J'ai été amené à débattre avec un gamin qui soutenait que le foot était une pompe à fric. Après quelques minutes sans grand intérêt, il m'a donné son argument principal : le foot n'apporte rien à la société, et l'argent serait bien mieux investi dans d'autres causes. À ses yeux, un conseil d'administration corrompu, par exemple, a cela de défendable qu'un conseil d'administration est initialement quelque chose d'utile, là où le foot ne sert à rien.
En guise de réponse, je lui ai raconté une histoire que je tenais de mon prof d'économie de terminale. J'aimais beaucoup cet enseignant, d'ailleurs. Comparé à lui, le Nouveau Parti Anticapitaliste, c'est encore l'extrême droite. Mais passons à l'histoire elle-même, puisque c'est le but de mon message, en espérant ne pas vous l'avoir déjà racontée.
Comme souvent, ce prof participait à une mission humanitaire, cette fois dans un bidonville de je ne sais plus quelle région. La mission était arrivée sur place avec une petite somme d'argent à investir. Le bidonville était dans un état absolument misérable, avec par exemple un seul robinet pour tous les habitants. Je ne me souviens pas de tous les détails de cette misère, comme ça remonte à quatre ans, mais vous avez compris l'idée.
Mon prof, donc, avait quelques projets. Il voulait notamment faire installer un meilleur système de plomberie, pour essayer de donner de l'eau à peu près potable à un peu plus de monde. Seulement, un soir, en rentrant de je ne sais plus où, ses camarades et lui ont découvert qu'en leur absence, tout l'argent destiné aux canalisations avait été dépensé dans des maillots de foot de qualité supérieure pour l'équipe du bidonville.
Évidemment, colère, et surtout, incompréhension. Comment pouvait-on être assez stupide pour penser à des maillots de foot quand on n'a qu'une source d'eau pour des centaines (ou milliers, je ne sais plus) de personnes ?
Ils sont quand même restés... Peu après, l'équipe de foot a joué un match officiel, dans ses beaux maillots. Et à partir de là, tout a changé. Tout le bidonville a retrouvé une fierté, a trouvé son identité dans cette équipe enfin présentable. Les vols et violences ont laissé place à une immense solidarité. Quelques semaines après, à force de travail communautaire, les conditions de vie dans le bidonville se sont améliorées, et les habitants ont repris le moral. Mon prof en a conclu deux choses :
1) Quand on fait une mission humanitaire, il faut rester humble. Les pauvres savent mieux que nous ce dont ils ont besoin.
2) Certaines choses qu'il pensait inutiles, comme le foot, ne sont peut-être pas si inutiles que ça.
Cette histoire me rappelle un peu la pyramide de Maslow. Mais cette fois, les besoins d'estime et d'appartenance apparaissent prioritaires sur les physiologiques.