Quelles énergies pour remplacer l'énergie nucléaire ?
D'ici 2022, l'Allemagne va devoir remplacer une énergie d'où provient 22 % de son électricité et dès aujourd'hui, il lui faut compenser les 6,8 % correspondant aux huit réacteurs déjà arrêtés. "Dans l'immédiat, les Allemands vont peut-être utiliser un peu plus de charbon [43 % de l'électricité allemande] et importer un peu plus d'électricité", estime Bernard Laponche, "mais de façon transitoire".
L'Allemagne, où la décision de sortir du nucléaire avait été prise une première fois en 2002 par le gouvernement de Gerhard Schröder, va "réduire la consommation d'électricité et parallèlement, augmenter la part des énergies renouvelables", explique le physicien. De fait, un document rédigé par le gouvernement et que Reuters a pu se procurer lundi 30 mai, indique que l'Allemagne prévoit de réduire sa consommation d'électricité de 10 % à l'horizon 2020.
Concrètement, "il y a toute une batterie de mesures déjà prévues par le plan d'efficacité énergétique et qu'ils vont probablement accélérer". Ces mesures concernent l'industrie, avec des programmes pour des moteurs moins gourmands, les immeubles, dont la consommation va être réduite, et les appareils électroménagers et audiovisuels, qui présentent des "potentiels importants" d'économies d'énergie. Concernant les énergies renouvelables, elles représentent déjà 18 % de la production d'électricité. Si rien n'a été annoncé pour le moment, leur part dans la production d'électricité devrait augmenter.
Le prix de l'électricité va-t-il augmenter ?
"Il peut y avoir une augmentation, mais pas dans des proportions extravagantes", prédit Bernard Laponche, qui note au passage que la récente volonté d'EDF d'augmenter les tarifs de 30 % en cinq ans montre que même avec l'énergie nucléaire, "il y a ce phénomène d'augmentation". En outre, "si, à usage égal, vous diminuez la consommation d'électricité, la facture n'est pas forcément plus élevée" assure le physicien.
L'Allemagne va-t-elle se comporter comme un "passager clandestin" ?
Réagissant lundi matin au projet allemand, Laurence Parisot, la patronne du MEDEF se demandait si l'Allemagne allait adopter "la théorie du passager clandestin" et continuer à importer de l'électricité française, dont 75 % est d'origine nucléaire. "Pour le moment, la France importe plus d'électricité d'Allemagne que l'inverse", tempère Bernard Laponche. De fait, en 2010, d'après les chiffres de Réseau de transport d'électricité (RTE), le gestionnaire du réseau électrique français, la France exporte 9,4 térawattheures (TWh) en Allemagne, tandis que l'Allemagne en exporte 16,1 vers la France.