La Mort la regardait fixement. Il n'avait encore jamais eu affaire à des clients mécontents. Il était désorienté. Il n'y tint plus.
"HORS D' ICI GROSSE FURIE NOIRE DE LA NUIT", dit-il.
Les petits yeux de la cuisinière s'étrécirent.
"Qui donc que vous traitez d'urinoir de la nuit ? " lança-t-elle d'un ton accusateur, et elle se remit à donner des coups de son poisson sur le comptoir. "R'gardez-moi ça, dit-elle. Hier soir, c'était mon chauffe-lit, ce matin un poisson. J'vous demande un peu.
- PUISSENT TOUS LES DÉMONS DE L'ENFER TE DÉCHIRER L'ESPRIT A VIF SI TU NE SORT PAS TOUT DE SUITE DE CE MAGASIN, tenta la Mort.
- J'suis pas au courant pour ça, mais... et mon chauffe-lit ? C'est pas un endroit pour une femme respectable, là-bas, ils ont essayé de...
- SI VOUS VOULEZ BIEN PARTIR, fit désespérément la Mort, JE VOUS DONNERAI DE L'ARGENT.
- Combien ? " répliqua la cuisinière avec une vitesse de réaction qui aurait laissé sur place la détente d'un serpent à sonnette et sapé le moral de la foudre.
La Mort sortit sa bourse et déversa un tas de pièces noircies et vert-de-grisées sur le comptoir. Elle les considéra avec une grande méfiance.
"MAINTENANT PARTEZ A L'INSTANT, fit la Mort qui ajouta : AVANT QUE LES VENTS DÉVORANTS DE L'INFINI NE GRILLENT TA VILE CARCASSE.
-Ca s'ra répété à mon mari", jeta d'un ton sinistre la cuisinière en sortant du magasin. La Mort eut l'impression qu'aucune de ses menaces à lui ne pouvait être aussi terrible.