«Henin manque au tennis féminin» ( 06/11/2004)
Jim Courier constitue l´attraction de la manche belge de l´ATP Senior Tour
Il ne sort jamais sans sa casquette et a gardé son style du parfait joueur de base-ball. En l´absence de John McEnroe et de Mats Wilander, Jim Courier est l´attraction de la manche belge de l´ATP Senior Tour qui se dispute jusqu´à dimanche au Brussels Kart Expo. A la retraite, depuis quatre ans, l´ancien numéro un mondial, double vainqueur de l´Australian Open et de Roland-Garros, a ressorti ses raquettes cet été après avoir été victime d´un malencontreux accident... de golf. Entretien.
Jim Courier, qu´est-ce qui vous a poussé, à 34 ans, à reprendre le chemin du circuit, même s´il s´agit de celui des seniors?
«Le tennis a toujours pris une place importante dans ma vie. J´ai failli en être privé définitivement après que le buggy que je conduisais au golf se soit retourné pour me fracturer l´épaule en quatre morceaux. Je me suis battu pendant un an pour avoir ne fut-ce que le plaisir de retaper dans une balle avec des amis. Cet été, j´ai pris mon pied à disputer quelques exhibitions aux Etats-Unis. Alors je me suis dit, pourquoi pas?»
Quel bilan dressez-vous de votre carrière?
«J´ai largement surpassé mes attentes. J´ai travaillé dur pour ma réussite, mais je reconnais que j´ai été plus chanceux que d´autres. Je rêvais du Top 100 et j´ai pu ôter les deux zéros. J´ai connu des tas de grands moments, comme la Coupe Davis, ma première victoire à Roland-Garros contre Andre Agassi ou encore la cérémonie d´ouverture des Jeux de Barcelone. Je ne peux pas me plaindre...»
Avec vos frappes très lourdes du fond du court, vous avez quelque part été le précurseur d´un nouveau type de tennis?
«Je n´étais pas le seul. Andre Agassi et Thomas Muster avaient le même style. J´ai vite réalisé, cela dit, à Indian Wells, en 1991, que taper sans réfléchir ne me mènerait nulle part et qu´avec mon jeu, je devrais également être au top physiquement. C´est peut-être ce qui explique que j´ai été le premier de la fabuleuse génération américaine à percer. Ensuite, j´ai eu le malheur de tomber plusieurs fois sur ce c.. de Sampras ( sourire). Si Pete n´avait pas été là, nous aurions tous eu un plus beau palmarès.»
C´est Pat Etcheberry, l´actuel préparateur physique de Justine Henin, qui vous a bâti cette condition, non?
«C´est exact. Il avait d´abord travaillé avec Andre Agassi, puis il nous a pris en mains Pete Sampras et moi-même. Il m´a forcé à dépasser mes limites pour me faire acquérir la confiance que mon corps résisterait à tous les assauts.»
Saviez-vous qu´il a découvert beaucoup de ressemblances avec vous chez Justine?
«Il me l´a confié au téléphone, il n´y a pas si longtemps. Il a vu chez elle la même volonté de se surpasser, le même désir d´être prêt à tout donner pour être la meilleure. Justine a un talent fou à la base, mais il lui fallait muscler son jeu pour rivaliser avec les joueuses plus puissantes.»
Le virus qui la mine depuis le printemps pourrait-il être le contrecoup de son mode de préparation?
«C´est difficile à dire. Je crois que l´on cherche là une réponse qui ne s´y trouve pas. Et puis, si elle a obtenu de superbes résultats auparavant, c´est tout de même positif. Ce qui sûr, en tout cas, c´est qu´elle manque au tennis féminin.»
Andre Agassi vous épate-t-il d´être toujours au sommet à 34 ans?
«C´est une preuve de sa formidable volonté et de son remarquable talent. Il a commencé le premier, à 15 ans, et il finira le dernier. Il mérite un immense respect.»
Vous partagez désormais votre temps libre entre la musique et la consultance télé. Quel regard jetez-vous sur le tennis?
«Le jeu est devenu plus puissant, mais je crois qu´avec Roger Federer et Tim Henman, il existe encore une place pour le beau geste. Je ne suis pas d´accord avec les gens qui clament que le tennis masculin est en manque de personnalités, mais les joueurs doivent se rendre compte qu´ils doivent communier avec le public. Le tennis féminin, lui, a aussi ses personnalités, mais elles ne sont hélas! pas en bonne santé...»