Cette évolution n'est qu'une régression vers une langue toujours plus simple et faisant de moins en moins appel à la compréhension. Mais je vais prendre un exemple.
Regarde l'expression vive, comme dans vive Sturm. Vive est simplement le verbe "vivre" au subjonctif. En tant que verbe, il s'accorde avec son sujet. Du coup, si l'on dit vivent les piles broyées, on met en toute logique une terminaison plurielle à notre verbe. Seulement voilà, les Français ont perdu de vue que vive est un verbe, et se sont mis à écrire des horreurs comme vive les femmes mariées.
Qu'ont fait nos amis académiciens ? Ils ont déclaré que vive était devenu une expression courante que l'on n'a pas à accorder.
Pourquoi un tel manque de fermeté ? C'est simple : on veut nous faire disparaître le subjonctif, et avec lui toute forme de complexité linguistique. La méthode globale qu'ils ont voulu instaurer dans l'apprentissage de la lecture va en ce sens : on veut des enfants formatés, qui ne font qu'apprendre comme des robots sans réfléchir. C'est bien plus facile à manipuler. Même les profs de français ne sont plus compétents, ou, en tout cas, ils n'ont plus besoin de l'être. Quand j'étais en première, j'ai eu une prof tout juste sortie de l'académie, donc a priori dotée des compétences demandées pour avoir son diplôme. Elle était incapable de dire que dans comprenne qui pourra, comprenne est un subjonctif.
Si tu ne l'as pas fait, lis 1984 d'Orwell. Entre autres concepts, il développe le novlangue, ou newspeak en version originale, qu'un gouvernement aux tendances peu démocratiques essaye de mettre en place pour mieux contrôler son peuple. La pensée passant par la langue, si l'on simplifie la langue, on simplifie aussi la pensée. De plus, une idée ne peut être vraiment pensée, et surtout discutée, développée, que si elle est exprimable.
Le novlangue, on y va tout droit. Beaucoup de notions avancées de notre langue ont disparu. Qui utilise spontanément un imparfait du subjonctif, même à l'écrit ? "Parler bien" est maintenant un comportement dévalorisé : on passe pour un petit intello asocial. Même notre président de la république française parle aussi bien le français que moi l'allemand (c'est dire !).
Voilà pourquoi je dis non : soyons fermes ! Notre langue est déjà bien assez pourrie comme ça. Pas besoin de la cancériser davantage avec des mesures de simplification à outrance. Les académiciens et les réformateurs peuvent brûler avec le sms vers lequel ils essayent de nous mener.