et le texte qui vous permettra de juger mes ecrits ^^ :
Les gouttes ruisselaient sur les carreaux de ses lunettes et la buée qui s’y était accumulée l’empêchait de voir correctement. Cela faisait bien deux heures qu’il attendait debout comme cela, sous une forte pluie de fin d’été. De temps en temps des éclairs illuminaient le paysage qui s‘offrait à lui et se payaient le luxe de rester imprégné un instant sur sa rétine . C’est la première fois de sa vie que Narg voyait le ciel, les nuages, la terre aride du désert, et même la pluie. Il était stupéfait par la beauté de ce spectacle et malgré la peur qui le prenait au ventre face à tant de puissance, à cette nature déchaînée, il jouissait d´un bonheur indescriptible. Il avait déjà vu des images de l’extérieur à l’école ou à la bibliothèque de l’abri, mais il n’avait jamais imaginé que cela puisse être aussi grandiose. Les larmes de bonheur rejoignaient l’eau de pluie qui coulait sur sa joue comme un affluant se perd dans un fleuve. Son rêve se réalisait enfin. Il allait pouvoir partir a la découverte du monde, se mouvoir comme il en avait envie, ne plus subir les lois et les directives de l’abri. Il était heureux.
Il se décida enfin à avancer. Bien qu’il ne connaissait rien de ce monde, il savait qu’il se situait non loin de la côte ouest de ce qui s’appelait autrefois les Etats-Unis. il suivit son instinct et se mis à marcher vers l’est d’un pas hâtif. Il lui tardait de découvrir ce monde dont il rêvait depuis sa plus petite enfance, le grand air, la vraie vie. L’orage se calma rapidement, ainsi que la jouissance qu’il avait ressenti a sa sortie. A la place, même si l’excitation était toujours la, il était assez surpris par ce qu’il voyait. Tout n’était que désolation. Le paysage monotone et triste était loin de ressembler a ce qu’il attendait. Mais ou étaient les arbres, les jardins fleuris, la vie que le sage s’amusait à décrire autrefois? Thor avait donc raison, depuis le début… la vie ne pourrait jamais redevenir telle qu’elle l’était avant la Grande Guerre. Narg était partagé entre deux sentiments, d’un coté il était content de connaître la vérité, d’avoir quitté cet abri rempli d’ignorants et d’hypocrites, mais d’un autre il se sentait un peu perdu dans cet environnement hostile qui l’entourait. Comment pourrait-il survivre dans ce désert sans rien, sans vie? L’abri avait tout ce dont il avait besoin pour vivre, il lui suffisait juste de retourner en arrière, cela était possible et tellement facile… « Non, se dit Narg, je ne peux pas retourner la bas et faire comme si de rien n´était, je ne peux pas me voiler la face. J´ai fait un choix je dois assumer mes actes. Il doit bien avoir des survivants quand même! Je ne peux pas être le seul être vivant a la surface du globe! »
En effet il savait que son seul espoir était de rencontrer d’autres personnes et de s’y intégrer. Ca ne serait pas chose facile, Narg le savait bien, pourtant il espérait encore. « Je fais ça pour toi Sylphis, se dit-il pour se redonner du courage, je survivrais a l’extérieur et je reviendrais te chercher quand je serais assez fort pour renverser ces idiots d’anciens. J’en fais le serment! »
Ces pensées le regonflèrent un peu et il orienta sa marche vers une faible lueur qu’il apercevait maintenant au sud-est de sa position.
Il marcha pendant des heures, la tête basse, ses pieds se succédant l´un après l´autre devant ses yeux. Ce monde moche et terne l´oppressait. Et plus il s´éloignait de l´abri, plus il se sentait faible et perdu. Il était comme étranger à cet univers qui le rejetait, sans pitié. Manifestement, les Hommes avaient tout détruit lors de cette guerre, et même si lui avait été bien a l´abri, protégé par l´infrastructure anti-nucléaire, il n´en avait pas été de même a la surface. La nature ne semblait même pas avoir repris ses droits, et 25 ans après le drame, le vent lui apportait encore une odeur de mort. De temps en temps, il relevait la tête mais la lumière qui le guidait semblait toujours aussi loin. On aurait dit qu’elle restait inexorablement collée a l‘horizon. Alors il rebaissait les yeux, comme si cela était un fardeau de porter son regard sur cet environnement hostile et continuait sa marche, inlassablement. L’eau fut la première chose dont le besoin se fit sentir. Il avait du s’enfuir précipitamment de l’abri, ne pouvant prendre les provisions qui lui manquaient cruellement à présent. Le soleil tapait fort, sa gorge et ses poumons le faisait déjà souffrir. L’air devait être loin d’être aussi pur que celle qui était générée dans l’abri mais ça Narg s’en fichait éperdument. La nuit n’allait pas tarder à tomber, et le jeune homme se demandait si son acte n‘était pas sans espoir. « Sylphis, c’est pour toi que je fais tout ça. Je voudrais tant te prendre dans mes bras et que le temps s’arrête, pour l’éternité. Je me dois de ramener la raison et la tolérance parmis les nôtres. Je dois le faire, au moins pour toi. »
La nuit était tombée à présent, et la torride chaleur du jour se transforma vite en froid intense. « Je dois continuer, se dit il, ou je mourrais de froid ». La lumière semblait plus intense que jamais, quoique toujours aussi loin. « qu’est ce donc? » Se demanda-t-il? Et tout en fixant la lumière de ses beaux yeux verts, comme pour se donner du courage, il réussit a cracher quelques mots, dans une douleur plus que pénible.« Représentes-tu l’espoir… ou la mort? »
Ces mots eurent une sonorité étrange a son oreille, c’était une voix étouffé, pleine de souffrance. Il ne la reconnut pas. Il n’eut que le sifflement du vent pour lui répondre, lui ébouriffant les cheveux, comme si ce monde se moquait de lui, pensa-t-il. Il s’emmitoufla un peu plus dans son manteau de fortune, tandis que les morsures du froid commençaient a le ronger. « c’est la fin, se dit-il, je ne tiendrait plus longtemps comme ça… ». La lune brillait haut dans le ciel sans nuage à présent, et le vent semblait rester son seul compagnon. La marche devenait pénible. Il était épuisé. Tout a coup, alors qu’il était plongé dans un état de somnolence avancé qui lui donnait une allure de zombie, l’intensité de la lumière s’accentua fortement. Était-il arrivé? Sûrement, sinon d’ou pouvait bien venir cette lumière? Bien que surpris par ce phénomène inopiné, il lui fallu un effort surhumain pour relever la tête. Il aperçu la silhouette d’une personne qui se tenait en face de lui. Cette silhouette il aurait pu la reconnaître entre mille, c’était Sylphis. Elle souriait de son plus beau sourire, et le regardait tendrement. « Sylphis, mon amour… » la douleur s’estompait doucement, comme si la présence de la jeune fille suffisait à la faire disparaître. « je ne pensais plus te revoir, lui dit-il, si tu savais comme je t’aime. » Le lourd poids de son corps ne semblait plus un fardeau. Il se sentait bien. Il la pris tendrement dans ses bras, une douce chaleur familière l’envahissait. Des larmes coulaient sur son visage. Elle lui dit des mots doux, comme elle l’avait toujours fait avec lui. Cette attention qu’elle lui avait toujours porté depuis leur plus tendre enfance, il ne pourrait jamais l’oublier.
« Comment ai-je pu te laisser las-bas, je ne veux plus être séparé de toi, je veux qu’on reste ensemble, pour toujours… » sa vision se troublait. Il était allongé par terre, la face gauche contre terre, dans une flaque. La pluie avait repris, comme pour l’accompagner dans la mort. De ses cinq sens, seul la vue semblait encore envoyer des informations à son cerveau amoché par son périple. l’image de celle qu’il aime restait sur sa rétine, tandis qu’il voyait le cliquetis des gouttes et les éclaboussures qu‘elles produisaient dans la flaque. Le vent s’arrêta. « je t’aime… ».