CHAPITRE XI:
Un plafond inconnu...
Sirius venait de se réveiller, mais il ne se trouvait pas dans la chambre de l´auberge. Que lui était-il arrivé?
Il se leva lentement. Etrangement, il était déjà entièrement habillé; seul son épée manquait à l´appel. La pièce dans laquelle il se trouvait était sombre et étroite, avec pour seul meuble un lit de paille. Une petite fenêtre habillait les murs dépourvus de tout ornements, mais les volets rabattus empêchaient à Sirius de savoir s´il faisait nuit ou jour. Le martèlement irrégulier de la pluie contre les volets donnait l´impression d´être dans une coque vide, coupé du monde extérieur.
Instinctivement, Sirius se dirigea vers la porte situé à l´opposé de la fenêtre; il se doutait bien qu´elle serait fermée: on n´enlève pas quelqu´un pour ensuite le laisser repartir quand il le veut. Il posa sa main sur la poignée, la descendit et la tira vers lui. Gagné, la porte s´était ouverte!Celle-ci donnait sur un couloir totalement plongé dans l´obscurité. Sirius avança à tâtons, plaquant ses mains contre les murs pour ne pas trébucher.
Cette odeur... Elle lui semblait familière. Le craquement du parquais sous ses pieds, l´obscurité ambiante, l´odeur du sang et surtout cette atmosphère dérangeante, tout ici lui donnait l´impression d´être déjà venu à de nombreuses reprises. Comme pour confirmer cette impression, Sirius devina un croisement devant lui, et croisement il y eut. A droite la sortie, a gauche...
Il décida de continuer, il fallait qu´il sache, qu´il sache pourquoi cette endroit lui rappelait ses souvenirs oubliés.
Enfin, il tomba sur une porte. La vérité se trouvait derrière cette vieille porte pourtant anodine. Lentement, elle s´ouvrit, et la vérité éclata.
" -Te voici enfin, Sirius."
Sirius se trouvait dans une salle austère, une petite lanterne accrochée au plafond tenant lieu d´éclairage. Les volets des fenêtres étaient -comme dans la chambre dans laquelle il s´était réveillé- fermés. Aucun meubles, aucunes décorations ( hormis cet étrange objet enroulé dans de la soie placé au beau milieu de la pièce), rien ne différenciait cet endroit d´un autre. Pourtant, il y avait cet homme tapis dans l´ombre qui l´avait appelé par son prénom de sa voix perçante et aigue. Cet homme le connaissait, mais Sirius, lui, le connaissait-il de même?
" -Qui êtes vous? dit Sirius.
-Voyons, répondit l´homme, ne fait pas l´imbécile. M´aurais tu oublié?
-Non, répliqua Sirius, je ne peut pas oublier une personne que je n´ai jamais rencontrée.
-Que t´est-il arrivé?
-Je n´ai rien à vous dire, je vous ai déjà répondu que je n´en savais rien.
-Bien, je vois. Prends l´objet devant toi, peut être ceci ravivera t-il ta mémoire..."
Sirius s´executa, il s´accroupit et pris l´étrange paquet couvert de tissus qui était placé depuis le début devant lui, comme si l´homme à la voix percante avait déjà tout prévu. La forme allongée du colis permis à Sirius d´y deviner facilement une arme. D´un geste leste, il déchira la soie; le manche d´une épée se présenta à lui. Il le saisit et sortit l´épée. Celle-ci était fine mais étrangement lourde; plus étrange encore, la lame était noire, d´une noirceur inquiétante. Enfin, un vieux morceau de tissu macéré de sang était noué au manche. Voici donc l´objet censé raviver tous ses souvenirs, mais la lame était si noire, sans aucune lueur, sans aucun reflets. Son passé en était il de même? Et quand bien même cette épée contenait tous ses souvenirs, voudrait-elle seulement bien les lui rendre?
Dans un acte de bonté peut être, une partie lui en fut révélée:
L´aube projetait déjà ses premières lueurs lorsque Anduril et moi partions vers la forêt aux champignons. Nous étions tous deux jumeaux. De grande taille et plutôt robustes, nous nous imposions comme de valeureux représentants des Elessar. Nos cheveux étaient blonds et nos yeux bleus, la seule chose qui nous distinguait vraiment était le bandana que portait Anduril dans ses cheveux. Les miens par contre étaient totalement désordonnés et de nombreuses mèches rebelles se dessinaient ça et là. Nos habits reflétaient toute notre richesse, des morceaux de tissus mal cousus pour ainsi dire; et prétendre que nous étions sales était peu dire, mais personne ne s´en souciait là où nous habitions.
Après une demi-heure de marche, nous nous trouvions enfin face à la forêt des champignons: notre terrain de chasse préféré. Je m´apprêtai à y pénétrer lorsque Andruil me stoppa:
" -Attendons ici, j´ai demandé à Mitrys et Razat de nous rejoindre. Ils ne devraient plus tarder
-Mitrys? Tu n´aurais pas dû, il ne fera que nous retarder.
-Eh bien, il était avec Razat quand j´ai proposé à ce dernier de se joindre à nous pour la chasse, et ne pas l´inviter aussi aurait été déplacé.
-Bien, tant qu´il ne nous gêne pas, cela ne posera pas trop de problèmes.
-Espérons le..."
Ma réaction envers Mitrys fut peut être un peu brutale, mais à ma connaissance, Il était le Nu´mou le plus peureux et le plus incapable que les Elessar aient jamais connus. Par contre, la venue de Razat m´emplit de joie: Une montagne de muscles mesurant plus de deux mètres de haut était toujours la bienvenue.
En attendant la venue de nos camarades, je décidais de contempler ce paysage pourtant si familier. Devant moi, la forêt des champignons, toujours aussi accueillante et chaleureuse; c´était une véritable mélange d´arbres et de champignons de toutes tailles, les plus grands dépassant même la cime des arbres. Enfant, Andruil et moi aimions jouer à chat, sautant de chapeaux de champignons en chapeaux de champignons: c´était là notre seule distraction. Mais aujourd´hui, nous n´y allions non plus pour jouer, mais pour trouver de quoi se nourrir. En effet, la forêt des champignons regorgeait de gibiers en tous genres et les chasseurs étaient des éléments indispensables à la survie des Elessar, ce n´était pas les ruelles puantes où nous avions élu domicile qui allaient nous nourrir.
Lentement, mon regard pivota vers l´est, une immense plaine peuplé d´innombrables bosquets et villages était. De nombreuses collines se distinguaient ça et là, nous nous trouvions sur l´une d´elles. Sur chacune de ces collines, la forêt des champignons renaissait, plus ou moins grande selon la circonférence de la colline. Cela se limitait à une dizaine de champignons pour les plus petites à de véritables forêts où la faune et la flore étaient luxuriantes pour les plus grandes. La notre était de taille plus qu´honorable, et c´était là notre seule richesse. Andruil et moi n´avions jamais compris quelle était le phénomène qui empêchait la forêt des champignons de s´étendre sur toute la plaine, comme si seul l´air des collines était propice à leur survie. Au nord, la plaine se jetait dans l´océan sans fin. Qu´y avait-il au bout? Personne n´en savait rien, et l´univers d´Ivalice cachait de trop nombreux mystères pour que l´on se soucie de terres inconnues. L´heure n´était pas encore propice à cette question, voilà tout. L´on disait juste des Nu´mous qu´ils étaient arrivés par l´océan dans des temps reculés et qu´ils s´étaient pris d´amour pour cette terre.
Tout au bout de la plaine, aussi loin que mes yeux de chasseurs pouvaient voir, un mince fil de lumière progressant par courbes irrégulières se jetait dans l´océan. Juste derrière, la longue chaîne de montagnes imposante naissait au bord de l´océan pour disparaître à perte de vue vers le continent. Au pieds d´une de ces montagnes, le palais Bervenia resplendissant dominait la plaine de toute sa hauteur, tel un rêve inaccessible. Comme de nombreuses fois auparavant, le désir de s´y rendre empli mon coeur ainsi que celui d´Andruil qui regardait dans la même direction, une lueur d´espoir dans les yeux.
Mais les anciens nous avaient avertis: " il ne fait pas bon fréquenter ces gens là, l´argent et le pouvoir ont assombris leurs coeurs impurs" qu´ils disaient, mais nous n´en faisions qu´à notre tête, interprétant ces paroles à notre manière: il fait bon se dissimuler dans un idéal utopique.
" -Un jour Andruil, nous partirons de ce trou peaumé, et nous irons ensemble à Bervenia.
-Tout le monde craindra les jumeaux d´Elessar.
-Nous seront craints et admirés.
-Aimés et respectés.
-Riches mais Généreux."
D´un commun accord, nous nous tûmes. Les mots ne suffisaient plus à traduire ce que nous ressentions en ce moment même. Pendant un long moment, nous fixâmes le palais. Puis ma tête pivota vers la droite. En bas de la colline, tel une tache d´encre sur une peinture de maitre, Kazâd Jagd, notre demeure. Kazâd Jagd était composé de maisons croulantes aux murs fissurés et aux toits de tôle. Les rues noircies par le mélange désastreux de la crasse et du temps regroupaient les plus pauvres d´entres nous. Mais la solidarité était notre maître mot et rarement ils y passaient la nuit. Une ligne imaginaire séparait depuis la nuit des temps Kazâd Jagd en deux. D´un coté les Elessar, de l´autre... Nos ennemis jurés, les Galtezs. Nombreux furent ceux qui tombèrent lors des affrontements meurtriers qui nous opposaient. Les moindre prétexte était synonyme de duel à mort, et j´ai failli y laisser ma vie de nombreuses fois. Les anciens alimentaient notre haine contre les Galtezs, nous racontant par quelle souffrance nos descendants s´étaient fait tuer. La seule richesse de Kazâd Jagd était la forêt des champignons, véritable " poumon" d´un organisme meurtri.
Alors que je contemplait Kazâd Jagd, le coeur empli de désespoir, deux silhouettes apparurent au pied de la colline. L´une petite et frêle, l´autre grande et imposante. Au fur et à mesure de leur progression; leur contours se précisèrent, c´était un Vangaa accompagnée d´un Nu´mou. La surprise fit place au doute, puis enfin au contentement, C´était certainement Mitrys et Razat. Je prévenais Andruil et tous deux, nous fîmes des signes en leur direction:
-Razat! Mitrys! criais-je, nous sommes...
Andruil m´avait coupé la parole, puis d´un geste brusque, il me plaqua à terre. Il me chuchota ensuite:
-Ce sont des Galtezs. Le vangaa est Razor, je n´ai pas reconnu l´autre. Toujours est-il que je ne veux pas avoir d´histoire avec Razor.
-Aurais-tu oublié notre serment? Le courage est notre guide, et tous les obstacles quels qu´ils soient se plieront à lui.
-Ne confonds pas courage et témérité. Se jeter dans une bataille perdu d´avance c´est de l´inconscience, pas du courage.
-Serais-tu en train de dire que nous n´avons aucunes chances contre Razor? répliquais-je en faisant mine de me lever.
-Exactement, continua-il en me retenant par le bras. Et reste allongé, la discrétion est aussi une forme de courage.
-Trop tard, il vont vers nous.
-Et merde...
Nous nous levâmes tous deux. Andruil avait raison, se battre contre Razor équivalait à sauter d´une montagne. Mais je préférais mourir digne que m´enfuir comme un lâche. Une fois arrivé à portée de poings, Razor nous dit:
-Regardez qui voilà! Les jumeaux d´Elesssar! Vous ne devriez pas trop vous approcher de la forêt, les monssstres ne font pas dans la dentelle et ils n´hésitent pas à manger les gossses comme vous.
-Causes toujours, répondit Andruil, dois-je te rappeler que tu n´est jamais revenu avec le moindre gibier? La force est inutile si le cerveau ne suis pas.
-Ho ho! La vie te répugne à ce point là pour me parler ainsi? Et je crois que vous avez mentionnés le nom de mon frère tout à l´heure, auriez vous osés me confondre avec lui? Me prendre pour cet imbécile est la pire insulte que l´on puisse me faire. Préparez vous à payer de votre vie cet affront!
Comme pour nous intimider, il bomba son torse musclé. Le Nu´mou qui était resté à l´écart recula encore de quelques pas: Razor allait se battre seul, mais il valait dix humains, et au moins quinze Nu´mous. Le vangaa fit un signe de mains et Andruil et moi levâmes nos poings en signe d´assentissement. Comme Razor ne faisait rien, je lui balançais un uppercut dans le ventre tandis que mon frère tentait une béquille, mais Razor riait déjà d´un voix rauque.
-Ah ah ah! Incapables de m´ébranler, même un mog frapperait plus fort!
De rage, je lui balançais mon poing en pleine figure mais Razor en avait fini de jouer et il m´agrippa par les pieds. Il me fit ensuite tourner au dessus de sa tête tel un lasso puis il me jeta sur le sol dur où je m´écrasait comme une mouche. Une douleur se faisait sentir dans ma jambe gauche: j´étais hors combat. Réduit au rôle de spectateur, je regardais mon frère esquiver tant bien que mal les assauts de la machine de guerre qui lui faisait face. Mais l´espoir de gagner était mince et, une fois à bout de souffle, Andruil de pu éviter le coup de poings dévastateur du vangaa qui le projeta trois mètres plus loin, semi inconscient.
Razor riait de plus belle, savourant le plaisir de la victoire. Il s´approcha ensuite à pas lents du corps de mon frère et plaqua sur sa tête sa grande patte écaillée. Non, cela ne pouvait se finir de cette manière, pas comme ça, les jumeaux d´Elessar iraient à Bervenia.
Quelques secondes plus tard, j´étais debout près du corps de mon frère. Mon poing avait percuté en pleine face Razor qui avait murmuré des paroles incompréhensibles avant de s´écrouler. J´avais finalement eu raison de lui. Mais ma douleur à la jambe se fit de nouveau sentir et je m´écroulais par terre.
-Alors, on dirait que mon frère vous faisait des misères? Heureusement que je suis arrivé à temps.
C´était Razat et Mitrys, ils étaient finalement arrivés...
Ca c´est une fic 