Plus j'y pense, plus je suis gêné par la tournure des évènements à Anfield. Les choix faits par les propriétaires du club me paraissent plus politiques que sportifs. Ces Américains me semblent suivre une stratégie militaire aussi connue qu'efficace : diviser pour mieux régner. Ils éliminent les contre-pouvoirs à leur autorité.
Le renvoi de Kenny, pour commencer, me semble plus avoir eu la relative mauvaise saison comme prétexte que comme motivation. Les Américains n'ont jamais voulu de lui, et ne l'ont nommé entraîneur que pour éviter une révolution des supporters, et parce qu'Hodgson nous menait quasiment tout droit vers la relégation. Ses quelques excellents premiers mois ont forcé la main du FSG, qui n'avait pas envie de le prolonger. Je doute que le nouvel entraîneur soit renvoyé dès sa première saison s'il n'atteint pas l'objectif de la quatrième place.
J'ai le sentiment que l'objectif premier était d'éviter la présence d'un entraîneur trop charismatique. C'est sûrement pour cette raison que Rafa n'a pas été pris, alors que n'importe quel observateur rationnel l'aurait choisi. King Kenny et Rafa ont une immense proximité avec le public. Un Rafa pourrait sans problème réunir Anfield derrière lui et déclarer la guerre aux propriétaires s'il estime la gestion mauvaise. Avec un inconnu comme Rodgers, qui a une carrière à construire, le risque est bien plus faible.
Je pense aussi que l'organigramme voulu par le FSG, avec un entraîneur, un « directeur du football » et un directeur technique, a pour but de diviser les pouvoirs. Un entraîneur général regroupant ces trois fonctions pèse assez lourd. Prises individuellement, les trois personnes voulues dans la nouvelle organisation n'auront qu'un pouvoir politique et une responsabilité limités, à plus forte raison si c'est la premières fois qu'elles travaillent ensemble.
Bref, j'ai vraiment le sombre sentiment d'assister à une sournoise guerre politique visant à éliminer toute forme d'opposition que pourraient rencontrer les dirigeants. Il ne leur reste plus qu'à éliminer quelques cadres du vestiaire (Kuyt, Carragher...) et ils auront vaincu ce que Bill Shankly appelait la sainte trinité, sans que personne ne réagisse. Et je sens que cette opération va nous mener droit dans le mur.
Après, c'est peut-être moi qui vois des conspirations partout. Peut-être que nous allons retrouver la quatrième place dès cette année. Si c'est le cas, je devrai admettre que nos dirigeants sont bien plus sages que moi. Mais pour l'instant, à première vue, j'ai un très mauvais pré-sentiment. Et c'est bien la première fois que je ne suis pas optimiste à l'approche d'une nouvelle saison.