Perdue dans ses pensées, elle observait le coucher du soleil, là-bas, loin derrière les arbres . Soudain, alors que l´astre disparaissait à l´horizon, laissant derrière lui une trainée orangée, Sanakan ressentit une légère pression a la base de la nuque . Puis, ce fut le néant .
Lorsqu´elle se reveilla, bien plus tard, son cerveau ne fonctionnait qu´a moitié et ses membres vivaces étaient tout a coup transformés en un tas inerte et douloureux .
L´endroit dans lequel elle se trouvait semblait plongé dans le noir le plus total et un léger grésillement l´empechait d´entendre ce qui se passait au-dehors .
Ses poignets étaient apparemment emprisonnées par de lourdes chaines, ses jambes, attachées ensembles, étaient repliées derrière son dos .
Une crampe la tordit en deux . Le flou dans lequel elle se trouvait se dissipa alors un peu -a son plus grand malheur- emportant avec lui la légère anestésie qui paralysait ses muscles . Folle de douleur, elle retomba dans l´inconscience .
D´ignobles songes vinrent alors la tourmenter dans son sommeil précaire, et, lorsqu´à nouveau ses yeux s´ouvrirent, son lieu de détention avait changé . Le bruit de fond avait laissé place a un silence de plomb, rarement interrompu par le crépitement d´une des torches accrochées tout autour de la salle circulaire .
Ses liens, sérrés trop fort la faisait souffrir, mais la douce lumière ravit ses yeux .
Soudain, des bruits de pas se firent entendre, la lourde porte devant Sanakan se mit a tourner sur ses gonds, révélant un vieil homme, accompagné de deux autres, invisibles dans la semi-obscurité .
_"Et bien, notre invitée semble être reveillée " . Lanca le vieil homme .
Ses deux acolytes échangèrent un regard avec lui et s´en allèrent, fermant la porte derrière eux .
_"Qui es-tu, jeune fille ? " Demanda t-il tout a coup, après s´être approché .
_"Vous..qui êtes-vous ? " Rétorqua la jeune femme, d´un ton diminué .
_"Sache, que je suis le maître des lieux, et qu´il n´y a que moi qui aie le droit de poser les questions ! " Hurla t-il d´un ton hargneux . " Alors, veux-tu me donner ton nom ou bien en as-tu honte ? "
_"Jamais ! Mon nom, j´en suis fière, je suis fière d´être la fille de mon père..."
_"Alors parles ! Ou je t´égorges sur-le-champ . "
_"Vous avez l´air d´y tenir..." répondit la jeune femme, tentant désèspérément de cacher sa peur a l´inconnu . Mais, tout inconnu qu´il soit, cet homme lui semblait familier . " Je suis Sanakan Zoldik..."
_"Tu Mens ! " répondit vivement l´homme en la giflant avec force . La machoire de Sanakan faillit se décoler sous la violence du choc, jamais elle n´avait ressentit une telle puissance chez un être vivant, a part chez Silva . " Tu oses utiliser ce nom ici... comme tu voudras..." Il se rapprocha encore, son visage était tout près de celui de la jeune étudiante . " Tu le regretteras . Jamais personne n´est sortit d´ici sans m´avoir raconté tout ce qu´il savait..."
Il se retourna, fit quelques pas et revint avec plusieurs outils aux formes étranges a la main .
Comprenant enfin qu´elle se trouvait dans une salle de torture, une grande terreur envahit Sanakan .
Le vieil homme la regarda attentivement avec un regard amusé . Il semblait réfléchir . Ayant trouvé, il attrapa un autre objet et le déroula sous les yeux déséspérés de la jeune femme .
Un énorme fouet se dressait devant Sanakan, formé d´un enchevètrement de lamelles de cuir, il comportait, depuis le manche, des pointes acérées qui ne se gèneraient pas pour pénétrer la peau et la chair de Sanakan .
_"Ce fouet est très spécial, mais tu découvriras tout cela bientôt " . Lanca t-il avec un rire sadique .
Tout a coup, tout devint clair dans la tête de la jeune femme, cet homme, ce fouet, cette salle elle-même, tout cela évoquait en elle....
Impossible....
Plusieurs mois plus tôt, un rêve l´avait amenée a se rendre sur le domaine ancestral des Zoldik, dans ce rêve, le vieil homme, plus jeune, infligeait un chatiment à Silva avec le même fouet qu´il tenait aujourd´hui entre ses mains . Malheureusement, elle avait été repoussée avant même de pouvoir passer l´entrée .
Le souvenir de cet homme, frappant son père de toutes ses forces, fit remonter en Sanakan un vive colère, une colère qui, attisée, se transforma très vite en rage, une rage folle .
Dans un nouveau souffle, portée par une force nouvelle, Sanakan tira sur ses liens dans l´espoir de les briser pour pouvoir tuer cet homme de ses mains.... en vain .
Il se retourna et, voyant qu´elle tentait de se libérer, fit claquer son fouet, arrachant un hurlement de douleur a la jeune femme .
La douleur était telle qu´elle en avait le souffle coupé, son épaule était en feu, elle avait l´impression qu´il ne tarderait pas a se détacher et a tomber sur le sol, encore palpitant .
Suivirent plusieurs autres coups, a la fin, Sanakan n´avait plus la force de crier, la douleur ouvrait devant elle un nouveau monde, jamais elle n´avait imaginé pouvoir subir telle torture, certaines pensées, entre deux coups, surgissaient, telle une avalanche...
En cet instant, la mort eut été pour elle préférable que d´endurer encore un seul des coups du vieil homme .
Mais la calvaire ne s´arreta pas, le néant ne vint pas a son secours, la douleur continua, redoubla encore .
Des larmes jaillissaient en même temps que son sang qui maculait déjà tout le plancher .
Enfin, les claquements cessèrent, l´homme se pencha vers Sanakan, voyant que sa methode avait eut des effets.
_Alors, maintenant je pense que tu es d´accord pour me donner ton vrai nom . Articula t-il avec un rictus hideux .
Sanakan ne répondit pas tout de suite, tentant de reprendre son souffle .
_Je...je... sa voix mourut, incapable de poursuivre .
_Parle, ou le fouet mordra encore et encore .
_Je... je Suis Sanakan Zoldik, fille de Silva Zoldik ! annonca t-elle, le visage ensanglanté levé vers celui de son bourreau, ses vêtements déchirés trempés par des litres de sueur et de sang .
Abasourdis par la révélation, le vieil homme recula lentement, le visage horrifié .
_Silva...Silva...le seul a être sortit d´ici sans avoir dit un mot... comment... comment... Il fit une légère pause puis reprit . Ainsi donc, tu es la fille de Silva...
Visiblement terrifié, il courut vers la sortie, enfonca la porte et hurla des paroles inintelligibles aux deux gardes . Sanakan entendit quelques bribes de la conversation vivace qui prenait place dans la pièce d´a coté .
_Impossible....
_Nous ne pouvons nous permettre de garder un tel monstre ici....
_...la tuer...
_Oui, nous devons la tuer .
_Impossible !
_Et si il l´apprend ?
_Il saura que nous sommes la cause de cela !
_Je ne le ferais pas !
_Impossible !
_Mais que faisons-nous alors ?
_Je ne sais pas !
_Impossible !
_C´est dangereux !
_Tres dangereux !
_Trop pour nous !
_Avoir peur de son propre fils...
_Ton fils est devenu trop grand pour nous !
_Impossible !
_Nous ne pouvons plus nous attaquer a lui, il est trop... nous ne pouvons rien contre lui désormais .
- zoldik#