Merci de lire la critique que j'avais écris lors de la sortie du film/
Ayant frôlé le NC-17 (interdiction stricte aux moins de 17ans) aux États-Unis, Le Loup de Wall Street est un long-métrage à la hauteur de son personnage avec qui tout est possible et peut arriver. Mais ne vous méprenez pas, le talentueux Scorsese ne cherche jamais la provocation à deux ronds. Certes il y a de la violence, de la nudité, du sexe, de l’alcool qui coule la flot et tout un assortiment de drogues dures et douces… Mais il n’y a de subversion que s’il y a un propos qui tienne la route derrière. Sur ce point, Leonardo DiCaprio et Martin Scorsese nous ont préparé leur meilleure recette en partant d’une histoire improbable et pourtant vraie. Le long-métrage retrace le parcours de Jordan Belfort, courtier en Bourse à la fin des années 1980 qui devint très vite l’un des symboles de la toute puissance de Wall Street et surtout dans ses excès. L’acteur le voyant comme un Caligula contemporain, on vous laisse imaginer la vie débridée que cet homme a pu avoir.
L’intelligence du Loup de Wall Street est d’avoir su détourner ce concept porté aux nues par la culture américaine qu’est celui du self made man parti de rien, tout en l’amplifiant dans ses dérives. Scorsese ne s’éternise pas sur le retournement de veste de Belfort sur ses valeurs primaires bisounours où tout le monde y gagne. Non, passé les vingt premières minutes, ce héros de l’Amérique a déjà en tête cette idée de la réussite à tout prix, qu’elle se fasse par des chemins légaux ou pas. C’est d’ailleurs le personnage interprété de manière trop brève par Matthew McConaughey, premier patron et mentor de Jordan Belfort, qui lui explique que l’argent est plus fort que tout. Ensuite, plus les dollars s’amassent et plus le besoin d’en avoir plus s’en fera ressentir. Le film porte un regard aussi misanthrope qu’humaniste sur le pouvoir destructeur de l’argent fou et autant les hommes que les femmes, que les étrangers, que les homosexuels, que les nains en prennent pour leur grade. Personne n’est épargné.
Suivant l’ascension et la chute d’un puissant, Le Loup de Wall Street est comme l’autre face moderne, folle et sans limite d’une pièce sur laquelle se trouvait Casino. Leur durée fleuve de 3 heures les rapprochant grandement, ces deux films monstres de Martin Scorsese sont à mettre en parallèle tant ils semblent similaires. Tous deux racontent l’histoire d’un homme très travailleur et consciencieux qui profite des failles du système américain pour devenir à la fois riche et influent. C’est une fois arrivé au sommet que les gros ennuis commencent et que tout le monde tente de l’abattre pour avoir réussit. Alors que celui qui régnait sur Las Vegas se rappelait avec nostalgie son époque depuis révolue, la mentalité du Wall Street qu’à connu l’autre ne semble pas avoir tant changé que ça en quelques décennies, avec les courtiers spéculant sur le 11 septembre 2001, les guerres, les famines, la pauvreté et les faillites d’autres pays.
Mais cette nouvelle génération de puissants sait cacher son jeu lorsqu’il le faut. Des déclarations dans Le Loup de Wall Street passent en une phrase de « I love America » à « Fuck America », urinant sur des papiers officiels du Fisc. Les self made men d’aujourd’hui ne semblent plus aussi reconnaissants envers le système qui leur a permis de s’enrichir. La société Stratton Oakmont de Jordan Belfort est complètement représentative de cette outrance, faisant partie d’une caste se considérant au-dessus des lois, au-dessus de tout et de tous. Dans cette frénésie communicative, les délires de Jordan Belfort s’enchaînent à l’écran, tous plus excentriques les uns que les autres. On ne peut que constater que lorsque l’on possède énormément d’argent, on est pratiquement intouchable. Martin Scorsese nous raconte l’histoire d’un homme qui voulait le monde et plus encore. Cependant, avec cette faim qui ne sera jamais satisfaite, il devient évident qu’un jour, tout s’arrêtera brutalement.
Pour cette cinquième collaboration avec Leonardo DiCaprio, le cinéaste lui offre un rôle sur mesure qui couronne une année 2013 grandiose. Après Django Unchained et Gatsby, le magnifique, l’acteur explose tout sur son passage, à nouveau dans la peau d’un homme puissant. À bien des occasions, DiCaprio pourrait complètement partir en roue libre, notamment lors des discours enflammés qu’il tient à ses troupes pour les stimuler avant une nouvelle journée de profits. La force du jeu de Leonardo DiCaprio, associée à la subtilité du travail de metteur en scène de Martin Scorsese, donne au personnage de Jordan Belfort un charisme phénoménal, trouvant le juste équilibre entre sympathie et antipathie. Le reste du casting le suit tel un messie pendant ces trois heures incroyables, donnant lieu à quelques moments magiques comme cette confrontation sur un yacht entre Belfort et l’agent du FBI Greg Coleman (Kyle Chandler), où toute la tension de la scène se tient dans les silences et les regards des deux hommes.
Martin Scorsese pousse ses acteurs jusqu’aux limites. Chacun à droit à son moment de gloire avec la participation d’autres réalisateurs comme Jon Favreau, Spike Jonze ou Rob Reiner qui tient le rôle du père de Jordan Belfort. Comme dit plus haut, la trop courte participation de Matthew McConaughey est parfaite. Il en va de même pour celle de Jean Dujardin en banquier suisse. Conscient du manque d’aisance en Anglais et de l’appréhension du projet par le frenchie tout juste oscarisé, Martin Scorsese transforme ces défauts en atouts pour l’acteur lorsqu’il lui faut faire face à DiCaprio. Ce sont néanmoins ceux qui côtoieront le plus ce dernier à l’image qui brilleront le plus dans Le Loup de Wall Street. Margot Robbie et Jonah Hill, respectivement femme et meilleur ami de Jordan Belfort, enchainent les grands moments, faisant et défaisant le personnage tenu par Leonardo DiCaprio. Rien ne fait défaut au casting.
Avec ce nouveau film aussi comique que dramatique, Martin Scorsese ne se repose pas sur ses lauriers. Il teste, expérimente, trouve toujours de nouveaux moyens pour adapter sur le grand écran le scénario de Terence Winter (créateur de la série Boardwalk Empire). Le long-métrage fourmille d’idées entre les voix intérieures des protagonistes et les moments où Leonardo DiCaprio s’adresse directement au spectateur. D’ailleurs, le coup de maître du cinéaste nous est réservé. On s’offusquerait volontiers des multiples frasques, lubies et délires sous stupéfiants glorifiant l’effet de la cocaïne de son Jordan Belfort, bien sûr. Mais dans la dernière scène, Martin Scorsese nous rappelle que nous aimerions tous avoir le même succès, être aussi riches que lui. Nous qui le jugeons tranquillement depuis notre salle de cinéma, aurions-nous agi différemment? Aurions-nous été moins fous que lui? À cela, on ne peut que commencer à se battre le poitrail en rythme et se mettre à chanter. Hu-hu hum… Hu-hu hum…
Alors que prisonners c'est un thriller très banal.C'est un bon film, mais très banal qui n'arrive pas à la cheville d'un Seven ou d'un Zodiac dans sa maestria car le film se veut faussement compliqué, avec des liens pas toujours évident entre les personnages et une fin convenue au possible. Donc je le redis, et sans offense, tu es ptete encore un peu jeune pour apprécier certains films à leur juste valeur. Quand j'avais ton age j'avais pas follement aimé le Parrain, et pourtant maintenant c'est l'un de mes chef d'oeuvre.