http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4a73e296-5ea3-11de-8b22-aa4d61b32243/Pour_le_titre_jai_re
Très intéressant...
Budge Patty est l’un des six joueurs qui, depuis un siècle, ont triomphé successivement à Roland-Garros et Wimbledon. Il a reçu «Le Temps» pour parler d’histoire
Ce jour-là, Budge Patty, 85 ans, rentrait tout juste de Roland-Garros, où il s’en retourne chaque année, religieusement, au nom des perpétuités vénérables. Une gouvernante a ouvert la porte – de bois massif et ancien – et prévenu Mr Patty de notre arrivée. Les valises pour Wimbledon étaient en préparation. Au moment où, à la grâce de Roger Federer, tout le monde ne parle que d’Histoire, une légende vivante a accepté de la raconter.
Le Temps: Mais où sont tous vos trophées?
Budge Patty: Mes coupes de Roland-Garros ont disparu. J’ignore où elles sont passées. Mais c’étaient des petites choses, ce n’était rien. Nous n’étions pas intéressés par ces babioles. Si les coupes étaient jolies, nous les gardions, sinon nous les jetions.
– Vous n’étiez pas conservateurs…
– Avant la télévision, tout le monde était pauvre. Il ne reste aucun héritage de notre époque, aucun reflet filmé d’un match entier. A ma connaissance, la seule trace de ma carrière est une énorme bobine de 35 mm, où j’apparais quelques secondes à la fin.
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– Combien vous a rapporté votre titre à Wimbledon?
– (Narquois, il brandit une main). Five!
– Cinq mille pounds?
– (Il sourit et secoue la tête). Cinq pounds. Plus 75 livres d’argent de poche. Il n’y avait pas d’argent, nous étions de purs amateurs.
– A l’heure où chacun tente d’établir si, formellement ou non, Roger Federer est le plus grand joueur de tous les temps, que pensez-vous de ces comparaisons transgénérationnelles?
– L’évolution du tennis empêche tout de même la bonne tenue du débat. Aujourd’hui, le matériel est si léger, si puissant, que nous assistons à du ping-pong. Chacun reste au fond du court. Le cordage fonctionne presque tout seul, c’est féerique. En outre, la différence entre les surfaces s’aplanit doucement. Le gazon de Wimbledon est presque aussi lent que la terre battue de Roland-Garros – sans quoi, je le crains, Rafael Nadal n’aurait jamais remporté un seul tournoi sur herbe. Il semble tout de même aléatoire d’évaluer le talent des uns et des autres, à travers les âges, dans des contextes aussi différents.
– Vous reconnaissez-vous dans les joueurs actuels?
– Ces gens-là exercent un vrai métier. Ils travaillent dur et gagnent beaucoup d’argent. Dès l’âge de 8 ou 10 ans, dès lors qu’ils montrent certaines dispositions, ils quittent l’école pour entamer une carrière. De mon temps, nous jouions un peu pour la gloire. (Il s’absente quelques instants et rejaillit avec une magnifique pièce d’argenterie.) J’ai reçu cet étui à cigarettes de la duchesse de Kent, après une défaite méritoire contre mon vieux rival Drobny. C’était un prix du mérite.
– Les chiffres gravés sur l’étui, 8-6 16-18 3-6 8-6 12-10, est-ce le score…?
– Oui. Ce fut une partie interminable, d’autant plus pénible que nous jouions sans pause. Nous n’avions pas le droit de nous asseoir au changement de côté, pas même de nous accouder à la chaise de l’arbitre – ce que j’eus la folle imprudence de tenter… Il n’y avait pas de tie-break. Aussi, les matches pouvaient durer des jours entiers.
– Un exemple?
– A Lyon, un hiver, j’ai affronté Drobny sur un plancher en bois. Après cinq heures, nous en étions à 23-23 dans le troisième set et nous avions déjà disputé plus de cent jeux. Drobny est monté au filet, puis a dit: «Il serait absurde que nous poursuivions.» J’ai répondu: «O.-K., cessons-là.»
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– Quel était le secret d’une telle condition physique?
– J’ai arrêté de fumer.
– Quel est votre meilleur souvenir?
– A 18 ans, j’ai affronté un très beau garçon, beaucoup plus grand que moi, qui s’appelait Gardner. Ce type est arrivé dans un costume blanc, encombré d’une douzaine de raquettes. Il portait des pantalons immaculés. Après quelques minutes, il menait 6-0 3-0. Je le confesse, il m’agaçait prodigieusement. A chaque changement de côté, il prenait le public à témoin: «Mais qui est ce type? Il est nul!» Alors, j’ai servi à la cuillère, avec beaucoup de spin, sur son revers. Gardner a glissé puis, comme une crêpe, est tombé à plat, dans une position fort humiliante. J’ai remporté les jeux suivants, j’ai repris confiance, et j’ai gagné 7-5 au troisième set. A la fin, le type a balancé toutes ses raquettes dans le lac.
– Quel est votre joueur préféré?
– Roger Federer. J’étais très heureux de le voir gagner Roland-Garros. Il fait tout bien, il est complet. Un seul détail me fâche: ses montées au filet sont souvent hasardeuses et, avec le matériel, ce n’est plus concevable. Un volleyeur de ma trempe, aujourd’hui, serait régulièrement transpercé. Sans parler de la résistance physique: si j’avais dû arpenter ma ligne de fond avec une telle intensité, j’aurais été en apnée.
– Aimez-vous toujours autant le tennis?
– Je trouve ce ping-pong un peu fatiguant. Je déplore le manque de variété, surtout chez les femmes. Depuis le départ de Justine Henin, les genres sont uniformes. Avant, nous pouvions identifier une joueuse de dos, en observant sa gestuelle ou son déplacement. Aujourd’hui, les filles pratiquent le même ping-pong et viennent toutes du bloc de l’Est.
– Quel est votre favori pour Wimbledon?
– Tout dépendra de Roger car, sans aucun doute, il est le meilleur. Pour bien jouer, ce garçon a besoin d’avoir faim. Il y a longtemps que je ne l’avais pas vu aborder un premier point avec autant d’agressivité que ce 7 juin, en finale de Roland-Garros. J’ai trouvé cette entame impressionnante. L’an dernier, Roger semblait chercher des forces, pousser son corps à bout. Mais il est doué, il a tout. Beaucoup de choses dépendront encore de lui.
J'ai beaucoup aimé le passage du service à la cuillère avec le beau monsieur ![]()
rechercher à blesser l'adversaire, c'est brillant ![]()
Moi ça m'a choqué. 23-23.
Partie interminable, pas le droit de s'asseoir... C'est ouf quoi.
Sinon bien fait pour le Gardner, un pète-plus-haut-que-sa-tête (gentil hein
) ne mérite pas de gagner.
Budge Patty est l’un des six joueurs qui, depuis un siècle, ont triomphé successivement à Roland-Garros et Wimbledon. Il a reçu «Le Temps» pour parler d’histoire
et un septième peut-être dans 13 jours
"Il y a longtemps que je ne l’avais pas vu aborder un premier point avec autant d’agressivité que ce 7 juin, en finale de Roland-Garros. J’ai trouvé cette entame impressionnante."
C'est aussi ce que j'ai pensé: dès le début il est resté collé à sa ligne et n'a pas reculé. Et il retournait bloqué. Soderling n'avait pas le temps de s'organiser, contrairement à ses matches précédents.
Le 1er point résume en fait peut-être tout le match.
Vieux mais toujours lucide.
– L’évolution du tennis empêche tout de même la bonne tenue du débat. Aujourd’hui, le matériel est si léger, si puissant, que nous assistons à du ping-pong. Chacun reste au fond du court. Le cordage fonctionne presque tout seul, c’est féerique. En outre, la différence entre les surfaces s’aplanit doucement. Le gazon de Wimbledon est presque aussi lent que la terre battue de Roland-Garros – sans quoi, je le crains, Rafael Nadal n’aurait jamais remporté un seul tournoi sur herbe.
Comme quoi, il n'y a pas que les "rageux" qui pensent ça....
D'ailleurs je trouve le gazon affreusement lent cette année, peut-être pire que l'an dernier, ou en tout cas très proche.
Les trajectoires des balles pendant le Djokovic/Benneteau c'était assez drôle: des trajectoires arrondies avec du lift, des coups d'attente, etc. Et les slices ne rasent pas...
Budge Patty rageux, qui l'aurait cru. ![]()
Pourquoi j'ai écrit "Donald Budge" dans le titre? ![]()
Parce qu'il est mort peut-être. ![]()
Donald Budge
Budge Patty
On a pas le droit au relâchement sur ce forum. ![]()
parce que c'est le premier à avoir fait le GC :pourquoi:
Non mais c'est moi qui me suis trompé...
Bizarre en effet ![]()
Pam a encore été banni ? Ça va chauffer avec Rumble ![]()
bien sur e que le gazon est lent même llodra et santoro le dit. Ca fait 10 ans que le gazon est de plus en plus lent
Pas mal cette interview, merci du lien. ^^
Il a tout à fait raison dans les passages avec le ralentissement du gazon et la tendance des surfaces à devenir similaires.
Sa petite pensée pour Justine aussi ![]()