Le "problème" de Mad Men (qui est une excellente série hein, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas), c'est qu'en effet tout sonne juste, mais qu'elle ne s'attaque pas à tout comme The Wire peut s'attaquer à tout. Bon après dans Mad Men je n'ai vu que les 3 premières saisons mais ça m'étonnerait que ça change foncièrement par la suite : la série se concentre quasi-exclusivement sur le monde de la pub.
Alors que The Wire traite des problèmes concernant le trafic de drogue, la prostitution, le monde de la politique, l'éducation, les médias, la police, et tout cela en montrant comment des individualités absolument non-manichéennes se fracassent contre les institutions et leurs codes pré-établis. En regardant The Wire, tu peux arriver à décrypter l'actualité grâce aux enseignements que tu en tires, finalement Mad Men ne remplit qu'un rôle de divertissement, là où The Wire est une véritable étude sociologique.
Un exemple tout bête, mais c'est montrer dans la saison 4 que l'intérêt des élèves n'est que secondaire en réalité, et passe bien après l'intérêt économique de l'éducation. Il faut avoir des crédits pour se financer, alors on enseigne de la merde pré-mâchée aux élèves pour qu'ils puissent continuer à apprendre cette merde pré-mâchée : un véritable cercle vicieux.
Et dernièrement, je ne sais pas si vous avez vu ce fait divers, de cette mère qui racontait l'histoire de sa fille qui s'était suicidée à cause des insultes qu'elle recevait dans son collège. Le corps enseignant et le principal étaient au courant des brimades, mais ne faisaient rien pour agir, car moins il y a de conseils de discipline dans un établissement, mieux sont notés les principaux, et ainsi leur carrière s'en portent mieux. C'est ce que nous apprend The Wire entre autres : dans une pseudo-démocratie comme la nôtre, la politique du chiffre prime pour bercer le citoyen d'illusions, alors qu'au final aucun Mal n'est réellement combattu. On peut aussi citer l'exemple des chiffres de la police qui sont trafiqués, et dans notre réel à nous la politique de sécurité routière qui pousse littéralement les gendarmes et les policiers à devenir non plus des protecteurs du citoyen, mais des percepteurs de fonds pour le Trésor Public, histoire de renflouer les caisses de l'Etat et au passage de présenter des chiffres de la mortalité routière en baisse, histoire de faire oublier qu'à côté, sur tous les sujets sérieux, tout empire.
Bref, voilà. Je ne sais plus qui prenait The Wire de haut, mais forcément, quand on n'a pas l'esprit de comprendre que c'est une série qui dépasse le cadre du pur divertissement, et que c'est la seule qui ait été capable de le faire de façon aussi globale, totale, et cohérente; on ne peut comprendre en quoi elle est considérée par la plupart comme la meilleure des séries. Il existe une raison objective et pour moi c'est celle-ci : The Wire pue le vrai et le réel.