Chapitre VI
La route vers He-Fei n’était plus très longue, les journées se succédaient, identiques, fatigantes, éprouvantes.
-Ca doit être dur pour une fille à force non ? Demanda Xu-Huang alors que les deux amis venaient de s’arrêter quelques secondes avant d’entrer dans une imposante forêt.
-Pardon ? S’étonna Diao-Chan. Je trouve que je supporte mieux le voyage que toi.
Xu-Huang eut un mouvement de sursaut.
-Tu plaisantes ! S’exclama-t-il.
Diao-Chan regarda attentivement son compagnon de route. Ses cheveux, parfaitement peignés à leur rencontre, étaient maintenant sales et mal coiffés. Il avait son visage mal rasé, et des cernes immenses sous ses yeux. Quand à son pantalon, ce n’était plus qu’un short miteux, et sa veste était déchirée en deux. Il avait un bandage autour de son bras droit fait avec l’autre partie de sa veste pour cacher une blessure qu’un loup lui avait faite une nuit.
-Non, répondit-elle. Mais tant mieux si ça va pour toi, car nous n’avons fait que la partie la plus facile.
Le visage du jeune disciple devint plus blanc que d’habitude.
-Bon, on y va ! Décida Diao-Chan enthousiasmée.
Le jeune homme se leva mollement.
-Oh, je n’en peux plus. Je n’en peux plus ! Je veux rester là à tout jamais.
Il avait dit cette dernière phrase comme dans un ultime soupir.
-Allez, un peu de courage. Je croyais que c’était plus dur pour une fille que pour un mec.
Elle souleva sa frange comme elle en avait l’habitude.
-Nous ne pouvons pas rester là éternellement.
Le jeune homme la regarda et la suivit, sans rien dire. Ils n’avaient pas fait deux pas que soudain un autre loup, très agressif et très présent dans cette partie du monde, se jeta sur eux. Xu-Huang qui se battait avec ses mains nues recula, il avait en phobie cette animal depuis qu’un lui avait arraché une partie de son bras. Diao-Chan, qui avait trouvé un bâton bien taillé, de sorte qu’on aurait dit un javelot de mauvaise qualité, le frappa violemment à la tête. Ce dernier tenta de la griffer mais elle lui aligna un autre coup avec la partie coupante. Sa tête s’ouvrit et du sang vint s’ajouter au précédent sur le bâton.
Tel était leur quotidien…
-Ils ne doivent avoir plus qu’une journée de marche d’avance par rapport à nous, évalua Thegunman, fier de lui.
Sun-Shang-Xiang le regarda. Elle ne savait pas quoi penser de cet homme. Elle le craignait, elle le respectait, elle l’admirait. Ce n’était pas comme Lita, mais il était sûrement dix fois plus ambitieux que lui. Il était prêt à tout pour avoir un peu plus de pouvoir, de conquête militaire. Elle se demandait même parfois si c’était vraiment un homme possédant des sentiments. Elle ne l’avait jamais vu faible, il ne lui avait jamais parlé de ses problèmes, de ses amis, de ce qu’il aimait. Il ne parlait que la cible : Xu-Huang.
-Nous les rattraperons vers He-Fei, affirma sûr de lui le général.
Sun-Shang-Xiang ne disait rien. Elle le regardait. Que faisait Lita à ce moment ? Et sans comprendre pourquoi elle fondit en larme tout en s’agenouillant.Thegunman la regarda et la gifla violemment. La jeune femme leva les yeux vers lui, essuyant ses larmes.
-Qu’est ce qui te prend ? Tu es un général, ne l’oublie pas ! Hurla Thegunman.
Sun-Shang-Xiang se releva et regarde son compagnon. Il l’observait fixement, d’un regard plein de haine et de dégoût. La femme baissa les yeux.
-Excuse-moi, nous devrions continuer.
-Tu sais, la vie n’est pas si dure dans les quartiers pauvres, affirma Xu-Huang. Il suffit de savoir se débrouiller sans trop avoir d’argent. Ca te permet d’apprendre les choses simples de la vie, non superficielles. Quelle chance tu as du avoir.
Diao-Chan ne lui dit rien, depuis la veille, le jeune homme ne cessait de délirer. Elle comprenait sa réaction. Ils marchaient depuis plus d’une semaine pour ne dormir que quatre heures la nuit. Xu-Huang, lui, n’était jamais sortit de sa ville. Ses nerfs, comme son physique, lâchaient.
-Nous y sommes ! Hurla-t-elle folle de joie.
Ils venaient de gravir une côte. Au loin, à même pas une heure de marche, on pouvait voir He-Fei. C’était une ville importante, moins que Chi Bi la capitale du « Grand Pays » toute fois.
Xu-Huang leva les yeux, au loin il voyait la cité, son visage reprit quelques couleurs et un large sourire apparut sur celui-ci.Diao-Chan le regardait avec soulagement. Le jeune homme se retourna et lui dit :
-Enfin !
Et sans comprendre comment, il se trouva la force de courir.