Super, Tomm! On s´y croirait!
A moi:
Front de l´Est, début 1943: les Allemands entament leur débâcle.
Deux soldats germains, un Gefreiter ( caporal) et un Oberschütze ( soldat de première classe), se retrouvent coincés dans un bâtiment en ruines, suite à un pilonnage au char T34.
L´Oberschütze, un jeunot, essaie de s´attirer l´amitié du vieux de la vieille qu´il a manifestement devant lui:
-C´est quoi votre nom, caporal?
-Hetzenauer. Mathias Hetzenauer. Et toi petit?
-Baumgartner, Heinrich. Une minute... Vous avez bien dit Hetzenauer?
-Il me semble. Tu veux que je répète jusqu´à ce que tes oreilles soient rouges, ou que je n´aie plus une goutte de salive?
-Oh mein Gott! J´ai entendu parler de vous, Herr Hetzenauer; le fameux Scharfschütze, qui donne tant de fil à retordre à ces bâtards de Rouges!
-Quand tu auras un peu combattu, tu parleras d´eux avec plus de respect.
L´autre de continuer sans y prêter attention:
-On m´a dit que vous aviez tué plus de 300 Russes. C´est vrai?
-300, déjà... Je ne saurais pas te dire si c´est vrai, je ne compte plus par moi-même depuis longtemps. Mais dis-moi... Qu´est-ce que c´est que cette arme, que tu portes avec toi?
-Un MP43, Herr Scharfschütze. C´est tout nouveau, et nos ingénieurs en sont drôlement fiers. Il y a de quoi, je l´ai essayé, je peux vous dire que c´est impressionnant. Hitler ne voulait pas de cette arme, mais moi et ma division on a insisté, et finalement elle est...
Mais tant qu´on y est, vous avez essayé le nouveau G43, avec la lunette ZF4?
-Oui.
-Et...?
-Trop lourd. Je préfère de loin mon bon vieux 98K, avec...
Ils n´eurent pas le temps de continuer cette discussion plus avant, les chars russes se remirent à pilonner le bâtiment.
-Vite, suis-moi! dit Hetzenauer.
-Ils montèrent un escalier à demi en ruines, et arrivèrent à un étage avec un petit trou dans le mur.
-C´est parfait.
-Qu´allez-vous faire, Herr Scharfschütze?
-Mon travail.
Hetzenauer se coucha par terre, et passa le canon de son fusil à travers le trou. Il regarda ensuite dans la lunette à grossissement 6x.
-Tu as des jumelles, petit?
-Oui, Herr Scharfschütze.
-Alors regarde bien par la fenêtre. Sois discret, et regarde ces opérateurs, sur les tanks, dont la tête dépasse de la tourelle… Ce sont eux qui observent et qui commandent le tir.
Baumgartner obéit, et vit effectivement de minuscules silhouettes dépasser de la tourelle des T34. Hetzenauer inspira profondément, et dans les trente secondes qui suivirent, Baumgartner entendit trois coups résonnants, et vit les têtes des trois opérateurs dégager un petit nuage rouge au loin. Il en resta bouche bée.
-Himmel… Comment… Que…
-Et de trois en plus. Tu peux noter ça, s’il te plaît? D’habitude, j’ai toujours quelqu’un qui m’accompagne pour le faire, mais j’ai récemment été forcé de me passer de ses services.
-Gue… Euh… Zu Befehl, Herr Scharfschütze!
Pendant qu’il s’exécutait, Hetzenauer inséra trois cartouches dans son arme, avant de se figer.
-On vient… Quelqu’un monte les escaliers discrètement. Prépare-toi petit!
Ils épaulèrent vite leurs armes et attendirent, chacun d’un côté de la porte, le canon braqué sur elle.
-Ils sont plusieurs… Au moins deux ou trois. C’est le moment de tester ce nouvel engin sur autre chose que des cibles d’exercice, petit!
Les bruits de pas se rapprochaient, puis tout d’un coup, tout redevint silencieux. Une minute s’écoula, quand soudain une grenade F1 jaillit de la porte.
Hetzenauer, rapide comme l’éclair, jura et s’en empara vite fait, avant de la réexpédier par la porte.
L’explosion leur fit mal aux oreilles, et ils entendirent les râles d’un Russe agonisant, qui tombait en arrière dans les escaliers.
-Attention ils arrivent! Feu, petit, feu!
Il y en avait bien plus que deux ou trois. Hetzenauer en tua deux d’une balle, et pendant qu’il réarmait, Baumgartner en mitrailla encore deux avec son fusil d’assaut.
-Viens, fichons le camp!
Ils se mirent à courir à travers les couloirs en ruines, entendant les balles siffler derrière eux.
-Dépêche-toi, cours!
-Allez-y Herr Scharfschütze, je les retiens ici!
-Non, non, on n’est pas dans un film, c’est réel! Renn um dein Leben!
Mais Baumgartner n’écoutait pas, et s’arrêta, fit face aux Russes qui arrivaient derrière eux.
Il eut le temps de vider son chargeur avant de s’écrouler, touché au ventre. Hetzenauer le vit s’effondrer en regardant par-dessus son épaule.
-Un imbécile… Ou un héros?
Il courut encore dix mètres avant de tourner à gauche: là il y avait d’autres escaliers et un placard; sans réfléchir, il s’engouffra dans le placard et s’enferma.
Il entendit les Russes passer à côté de lui et prendre l’escalier. Sauvé.
Il attendit jusqu’à la nuit avant de sortir, et prit son carnet de notes.
-Voyons voir, dire que je ne l’ai jamais ouvert… Alors, aujourd’hui, trois et deux d’un coup, plus cinq. Avec tous ceux que Kreichsbaum a notés, ça nous fait un total de…
Il calcula pendant quelques secondes…
-Trois cent quarante-cinq. ( Il eut soudainement le vertige en découvrant ce chiffre.) Trois cent quarante-cinq… J’ai tué trois cent quarante-cinq hommes. Mein Gott, il est grand temps que je prenne ma retraite, avant que ma maison ne soit complètement pleine d’esprits tourmenteurs.
Il tint parole.
Quelques jours plus tard, dans une patrouille russe:
-Dis-moi camarade, qu’est-ce que c’est que cette arme que tu gardes épaulée depuis un certain temps?
-Je l’ai piquée sur un Fritz que j’ai descendu. Ca a l’air nouveau. Il a descendu la moitié de mon escouade avec ça!
-Combien d’hommes?
-Sept. J’en ai aussi perdu deux, abattus par un Sniper qui l’accompagnait. On ne l’a jamais retrouvé.
-Sept! Mais cette arme est monstrueuse!
-Tu l’as dit, il n’a vidé qu’un chargeur. Je sais un peu lire l’alphabet occidental, alors je crois que je connais le nom de cette arme… MP43, je crois…
-Eh bien, voilà un truc qui pourrait intéresser le camarade Kalashnikov. Tu sais, le mécanicien? Les armes, c’est son dada.
-Peut-être que je lui donnerai, un jour. Peut-être…