Mais l'affaire a été parfaitement élucidée. Suárez a dit, très exactement, « Negrito ». Il l'a lui-même reconnu.
À première vue, on pourrait penser qu'il a bien tenu des propos racistes. Seulement voilà, en Uruguay, on peut dire que le racisme n'existe pas. En Uruguay, on n'observe aucun clivage entre les noirs et les blancs, si bien qu'on retrouve facilement les deux dans une même famille. Je crois que Suárez a un grand-père d'origine africaine, par exemple. Dans un contexte uruguayen, « negrito » est en fait un terme affectueux, et n'a rien de raciste.
Prenons un exemple imaginaire. Disons qu'à Lille, il n'existe aucune discrimination envers les personnes âgées. (De ce que j'ai pu observer, la France est loin de pouvoir se vanter de ça, mais supposons que c'est bien le cas.) Tu appelles d'ailleurs régulièrement tes amis « vieux ».
Un jour, étant un grand joueur de foot, tu vas jouer à l'étranger, dans le meilleur championnat du monde. Il se trouve que ce nouveau pays est traversé par de terribles discriminations envers les personnes âgées, malgré les efforts des autorités.
Lors d'un match, un adversaire te fait un tacle un peu rugueux, et vient présenter des excuses. Tu lui réponds alors, comme tu le faisais à Lille, « pas de problème, vieux ! ». Et là, c'est le drame. Le joueur en face de toi avait 21 ans, contre seulement 13 pour toi. C'était une insulte contre son âge ! Ça tombe bien, la fédération voulait faire un exemple. Allez hop, huit matches de suspension, fermes !
Eh bien remplace « pas de problème, vieux ! » par « pas de problème, Negrito ! », et tu as exactement ce qui est arrivé à Suárez. J'affirme donc que c'est la fédération qui fait preuve d'intolérance à travers la négation de l'existence d'autres cultures dans lesquelles on voit les choses différemment. Ils ne voient du racisme dans ce qu'a dit Suárez que parce qu'ils sont conditionnés à penser au racisme à la seule évocation d'une couleur de peau.