Elle ne put finir sa phrase. Son compagnon avait déjà disparu à l'encadrure de la porte. Estomaquée elle ne réagit pas tout de suite. Était-il parti ? Non impossible. Pourquoi serait-il parti si vite ? Il devait la demander en mariage, il n'allait pas l'oublier. Il allait revenir. C'était une évidence. Les minutes qui passaient n'ébranlaient pas sa conviction. Il allait revenir. Elle fixait obstinément le pas de la porte, sans même penser à remettre sa culotte. Il allait revenir. Il devait la demander en mariage. Peut-être était-il parti se rafraichir afin d'être plus présentable pour sa demande ? En tous cas il allait revenir. C'était certain. Qu'importe les nombreuses minutes qui passaient. Il allait revenir. Il fallait savoir se montrer patient, voilà tout. Il devait lui préparer une surprise. Peut-être avec l'aide de ses majordomes. A moins qu'elle soit déjà dans sa chambre... Elle venait soudainement de se rappeler d'un détail : avant de partir, son délicieux amant avait déposé quelque chose au pied du lit. A nouveau euphorique, la belle demoiselle se pencha pour voir. Ce qu'elle vit sur le sol libéra le flot de larmes qu'elle tachait de contenir depuis quelques minutes.
Elle pleurait à chaudes larmes comme enfant elle pleurait sous les ifs. « Pourquoi ? » fut la seule question qui lui venait à l'esprit. Pourquoi était-il si peu démonstratif ? Les mots doux et les cadeaux n'étaient pas son fort, et il passait son temps à lui donner de l'argent au lieu de lui offrir des présents. Mais elle n'avait pas besoin d'argent, elle l'en avait bien assez, juste de son amour ! Pourquoi ne lui disait-il jamais qu'il l'aimait ? Un homme doit être fort, certes, mais ce n'était pas une raison. Malgré cela, elle l'aimait de tout son cœur et savait que c'était réciproque. Du moins elle l'espérait. Elle en était de moins en moins sûre. Chaque soir elle était à nouveau déçue. Chaque soir, elle descendait en bas de son hôtel particulier, chaque soir elle le guettait, et chaque soir, quand il arrivait enfin, elle attendait qu'il lui passe la bague au doigt. Au lieu de cela, chaque soir était une souffrance, et chaque nuit elle mourrait de tristesse. Peut-être était-ce aussi dû à son caractère si changeant. Un soir brusque et viril, un autre mal-à-l'aise et malhabile, celui qu'elle voyait chaque soir était un homme complexe aux multiples visages. Mais c'était l'amour de sa vie. Elle savait passer outre ce défaut.
Soudain elle la vit. Sa silhouette, derrière le pas de la porte. Ses traits crispés s'effacèrent instantanément, ses larmes s'évaporèrent d'elles-même. Un sourire immense retrouva sa place sur son doux visage, et ses yeux brillèrent à nouveau. Il était là, à quelques mètres d'elle. Il n'était pas parti. Il la fixait, dans l'ombre, avec tendresse, elle en était persuadée. Comment avait-elle pu douter de lui ? Il l'aimait de tout son être, tout comme elle. Elle n'avait jamais eu besoin de regarder son visage pour en être certaine, ni même de l'écouter parler. Elle ne l'avait d'ailleurs jamais fait.
« Tu es revenu... » murmura-t-elle tout simplement.
Elle remarqua alors une seconde silhouette à côté de lui, lui arrivant à la taille. Il était difficile de la distinguer dans l'obscurité. Était-ce un...
« Un Pokémon ! » s'exclama la jeune marquise, conquise.
Et au fur et à mesure que son amant s'avançait, une conviction grandissait en elle. Celle que cette nuit allait être la meilleure de toute sa vie. Celle qu'enfin, elle allait recevoir l'amour qu'elle espérait tant. Qu'elle méritait au fond. Qu'elle n'avait pas toujours reçu. Oui, ça allait être la meilleure nuit de toute sa vie.
Cette nuit-là, il fit froid sous les ifs.
***
« Qu'est ce que tu manges à la fin ?
- Mais enfin Commissaire, vous ne connaissez pas les Glaces Volutes ?
- Si mais tu avoueras qu'il est assez inhabituel de manger ça de bon matin. »
Il était à peine sept heure du matin que l'agent que formait le commissaire Skarko commençait déjà à s'empiffrer. A cette heure là, rien ne valait un café bien chaud selon lui. En grande partie parce que ça lui permettait de recouvrer totalement ses esprits, chose difficile après une courte nuit de sommeil. Fort heureusement ce n'était pas tous les jours qu'il fallait se réveiller si tôt pour de rendre dans les quartiers les plus mal famés de Volucité. Mais ce matin, il avait reçu une alerte de la part d'agents en patrouille. Probablement un simple règlement de compte, c'était si fréquent dans le quartier. Mais bon, le commissaire pouvait comprendre cette agitation. Volucité vivait des heures sombres depuis quelques semaines.
Ils se garèrent à côté du cordon de sécurité placé devant les lieux du crimes. Cet endroit répugnait Sharko : c'était les repères des gangsters et des trafiquants. Même les éboueurs ne passaient que rarement dans cette ruelle. Les deux associés sortirent du véhicule. Quelques agents étaient déjà sur place depuis une dizaine de minutes.
« C'est ici ? Demanda-t-il de manière directe à l'agent qui était venu à eux.
- Oui, le corps est en haut. Il a été découvert par le concierge tôt ce matin.
- C'est lui le concierge ?
- Tout a fait.
- Bien. Barry fait moi plaisir va l'interroger.
- Je m'en charge Commissaire ! »
Sharko jeta un œil à l'immeuble miteux. La façade était ravagée, la moitié des fenêtres détruites. Mais lorsqu'il entra, le commissaire ne put constater qu'il n'avait vu que la partie immergée de l'iceberg. A l'intérieur, tous les murs avaient été tagués. Des déchets trainaient absolument partout. Pire, des pans entiers de la rampe des escaliers semblaient manquer. Un agent le conduisit jusqu'au lieu du crime, la chambre de la victime. En entrant, le vieux commissaire eut un relent. Outre l'odeur, la moquette était à moitié détruite et brûlée par endroit. Des seringues trainaient par terre. La victime, elle, reposait sur un matelas à même le sol. Le pire fut le sang : il y en avait absolument partout, même au plafond. Couplé au cramoisie de la moquette, on aurait dit que la chambre elle-même avait été égorgée.
« Regardez cette énorme somme d'argent commissaire. Les caninos l'ont trouvé dans l'armoire là-bas, négligemment entassés. A vu de nez, il y en aurait pour plus de 70.000 pokédollars. »
Mais Sharko n'écoutait plus. Son attention était entièrement dirigée vers la victime. Vers son chapeau troué. Vers sa robe décolorée, ses petites sandales qu'elle semblait porter depuis des lustres, les breloques qui pendaient à son cou. Vers le sang qui s'écoulait de son vagin en lambeaux. Sharko ne mit pas longtemps avant de deviner l'origine de ce carnage.
« Ce qui a fait ça... C'est un pokémon, affirma Sharko d'un ton posé. Un scalpion... Ou plutôt un insécateur. »
Sharko connaissait bien le sujet. Il avait été dans les pays les plus pauvres du globe. Il avait déjà observé des pratiques semblables avec des insécateurs. Des jeunes filles excisées, des vies volées.
« Commissaire, Commissaire ! Cria Barry en déboulant en trombe. J'ai interrogé le concierge. Il a dit que cette jeune fille était installée dans l'immeuble depuis plus de deux ans. Elle semblait très étrange selon lui, peut-être sous l'emprise de stupéfiants, et chaque soir elle voyait différents hommes. Il m'a confirmé que c'était...
- Une prostituée... Ça n'aurait rien d'étonnant vu le quartier. A-t-elle eu des clients hier ?
- Oui deux, des agents se chargent de prendre leur description. Le concierge est au courant de tous ses faits et gestes puisqu'elle se sentait obligée de venir le voir avec son client chaque soir pour lui informer qu'ils allaient dans sa chambre. Quel bain de sang... déclara-t-il avec une expression de dégoût après s'être tourné vers la victime.
- Ce sont des choses qu'on aimerait ne jamais voir, encore moins au début de sa carrière. »
Cependant, un détail frappa Sharko. La vieille robe avait été mal mise, de travers visiblement. Avait-on essayer de la remettre ? Les sous-vêtements posés à côté d'elle semblait allait dans ce sens. Était-elle nue lorsqu'elle avait été tuée ? Pris d'un doute, il enfila ses gants en latex afin de lui défaire son unique habit. Ce ne fut pas difficile, le tissu étant tout détendu. C'est alors qu'il le vit. L'élément qui allait faire prendre à l'enquête un tournant majeur.
« Oh mon Dieu...
- Commissaire vous allez bien ? Questionna l'agent Barry
- C'est... c'est... c'est Lui... Il a fait une autre victime...»
Piqué par la curiosité, l'agent Barry se pencha par dessus l'épaule de son supérieur. Il resta tout aussi interdit que lui. Sur le sein gauche de la jeune fille de joie, un mot était gravé en lettres de sang.
« Luxure »
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Ce texte a été écrit à l'occasion du concours Poképlumes sur le thème « Les 7 péchés capitaux ». C'est ma première participation au concours. J'espère que ce texte vous a plu. Je me suis bien entendu inspiré du cultissime film « Seven » de David Fincher mais en me focalisant sur une victime en particulier et sur sa psychologie avant le drame. Ce texte est une version légèrement corrigée et améliorée de celui sorti sur ROSA.