Deuxième édition.
Idylle sur les planches.
Markus n’était pas venu au théâtre aujourd’hui pour faire de la figuration ; et pourtant, il ne savait pas que le destin en déciderait autrement. Pour l’heure, il s’était perdu dans un dédale de couloirs tous plus sombres les uns que les autres. Lui qui pourtant était un habitué des coulisses, ne s’y retrouvait pas. Autour de lui, entassés ça et là, des dizaines, peut-être des centaines de costumes. Des coffres, plusieurs coffres, avec dedans mille et une chimères ; Toutes ces choses dont le théâtre s’habille pour un soir, pour une représentation.
Des décors en carton pâte, des tentures, des rideaux, des balais et même des seaux.
Enfin tout ce qu’il faut pour faire un spectacle. Markus ne savait plus où se diriger. Tout à coup, il devina une issue. Peut être de secours pensa t-il…C’était un rideau sombre, d’où sortait un courant d’air, on entendait des bruits de foule, peut être ceux de la troupe ? Et de ce fait il tira promptement le rideau. Et malgré lui, arriva sur les planches du théâtre devant une foule de spectateurs.
– Enfin te voilà Markus, s’écria Cornelia qui restait face au publique.
Markus demeurait sans voix droit comme un as de pique.
Ne l’entendant pas répliquer, Cornelia se retourna vers celui qui restait silencieux.
Quelle ne fut pas sa surprise en constatant que ce n’était pas Djidane pour jouer le rôle de Markus.
Markus la voyant interloquée lui adresse un sourire bien entendu.
- Mais Markus pourquoi ce silence, n’avez vous donc rien a me dire ?
Se sentant prit de court il lui répondit spontanément.
- Chère Cornelia, j’aurais tant à vous dire ! Si vous saviez…
- Oui je pense qu’effectivement vous avez à me parler. Je ne pensais pas vous voir aujourd’hui.
- Et bien je suis là Cornelia, parlons.
- Parler de quoi, de votre appariation à retardement ? dit-elle ironiquement.
- Voudriez vous accepter mes excuses Cornelia. Je m’étais perdu dans les couloirs. Et où en êtes vous avec votre père, est-il toujours réticent à ce que nous nous fréquentions ?
- Vous savez très bien que oui ! Pourquoi poser toujours la même question ?
- Parce qu’elle me tient toujours à cœur Cornelia, en doutez vous ?
- Bien sure que non, mais de toutes façons, ne nous voyons nous pas en cachette depuis plus d’un an ?
- Effectivement, pour vivre heureux, vivons cachés ; mais j’ai tellement envie de vous crier mon amour sur la place publique.
- Comme vous y allez ! La passion vous égard. Ne devons nous pas être raisonnable ?
- Raisonnable raisonnable, est ce bien raisonnable d’être raisonnable ?
Cornelia s’approche et glisse ces mots à l’oreille de Markus : N’en profitez pas, soyez sérieux pour l’amour du ciel !
Et Markus de répondre haut et fort : Est ce bien raisonnable de me parler de l’amour du ciel, quand mon cœur souffre de ne pas vous faire mienne, devant Dieu et les hommes ! Allons nous nous cacher aux yeux du monde toute notre vie ?
- Toute notre vie ? Questionne Cornelia d’un ton qui se fait plus doux. Avez vous l’intention de passer le reste de vos jours auprès de moi, vraiment ?
- Oui Cornelia, toujours vous avoir près de moi. Vous soulager du fardeau des peines qui vous envahissent si souvent. Jeter du sel sur la neige de vos maux, qui fondraient au soleil de notre renouveau. Avoir du cœur plus qu’il n’en faut, si jamais un jour votre cœur cède. Pour vous, j’ai retenu le beau de chemins inconnus, pour que nous y repassions ensemble. Pour vous, j’ai retenu de romantiques refrains de chansons pour que nous les chantions ensemble. Ah, il me semble que je n’ai rien pour vous séduire. Il me semble que la beauté, l’intelligence me manquent. Ah que ne me changerais-je pas pour un autre, pour que vous me trouviez bien et jamais vous ne me quittiez pour quelques fautes. Oui je suis prêt à recevoir l’amour, votre amour Cornelia.
Cornelia est à son tour sans mot. Markus est sincère, comment en douterait-elle désormais ?
Lui prenant la main doucement, elle lui donne une réplique des plus tendres, une déclaration sans détour.
- Markus, je file de la joie au rouet de mon cœur, tous les jours de ma vie, tous les jours de ma vie, même quand je ne vous vois pas. Qui s’en doute ? Personne. Ah tant mieux pour personne. Passez gens, je n’ai d’âme que pour l’amour, je n’ai d’âme que pour lui, je n’ai d’âme que pour vous Markus. Que mon cœur cède, vous mettrez le votre à la place du mien, ainsi, nous ne serions plus jamais séparés. Allons à vos chemins, respirer les parfums de vos doux sentiments, abandonnés alors. Chantons ces refrains porteurs de joie et d’émotion, dans vos bras je fondrais à notre éternel renouveau.
Fragrances amoureuses.
Markus, ravi de pouvoir emmener sa belle loin de l’aerothéatre, la convie à visiter les jardins d’Alexandrie. De plus, il fait aujourd’hui un temps à ne pas rester sur les planches. C’est avec grande joie, qu’elle accepte cette invitation des plus romantiques. Quelle femme n’a jamais rêvé de se promener aux bras de l’élu de son cœur dans ces jardins pour le moins paradisiaques ; Ils ont tout ce dont la nature peut être fière, à commencer par l’allée centrale. Très large couverte de graviers blancs et bleus, on croirait que le ciel est tombé ça et là sur ces petites pierres blanches, leurs conférant un reflet d’azur. Nos deux amoureux s’y aventurent. Cornelia prend le bras de Markus, sa tête brune penche vers lui. Celui ci devine son parfum, car une brise légère lui en renvoie les essences. Je parierais pour de la fleur d’orangé songe t-il. Ils marchent doucement faisant crisser les petits cailloux sous leurs pas ; Ce bruit ne leur est pas désagréable. Ils s’en vont ainsi, ils se sentent légers. Autour d’eux, la nature, plus belle que jamais, plus forte que jamais, glorieuse en ces instants ; comme eux, qui avancent bras dessus bras dessous. De part et d’autre du chemin, des parterres de fleurs multicolores ; des roses, des girofles, des coquelicots, des primevères, des tulipes et de puissants et inattendus chardons bleus. La beauté de la nature toute entière. Un instant, rien qu’un instant, Markus s’arrête. Cornelia l’imite. Timidement il lui prend la main, timidement elle ne dit rien. Doucement, son visage à lui se penche vers celui de celle, qui, depuis des nuits et des nuits a cambriolé tout son sommeil. Elle ferme les yeux, signe d’abandon, de consentement. Alors, il lui lâche les mains ; et, audacieusement lui prend la taille. Ces bras à elle, prennent ses épaules à lui. Elle laisse tomber sa tête sur son épaule, elle sent le souffle de son aimé dans son cou. Ils sont bien. Ils s’envolent. Ils voudraient que le temps s’arrête.
- Cornelia, nous ne sommes plus au théâtre, mais ma vérité est restée la même. Cornelia, je vous aime, je vous aime passionnément. Cornelia, voulez vous m’épouser ?
Tout en restant blottit dans le creux de son épaule Cornelia lui murmure.
- Cher Markus, je vous aime tant et tant, et depuis si longtemps. Mais mon père…Mon père s’opposera toujours à notre union. De par mon éducation je ne peux lui désobéir. Je suis une noble dame, et vous qu’un pauvre baladin Markus, mon merveilleux Markus. Je ne veux que vous, je n’aime que vous, je suis toute à vous. Plutôt mourir que d’appartenir à un autre ; Fut-il même noble de sang et de cœur.
Et n’y tenant plus, d’amour, de désir, de passion, tout deux se laissent aller à un long et tendre baisé ; leur premier baisé. Alors ils leur semble que le sol se dérobe sous leurs pieds ; à ce moment précis, ils en sont sures, ils volent.
Opposition.
- Père, je voulais vous féliciter, ce repas que vous avez commandé, est des plus délicieux. Nos invités sont ravis, je les sent satisfaits à tous points de vue. Dites moi père, qui est cet élégant jeune homme qui se tenait à moi droite durant le repas ?
- Ricardo, Ricardo Sabina ; un garçon de très bonne famille. D’ailleurs, j’ai l’impression que vous ne lui êtes pas indifférente Cornelia.
- Père je voulais vous dire…
Son père l’interrompit.
- Vous voulez me dire qu’il ne vous déplait pas non plus n’est ce pas ? Cela tombe bien, car je désirais…
Cornelia interrompit son père à son tour.
- Justement père…Non, ce jeune homme, bien qu’il fusse très beau et de bonne famille, ne m’attire pas du tout. Père…Pour tout vous dire vraiment il faut que je vous parle.
- Cornelia, vous avez l’air si grave, de quoi s’agit-il ?
- Et bien, Père, j’aime. J’aime éperdument, et on me le rend bien.
- Comment cela ? Que racontez vous Cornelia ? C’est une plaisanterie, qui est ce ? Je le connais ? Est-il de bon rang ?
- Ah oui, le rang, le rang, il n’y a que cela qui compte, le rang, s’écrit Cornelia.
- Enfin mon enfant, ne vous énervez pas ainsi…
- Si père, je m’irrite. Chez nous les Cortez Vargas, il n’y a que le sang qui compte. Mais le cœur mon père, que diable faites vous du cœur ?
- Le diable, parlons en du diable, comment ce nomme t-il ?
- Et bien je vais vous le dire. Il se nomme Markus.
- Markus comment ?
- Markus tout court. Il fait parti de la troupe des Tantalas.
- Mais qu’est ce donc que cette histoire… Je crois rêver, ou plutôt je cauchemarde. Ma fille avec un saltimbanque, un va-nu-pieds, un moins que rien. Rien, se dit le père.
Et se ressaisissant, crie haut et fort à sa fille :
- Il est hors de question que vous continuiez cette relation, je vous ordonne de tout arrêter immédiatement. J’espère qu’il n’y a rien de consommé entre vous.
Cornelia se sent vraiment outragée.
- Mais enfin père, c’est toute la confiance que vous avez en moi ?
- Cornelia je vous en conjure, dites moi que vous allez prendre congé de cet homme ? Rendez vous à l’évidence qu’il n’est pas pour vous.
- Mais père, lorsque vous avez épousé ma mère, elle n’était que simple soubrette.
- Oui Cornelia, mais vous savez très bien que par le mariage un homme peut anoblir une femme. Il n’en est pas de même pour le contraire.
- Et bien puisqu’il en est ainsi, sachez père, que je n’épouserais jamais personne de ma vie.
Et tournant le dos à son père, elle s’en va sans un mot de plus.