Alors voilà, je poste ce petit texte de moi qui explique pourquoi je trouve que Deus Ex est un jeu absolument génial. 
Ca ne vous intéresse pas forcément, mais bon voilà, je trouve que je me suis pas mal débrouillé.
Dans la nuit new-yorkaise, l’île de Liberty Island forme un minuscule point de lumière au milieu des ténèbres de la baie de New York, ceinturée par la muraille éblouissante des immeubles de la ville : Manhattan, Brooklyn, Jersey City, Staten Island… Un homme vêtu d’un long manteau noir, lunettes noires dans la nuit, débarque d’une vedette de police sur l’un des quais de l’île. Ainsi commence Deus Ex…
Immédiatement, le joueur est propulsé au cœur de l’action : Liberty Island subit une attaque terroriste et la Statue de la Liberté elle-même a été gravement endommagée par un ancien attentat. La mission du joueur ? Mettre fin à l’attaque terroriste par tous les moyens… Le joueur incarne JC Denton, un agent de la Coalition Anti-Terroriste des Nations Unies (UNATCO) dont les capacités physiques ont été modifiées grâce à la nanotechnologie de manière à en faire le soldat anti-terroriste parfait. D’emblée, Deus Ex nous installe dans un univers d’anticipation riche et complexe, dont la cohérence et la crédibilité sont assurément un des points forts du jeu : dans les années 2050, le monde subit de plein fouet une vague de terrorisme généralisé qui frappe au cœur même des pays les plus riches. Les Etats-Unis, l’Europe sont véritablement mis à genoux et connaissent même une crise économique extrêmement grave qui fait plonger la majeure partie de la population dans la plus grande pauvreté tandis qu’une poignée d’individus détient le véritable pouvoir : les hautes technologies.
Cet univers proprement unique du fait de sa complexité, de sa richesse et en même temps de sa forte cohérence fait de Deus Ex un des jeux les plus prenants qui soient : on croit véritablement au scénario, on vit l’histoire. L’étendue et la grande variété des lieux traversés au cours du jeu témoigne du soin apporté à l’univers et au scénario, lui aussi riche en rebondissements. Ainsi JC visitera New York, métropole sinistrée ravagée par une redoutable épidémie et où le chaos entretenu par les terroristes, règne dans les rues, Hong Kong, repaire des triades et plaque tournante du trafic de technologie mondial, Paris sous la loi martiale, des bases militaires et surtout une multitude de laboratoires de haute technologie.
La technologie, telle est la véritable matière de Deus Ex : dans cet univers, tout tourne autour d’elle. Biotechnologie, nanotechnologie, clonage, manipulation du vivant, création du vivant… La technologie représente le véritable enjeu de cet univers d’anticipation où les gouvernements sont véritablement soumis aux grandes multinationales de la technologie, les véritables maîtresses du monde et les organisatrices du grand chaos mondial. Le joueur lui-même se trouve impliqué dans cette grande débauche de technique, puisque le héros, JC Denton, est lui-même issu d’une manipulation du vivant, la dernière génération de ces hommes améliorés grâce à la nanotechnologie. La maîtrise de la technologie est le pouvoir, tel est l’un des messages de Deus Ex. Les visées des triades de Hong Kong sur les inventions de la société VersaLife ? La possession des Constructeurs Universels ? Tout n’est qu’une question de dominer ou non la technologie, le pouvoir suprême revenant à celui qui contrôle toutes les communications mondiales via le réseau informatique.
Le scénario est somme toute assez simple, du moins semble-t-il l’être au départ. JC Denton fait partie de l’UNATCO et, à ce titre, il se doit de lutter contre le terrorisme partout dans le monde. Seulement la situation se révèle par la suite beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air… Peu à peu des failles apparaissent dans le discours de l’UNATCO, qui finit peu à peu par dévoiler son véritable visage : elle n’est qu’une des multiples façades d’une gigantesque organisation dont le but n’est autre que de contrôler le monde entier en se servant du chaos mondial créé par l’épidémie de Peste Grise. JC va ainsi de découverte en découverte, dévoilant les trahisons de certains, fuyant dans une recherche éperdue d’alliés, qui se révèlent souvent peu sûrs, car leurs intentions demeurent la plupart du temps assez sombres. JC dans tout cela n’est en réalité qu’un pion au milieu d’une toile effroyablement complexe d’intérêts contradictoires, où il n’y a ni bons ni mauvais, tant il est difficile de déterminer les véritables motivations de chacun. En effet, chaque personnage bénéficie également d’une personnalité très fouillée qui ajoute encore plus de complexité et de crédibilité au scénario, mais ils possèdent souvent une constante : ils ont des intérêts propres, sont prêts à les défendre à tout prix et à manipuler quiconque pourrait leur être utile. Cynisme et pragmatisme règnent en maître dans Deus Ex, le monde est une véritable jungle où l’on ne peut se fier à personne, quiconque peut trahir ses alliés n’importe quand. Dans un tel monde, les principes de l’État de droit et de la démocratie n’ont plus cours : tout n’est qu’une affaire de rivalités entre puissants, et la population est la principale victime de cet affrontement.
Qu’est-ce qui fait la force du scénario de Deus Ex ? La grande qualité du scénario de Deus Ex tient d’abord à l’ambiance prenante créée par l’univers du jeu, une ambiance qui rend véritablement vivants les différents lieux visités : les quartiers sordides de New York, le marché bruissant d’activité de Hong Kong ou encore Paris. L’immersion dans cet univers est immédiate et totale et ne disparaît pas avant la fin du jeu. La force du scénario tient aussi à sa richesse, sa profondeur, ses multiples rebondissements et retournements de situation, et surtout par le fait qu’il pose de véritables questions. On participe ainsi activement à la quête de réponses et de vérité de JC. Pourquoi a-t-il été créé ? Dans quel dessein ? Quelles sont les véritables intentions de ceux qui l’ont créé ? JC rencontre tout au long du jeu des personnages qui contribueront non pas vraiment à lui donner des réponses, mais surtout à l’amener à se poser des questions. Bien plus que cela, Deus Ex conduit à se poser des questions de portée bien plus générale sur le monde réel. Quelle liberté de choix ai-je ? Ne suis-je pas moi-même qu’un pion au service d’intérêts que je ne connais et ne comprends pas ? Quel doit être le but de la technologie ? Doit-on l’utiliser de manière morale ? Le scénario de Deus Ex dépasse ainsi largement le cadre du jeu lui-même.
Un univers à la fois réaliste et visionnaire est également la clé de la force de Deus Ex. Ce jeu décrit un monde futuriste, dans les années 2050, et pourtant les similitudes avec le présent sont nombreuses ou, tout du moins, les événements et les situations décrits dans Deus Ex pourraient être la conséquence logique de certains événements du présent, voire même semblent se préciser de plus en plus à mesure que le temps passe… Il s’agit en effet d’un monde ravagé par une crise économique très grave, où les pauvres se de plus en plus nombreux face à un nombre réduit d’individus de plus en plus riches. Dans ce monde, les États ne sont plus que les suivants des grandes entreprises qui contrôlent les hautes technologies et deviennent de véritables concurrents des États. Il s’agit également d’un monde meurtri par une pandémie mondiale, qui peut rappeler les spectres du SRAS ou de la grippe aviaire. Mais il s’agit surtout d’un monde qui vit sous la menace d’un terrorisme international extrêmement virulent qui menace la base même des États et conduit ces derniers à renier les principes de la démocratie pour se protéger plus efficacement face au terrorisme. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les lois anti-terroristes parfois liberticides qui sont adoptées dans certains pays, ou encore le maintien de l’ordre via un couvre-feu à New York ou à Paris qui n’est pas sans rappeler notre état d’urgence. Si cette tendance était appelée à se prolonger, on pourrait finalement assister à la parodie de démocratie qui règne dans Deus Ex. Bien sûr, le terrorisme international décrit dans Deus Ex n’est pas un terrorisme islamiste, mais il a exactement les mêmes effets, alors même que le jeu n’est sorti qu’en 2000, c’est-à-dire avant l’explosion du terrorisme islamiste international. Ce qui m’amène à l’élément le plus curieux de Deus Ex : dans le jeu, la Statue de la Liberté a été endommagée par un attentat terroriste, ce qui montre que les concepteurs du jeu avaient envisagé la possibilité d’une attaque terroriste au cœur de New York, sur l’un des symboles mêmes des Etats-Unis. Mais surtout je tiens à signaler une absence pour le moins étrange : celle des tours du World Trade Center dans le panorama de la ville de New York. Rappelons-le une fois encore : le jeu est sorti en 2000…
Ce jeu représente véritablement une réussite quasi-complète, non seulement du point de vue purement ludique, aspect que j’ai totalement négligé jusqu’alors, mais surtout du point de vue scénaristique. Rares sont les jeux qui présentent un univers d’anticipation à la fois aussi complexe, riche, varié, prenant et immersif, et dont le réalisme et le caractère visionnaire feraient presque peur… Les concepteurs de ce jeu ont fait un travail absolument remarquable, et 5 ans plus tard, leur jeu reste un véritable monument, un authentique jeu culte.