Télémaque est destiné à suivre la voie d'Ulysse, à reprendre sa position sociale. Mais son père, pendant longtemps, est prisonnier de Calypso, qui lui offre soulagement et immortalité. Il est loin de sa femme et de son fils et ne l'a pas forcément décidé. Pénélope évolue elle aussi, il y a des courtisas. Pendant ce temps là, Ulysse essaie de revenir à ses racines et que Télémaque essaie de se sortir de la solution dans laquelle l'a indirectement mit son père, et essaie de grandir sans lui.
Cette semi-transposition de l'Odyssée dans le Baltimore des années 80 prend une dimension particulière puisque basé sur des histoires vraies. En revanche ils ont en commun de mettre en scène des personnages violents, qui ont chacun leur propre vision de la morale, mais qui sont tous terriblement réalistes. On croit à ces personnages qui portent la série. Mention spéciale à Gary, guide dans ce décor surréaliste et pourtant vrai de LaFayette Street, et qui est terriblement attachant. Tous prennent une certaine importance à un moment de la série, ont leur heure de gloire, si on peut appeler ça ainsi...
En tout cas, ils vivent et se croisent dans les corners, et alors la caméra qui crée l'illusion d'être celle d'un documentaire, accroche des moments de vie parfois violents, parfois touchants, parfois gênants. La relation entre DeAndre et Gary est indicible et mélange plusieurs émotions que les créateurs réussissent à nous retransmettre sans jamais rien dire. Pas d'artifice, pas de musique, pas de générique qui indique que l'on va plonger dans un monde merveilleux hors de notre réalité. Elle est là la réalité, quand un homme se fait tirer dessus en pleine rue des violons descendus du ciel ne se déclenchent pas. Les claques qui sont mises par cette série sont glaciales et ne cherchent en aucun cas à ménager.
Laboratoire audiovisuel explorant le naturalisme à la télévision, The Corner n'est peut-être pas une série pour tout le monde, et pourtant c'est une série que tous devraient voir.