OS – Au-delà d'un rêve
http://www.youtube.com/watch?v=h-0G_FI61a8
« Tu attends depuis combien de temps sur cette tour ? »
Il était enfin arrivé ; ce murmure... Celui que j'attendais depuis des siècle sans plus oser espérer son retour venait de glisser un mot au travers de mon oreille, un mot soudain changé en phrase comme le doux son d'une cloche se change au réveil en une scintillante mélodie.
« Des années, ais-je alors simplement répondu. »
Je ne sais exactement si c'était vrai. Pour être tout à fait exacte, je pensais que cela faisait des siècles que je me dressais sur cette tour à espérer le retour de l'homme qui avant avait fait chavirer mon cœur innocent. « J'étais une déesse, Régis... Une déesse dans le monde des pokémons comme dans celui des humains. On m'appelait la fleur de Céladopole, souviens toi. Et maintenant...
- Maintenant tu n'es plus qu'une simple statue de pierre qui regarde l'horizon d'un œil troublé.
- Et toi un mort parmi tant d'autres. »
Je ne bougeais plus depuis des années et mes jambes étaient devenues racines sous ma robe de satin rose. Comme l'arbre veille au-delà de la vie des mortels, je voyais défiler depuis longtemps sous mes yeux le passage des vies de ceux qui avaient auparavant eu une place dans la mienne. Tandis que eux mourraient les uns après les autres, je perdurais sous la forme d'un arbre perché au sommet d'une tour, elle-même perchée au sommet de la ville. Et depuis tout ce temps j'attendais qu'il soit de retour auprès de moi simplement pour quelques secondes afin que mes lèvres d'écorce faites aient le pouvoir de s'écarter et de laisser passer une volée de mots.
« Je me souviens encore de notre rencontre, reprit Régis, alors que tu n'étais que la championne de l'arène que je devais affronter pour progresser dans mon aventure. Je me souviens de cette robe que tu portais comme le char du soleil arbore chaudement sa parure d'or, de tes mains blanche où l'on aurait pu voir se refléter l'âme de n'importe quel homme qui, prit au piège, aurait plongé ses yeux au fond des tiens.
- Et toi tu étais simplement un jeune homme ambitieux qui rêvait de conquérir le monde par le biais de ta fougue. Nous étions si différents...
- Pourtant si proches. »
J'ai sentis son odeur s'infiltrer au creux de mes branches. Autrefois déesse des pokémons plantes, me voilà devenu à mon tour l'un d'eux lorsque j'avais voulu sauver cette ville du chaos. « Et quand est-ce arrivé ? Depuis quand es-tu mort ?
- A l'instant, me répondit Régis. Simplement sur mon lit d'hôpital.
- Une femme était à tes côtés ? As-tu remplacé ma présence pendant les soixante années qui sépare ma transformation de ton déclin ?
- Aucune. Je ne pouvais t'oublier. Je ne pouvais oublier la seule femme au monde qui pouvait faire de mon cœur un navire tremblant dans les tourbillons au large d'Irisia, je ne pouvais oublier celle à qui j'ai offert cette bague une fois notre match pokémon terminé. »
Et lentement, le spectre de l'homme que j'aimais toujours s'empara de l'une de mes branche dans laquelle se dessinait encore l'image d'un rubis gravé dans le bois. Cette bague était le symbole de l'amour que l'on se vouait avant que tout cela n'arrive et que Céladopole ne manque d'être engloutie sous les torrents d'un légendaire avide de pouvoir. Le torrent que je n'avais pu arrêter que lorsque mon corps s'était soudain fait de branches et avait contenu toute l'eau en lui. J'étais devenu non plus la fleur de Céladopole, mais sa gardienne. Celle pour qui le rêve de ne faire qu'un avec la nature était devenu une réalité qui avait sauvé la vie à tous et avait perdu celle de Régis Chen.
« Je suis désolé de ce qui est arrivé, repris-je en sachant que j'aurais baissé les yeux au sol si j'avais pu le faire. Je ne voulais pas avoir à t'infliger toute la douleur que tu ressens à présent. Tout est de ma faute.
- Tu as sauvé une ville de sa destruction et tu m'as montré ce qu'était l'amour ; tu n'as absolument pas à t'en vouloir. J'ai attendu des année avant de pouvoir te parler de nouveau et je peux dire que je suis comblé. Jamais je n'aurais pensé pouvoir un jour être aussi heureux que chaque instant passé à tes côtés. »
Cette pensée me réchauffa le cœur comme si l'astre du jour y avait soudainement établi domicile. Et, dans la joie et la peine, le souvenir de la folle nuit d'amour dans l'arène me revint en mémoire. Ce soir-là où il m'avait embrassé comme seul en était capable un dieu et où il m'avait fait découvrir le sens que pouvait prendre le mot vie sous un autre angle. Je n'aurais avant cela jamais crut cela possible ; c'était pourtant vrai.
Maintenant que je le voyais, face à moi, je distinguais toute l'ampleur que la vieillesse avait sur les mortels. Malgré cela, la mort donnait à l'esprit comme un regain de vigueur et il prenait petit à petit les traits de son jeune âge. Alors, je me mis à rêver qu'il m'emmène avec lui dans l'au-delà.
« Cela se pourrait, lança-t-il comme s'il venait de lire dans mes pensées. »
Malheureusement je devais veiller sur cette ville jusqu'à la fin des temps et rien ne pouvait m'offrir le repos que j'attendais. Même mes larmes n'étaient depuis des années que de tristes gouttes d'eau qui coulaient le long de mon tronc pour s'échouer dans la rue des dizaines de mètres plus bas. Alors, quand il pleuvait dans la ville, les gens disaient simplement : « Silence, la fleur de Céladopole est en train de noyer son chagrin. » Et le silence se faisait ; le respect s’installait.
Régis, lui, comme au premier jour, s'avançait vers moi les yeux fermés. « Que fais-tu ? Murmurais-je tout bas.
- Chut, répondit-il simplement. Tais-toi, il ne reste que très peu de temps. » Et, une fois ses paroles envolées dans l'air, ses lèvres se posèrent sur le bois dont était recouvert mon corps. Quand mes yeux se rouvrirent, après qu'une chaleur envoûtante m'eut soudainement parcourue, je le vis en train de s'éloigner vers la Lune. « A bientôt, Erika. Je t'aime. »
Et sa silhouette disparu alors que l'écorce craquait autour de mon corps et tombait au sol. Toutes les branches au-dessus de ma tête grincèrent avant de s'écrouler au sol, les fleurs s'envolèrent et une poignée de bourgeon tombèrent à mes pieds de chair.
En quelques secondes, j'étais nue. Nue mais humaine.
Dans le reflet de la Lune je remarqua les courbes fines de mon corps se dessiner, mes cuisses aux traits fins comme mes seins ciselés à la perfection. Mes bras tendus vers l'avenir, vers Régis avec lequel je m'éloignais. Et toujours ce désir d'amour et de vie éthéré que mon cœur porta durant des années.
Aujourd'hui encore, les gens de Céladopoe appelle la Fleur de la ville cette constellation en forme de femme. Une nuit, elle s'élevait dans le ciel. Sa peau blanche reluisait de toutes parts et ses jolies formes firent rêver des hommes durant des années. Aujourd'hui, je suis heureuse de faire partie d'un rêve/ Mon rêve ? Celui de l'homme que j'aime ? Celui des gens ? Il importe peu, mes sentiments et mes buts resteront cette nuit une histoire qui ne s'oublie pas même après la mort.
Fin