CHAPITRE 1 : ???
- Doni ?
Donio avait vaguement conscience qu’une voix lointaine l’appelait par son nom, mais cela ne le préoccupait pas outre-mesure. Il n’avait d’yeux que pour la scène qui se déroulait devant lui, et son regard, comme magnétisé, ne pouvait s’en détourner. Massacre.
La chaumière dans laquelle il se trouvait devait être bien agréable d’ordinaire, mais à cet instant, il n’en était rien. Le sol, violemment sabré par le rayon de lumière filtré par la fenêtre, était de ça et là marbré de gouttes de sang vermeil, qui luisaient presque outrageusement dans leur cruauté macabre. Etalés dans un coin de la pièce, tels des pantins désarticulés abandonnés par leur propriétaire, deux corps mutilés gisaient là, sans vie, leurs cheveux clairsemés de blanc pendant lamentablement sur leurs visages défaits. Donio réprima un tremblement : il exécrait la mort, surtout celle de celles et ceux qu’il connaissait. Car il les connaissait bel et bien... Une clameur désespérée lui fit tourner vivement la tête.
Recroquevillée contre un mur et tremblant de tout son corps, une jeune femme tentait désespéramment de s’éloigner de son agresseur, un gigantesque loup noir, à la démarche élastique étrangement gracieuse.
- Un Fenrir...
Fléaux des forêts escarpées de Vertemuraille, ces canidés mangeurs d’hommes à la peau plus résistante que l’acier et aux crocs de cristal vivaient en meutes recluses et sauvages, s’attaquant sans pitié au premier voyageur qui se risquerait imprudemment sur leurs terres ; mais jamais, jamais ils ne s’étaient autant approchés des populations. Et voilà qu’ils mettaient le village à sang...
Les puissantes mâchoires claquèrent à quelques millimètres de la demoiselle. Donio, dans un élan fougueux, tenta de faire un pas vers la bête ; mais il n’y arrivait pas. Une force surhumaine l’empêchait d’esquisser le moindre mouvement. Il devait la sauver, coûte que coûte. Sa fiancée...
-Eneela !
C’est alors que le Fenrir précipita sa gueule ouverte vers le corps de la fille. Le rouge gicla, en mille odieuses larmes lie-de-vin. Et le dernier appel de sa dulcinée vrilla les tympans et le cœur du jeune guerrier comme un glas...
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- Doni !
On lui secoua le bras avec force. Donio ouvrit les yeux ; son reflet lui renvoya mille fois son regard.