ne t´attendais plus et faisais un somme. " L´homme qu´avait réveillé l´appel de Chiquita était un gaillard de vingt-cinq ou trente ans, de taille moyenne, maigre, nerveux et paraissant propre à toutes les mauvaises besognes ; il pouvait être braconnier, contrebandier, faux saunier, voleur et coupe-jarrets, honnêtes industries qu´il pratiquait les unes après les autres ou toutes à la fois, selon l´occurrence.
Un rayon de lune tombant sur lui d´entre les nuages, comme le jet de lumière d´une lanterne sourde, le détachait en clair du fond sombre des sapins, et eût permis, s´il se fût trouvé là quelque spectateur, d´examiner sa physionomie et son costume d´une truculence caractéristique. Sa face basanée et cuivrée comme d´un sauvage caraïbe faisait briller par le contraste ses yeux d´oiseau de proie et ses dents d´une extrême blancheur, dont les canines très pointues ressemblaient à des crocs de jeune loup.
Un mouchoir ceignait son front comme le bandeau d´une blessure, et comprimait les touffes d´une chevelure drue, bouclée et rebelle, hérissée en huppe au sommet de la tête ; un gilet de velours bleu, décoloré par un long usage et agrémenté de boutons faits de piécettes soudées à une tige de métal, enveloppait son buste ; des grègues de toile flottaient sur ses cuisses, et des alpargatas faisaient s´entrecroiser leurs bandelettes autour de ses jambes aussi fermes et sèches que des jambes de cerf. Ce costume était complété par une large ceinture de laine rouge montant des hanches aux aisselles, et entourant plusieurs fois le corps. Au milieu de l´estomac, une bosse indiquait le garde-manger et le trésor du malandrin ; et, s´il se fût retourné, on eût pu voir dans son dos, dépassant les deux bords de la ceinture, une immense navaja de Valence, une de ces navajas allongées en poisson, dont la lame se fixe en tournant un cercle de cuivre, et porte sur son acier autant de stries rouges que le brave dont elle est l´arme a commis de meurtres. Nous ne savons combien la navaja d´Agostin comptait de cannelures écarlates, mais à la mine du drôle il était permis, sans manquer à la charité, de les supposer nombreuses.
Tel était le personnage avec qui Chiquita entretenait des relations mystérieuses.
" Eh bien! Chiquita, dit Agostin en passant avec un geste amical sa rude main sur la tête de l´enfant. Qu´as-tu remarqué à l´auberge de maître Chirriguirri ?
- Il est venu, répondit la petite, un chariot plein de voyageurs ; on a porté cinq coffres sous le hangar, qui semblaient assez lourds, car il fallait deux hommes pour chacun.
- Hum ! fit Agostin, quelquefois les voyageurs mettent des cailloux dans leurs bagages pour se créer de la considération auprès des hôteliers ; cela s´est vu.
- Mais, répondit Chiquita, les trois jeunes dames qui sont avec eux ont des galons en passementeries d´or sur leurs habits.
L´une d´elles, la plus jolie, a autour du cou un rang de gros grains blancs d´une couleur argentée, et qui brillent à la lumière ; oh ! c´est bien beau! bien magnifique !
- Des perles ! bon cela, dit entre ses dents le bandit, pourvu qu´elles ne soient pas fausses ! On travaille d´un si merveilleux goût à Murano, et les galants du jour ont des morales si relâchées !
- Mon bon Agostin, poursuivit Chiquita d´un ton de voix câlin, si tu coupes le cou à la belle dame, tu me donneras le collier.
- Cela t´irait bien, en effet, et congruerait merveilleusement à ta tignasse ébouriffée, à ta chemise en toile à torchon et à ta jupe jaune serin.
- J´ai fait si souvent le guet pour toi, j´ai tant couru afin de t´avertir quand le brouillard s´élevait de terre, et que la rosée mouillait mes pauvres pieds nus. T´ai-je jamais fait attendre ta nourriture dans tes cachettes, même lorsque la fièvre me faisait claquer du bec comme une cigogne au bord d´un marécage et que je pouvais à peine me traîner à travers les halliers et les broussailles ?
- Oui, répondit le brigand, tu es brave et fidèle ; mais nous ne le tenons pas encore, ce collier. Combien as-tu compté d´hommes ?
- Oh ! Beaucoup. Un gros et fort avec une large barbe au milieu du visage, un vieux, deux maigres, un qui a l´air d´un renard et un autre qui semble un gentilhomme, bien qu´il ait des habits mal en point.
- Six hommes, fit Agostin devenu rêveur en supputant sur ses doigts. Hélas ! ce nombre ne m´eût pas effrayé autrefois ; mais je reste seul de ma bande. Ont-ils des armes, Chiquita ?
- Le gentilhomme a son épée et le grand maigre sa rapière.
- Pas de pistolets ni d´arquebuse ?
- Je n´en ai pas vu, reprit Chiquita, à moins qu´ils ne les aient laissés dans le chariot ; mais Chirriguirri ou la Mionnette m´aurait fait signe.
- Allons, risquons le coup, et dressons l´embuscade, dit Agostin en prenant sa résolution. Cinq coffres, des broderies d´or, un collier de perles. J´ai travaillé pour moins. "
Le brigand et la petite fille entrèrent dans le bois de sapins ; et, parvenus à l´endroit le plus secret, ils se mirent activement à déranger des pierres et des brassées de broussailles, jusqu´à ce qu´ils eussent mis à nu cinq ou six planches saupoudrées de terre.
Agostin souleva les planches, les jeta de côté, et descendit jusqu´à mi corps dans la noire ouverture qu´elles laissaient béante. Etait-ce l´entrée d´un souterrain ou d´une caverne, retraite ordinaire du brigand ? La cachette où il serrait les objets volés ? L´ossuaire où il entassait les cadavres de ses victimes ?
Cette dernière supposition eût paru la plus vraisemblable au spectateur, si la scène eût eu d´autres témoins que les choucas perchés dans la sapinière.
Agostin se courba, parut fouiller au fond de la fosse, se redressa tenant entre les bras une forme humaine d´une roideur cadavérique, qu´il jeta sans cérémonie sur le bord du trou. Chiquita ne parut éprouver aucune frayeur à cette exhumation étrange, et tira le corps par les pieds à quelque distance de la fosse, avec plus de force que sa frêle apparence ne permettait d´en supposer. Agostin, continuant son lugubre travail, sortit encore de cet Haceldama cinq cadavres que la petite fille rangea auprès du premier, souriant comme une jeune goule prête à faire ripaille dans un cimetière. Cette fosse ouverte, ce bandit arrachant à leur repos les restes de ses victimes, cette petite fille aidant à cette funèbre besogne, tout cela sous l´ombre noire des sapins, composait un tableau fait pour inspirer l´effroi aux plus braves.
Le bandit prit un des cadavres, le porta sur la crête de l´escarpement, le dressa, et le fit tenir debout en fichant en terre le pieu auquel le corps était lié. Ainsi maintenu, le cadavre singeait assez à travers l´ombre l´apparence d´un homme vivant.
" Hélas ! à quoi en suis je réduit par le malheur des temps, dit Agostin avec un han de saint Joseph. Au lieu d´une bande de vigoureux drôles, maniant le couteau et l´arquebuse comme des soldats d´élite, je n´ai plus que des mannequins couverts de guenilles, des épouvantails à voyageurs, simples comparses de mes exploits solitaires ! Celui-ci, c´était Matasierpes, le vaillant Espagnol, mon ami de coeur, un garçon charmant, qui avec sa navaja traçait des croix sur la figure des gavaches aussi proprement qu´avec un pinceau trempé dans du rouge ; bon, gentilhomme d´ailleurs, hautain comme s´il était issu de la propre cuisse de Jupiter, présentant le coude aux dames pour descendre de coche et détroussant les bourgeois d´une façon grandiose et royale ! Voilà sa cape, sa golille et son sombrero à plume incarnadine que j´ai pieusement dérobés au bourreau comme des reliques, et dont j´ai revêtu l´homme de paille qui remplace ce jeune héros digne d´un meilleur sort. Pauvre Matasierpes ! Cela le contrariait d´être pendu, non qu´il se souciât du trépas ; mais comme noble, il prétendait avoir le droit d´être décapité. Par malheur, il ne portait pas sa généalogie dans sa poche, et il lui fallut expirer perpendiculairement. "
Retournant près de la fosse, Agostin prit un autre mannequin coiffé d´un béret bleu :
" Celui-là, c´est Isquibaïval, un fameux, un vaillant, plein de coeur à l´ouvrage, mais il avait quelquefois trop de zèle et se laissait aller à tout massacrer : il ne faut pas détruire la pratique, que diable ! Du reste, peu âpre au butin, toujours content de sa part. Il dédaignait l´or et n´aimait que le sang ; brave nature ! Et quelle belle attitude il eut sous la barre du tortionnaire, lorsqu´il fut roué en pleine place d´Orthez ! Régulus et saint Barthélemy ne firent pas meilleure contenance dans les tourments. C´était ton père, Chiquita, honore sa mémoire et dis une prière pour le repos de son âme. "
Non , quand je lai mailé pour une dizaine de questions totalement stupides ( je les aies postés quelque part sur ce topic ) , jai eu une reponse dans les 30 minutes !
enfin bon...
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