halo the fall of reach ( le 2 premier chap et l ´intro ) parru sur halo-game.
intro
0500 heures, 12 février 2535 ( Calendrier militaire)/Système Lambda Serpentis, Jéricho VII Théâtre des opérations
"Contact. Toutes les équipes en attente : contact ennemi, sur ma position."
Le Chef savait qu´il y en avait sans doute plus d´une centaine. Les détecteurs de mouvement s´affolaient. Mais il voulait les voir de ses propres yeux. Son entraînement lui avait appris une chose : "Les machines tombent en panne ; pas les yeux." Les quatre Spartans qui composaient la Blue Team couvraient ses arrières, immobiles et silencieux dans leurs armures de combat MJOLNIR. Quelqu´un avait dit un jour que, dans ces armures, ils ressemblaient à des dieux de la guerre grecs… mais les Spartans étaient beaucoup plus efficaces et impitoyables que les dieux d´Homère ne l´avaient jamais été.
Il fit lentement glisser la sonde de fibre optique vers le sommet des rochers qui le surplombaient de trois mètres. Quand elle fut en place, le chef la relia à l´écran tête haute de son casque.
De l´autre côté, se trouvait une vallée aux parois rocheuses ravinées. Au milieu coulait une rivière… et sur les deux rives s’étendaient à perte de vue les campements des Grunts.
Les Covenants utilisaient ces extraterrestres comme chair à canon. Ceux-ci mesuraient environ un mètre et portaient des scaphandres de combat qui reproduisaient l´atmosphère de leur monde glacé. En les voyant, le chef ne pouvait s´empêcher de les comparer à des chiens bipèdes. Pas seulement à cause de leur apparence, mais aussi parce que leur langage, malgré le nouveau logiciel de traduction, était une étrange combinaison de glapissements aigus, d´aboiements gutturaux et de grognements.
Ils n´étaient guère plus intelligents que des chiens mais ce qui leur faisait défaut dans la tête, ils le compensaient dans les tripes. Il les avait vus se jeter sur l´ennemi jusqu´à ce que le sol soit jonché des cadavres de leurs frères… et que l´adversaire soit à court de munitions.
Ces Grunts étaient particulièrement bien armés : pistolets à aiguilles, pistolets à plasma et surtout quatre canons à plasma stationnaires. C´est ce qui inquiétait le chef.
Autre problème : ils étaient au bas mot un millier.
Cette opération devait se dérouler sans accroc. La mission de Blue Team était de faire sortir l´arrière garde du Covenant pour permettre à Red Team de s´infiltrer discrètement. Red Team pourrait alors poser une tête nucléaire HAVOK. Quand le prochain vaisseau Covenant atterrirait, abaisserait ses boucliers et commencerait à décharger ses troupes, une surprise de trente mégatonnes les attendrait.
Le Chef détacha sa fibre optique et recula d´un pas. Il transmit l´information tactique à son équipe sur une fréquence COM sécurisée.
"On est quatre, murmura Blue-Two sur la liaison. Et ils sont mille ? Dommage pour nous.
- Blue-Two, je veux que tu montes là-haut avec les lanceurs Jackhammer. Détruit les canons et attendris un peu le reste de ces gars. Blue-Three et Five, vous me suivez. On canalise la foule. Blue-Four : tu prépares le tapis rouge. Compris ? "
Quatre lumières bleues s´allumèrent sur son écran tête haute, indiquant que ses hommes avaient bien reçu ses ordres.
"À mon signal, dit le Chef en s´accroupissant. Go ! "
Blue-Two s´élança gracieusement vers la crête, trois mètres plus haut. Il n´y eut aucun son lorsqu´elle atterrit sur le calcaire, dans son armure MJOLNIR d´une demi tonne. Elle épaula un lanceur et se mit à courir le long de la crête. C´était la plus rapide de toute l´équipe. Il était sûr que les Grunts n´arriveraient pas à la verrouiller pendant les trois secondes où elle serait exposée. Rapidement Blue-Two vida les deux tubes de son Jackhammer, lâcha le lanceur, et tira les deux autres roquettes tout aussi vite. Les projectiles fauchèrent la formation des Grunts, puis explosèrent. L´un des canons stationnaires se renversa, avalé par l´explosion, et le canonnier fut projeté au sol.
Elle lâcha son lanceur, sauta et se releva avant de s´élancer à toute vitesse vers le point de repli.
Le Chef, Blue-Three et Blue-Five gagnèrent à leur tour le sommet de la crête. Le Chef passa en vision infrarouge pour percer les nuages de poussière et de fumée de carburant, juste à temps pour apercevoir la deuxième salve de Jackhammers frapper leur cible. Deux fleurs consécutives de lumière, de feu et de tonnerre décimèrent les premiers rangs des Grunts, et surtout, réduisirent le dernier canon à plasma en décombres fumants.
Le Chef et ses hommes ouvrirent le feu avec leur fusil d´assaut MA5B ; un tir continu au rythme de quinze cartouches à la seconde. Les balles perforantes criblaient les extraterrestres, déchirant leurs combinaisons et mettant le feu aux réservoirs de méthane qu´ils transportaient.
Des traînées de flammes se mirent en mouvement à mesure que les Grunts blessés couraient dans la douleur et le désordre.
Ils finirent par réaliser ce qui se passait… et d´où venait l´attaque. Les Grunts se regroupèrent et chargèrent en masse. Un tremblement secoua le sol et la pierre poreuse sur laquelle se tenait le Chef.
Les trois Spartans vidèrent leurs chargeurs de balles perforantes puis passèrent aux balles faucheuses d´un mouvement parfaitement synchrone. Ils mitraillaient la marée de créatures qui déferlait sur eux. Elles tombaient, ligne après ligne. Et ceux qui les suivaient piétinaient les corps de leurs camarades morts.
Les aiguilles explosives ricochaient sur l´armure du Chef et explosaient en frappant le sol. Il aperçut un éclair de plasma, s´écarta et entendit l´air grésiller là où il se tenait une fraction de seconde plus tôt.
"Renfort aérien Covenant en approche, annonça Blue-Four sur la liaison radio. Arrivée prévue : dans deux minutes, Chef.
- Bien reçu, confirma ce dernier. Blue-Three et Five : maintenez le feu pendant cinq secondes, puis repliez-vous. Roger ! "
Leurs voyants de confirmation s´allumèrent brièvement pour confirmer l´ordre.
Les Grunts étaient à trois mètres du mur. Le Chef lança deux grenades. Blue-Three, Five et lui descendirent de la crête, atterrirent en roulé-boulé et se mirent à courir.
Deux détonations sourdes firent vibrer le sol. Les jappements et aboiements des Grunts en approche noyèrent toutefois le bruit des grenades.
Le Chef et son équipe parcoururent en courant le demi kilomètre de pente sablonneuse en tout juste trente-deux secondes. La colline se terminait par une fallaise à pic de deux cents mètres jusque dans l´océan. La voix de Blue-Four craqua sur le canal radio.
"Le tapis rouge est déroulé, Chef. Prêt et en attente.
La masse des Grunts ondulait comme un tapis vivant de peau couleur acier, de griffes et d´armes chromées. Certains dévalaient la pente à quatre pattes. Ils aboyaient et hurlaient, impatients de faire couler le sang des Spartans.
- Go pour le tapis, ordonna le Chef à Blue-Four."
La colline explosa - des colonnes de sable, de feu et de fumée montèrent vers le ciel.
Les Spartans avaient enterré une vraie toile de mines anti-tanks Lotus un peu plus tôt dans la matinée. Du sable et des morceaux de métal rebondirent contre le casque du Chef.
Il rouvrit le feu avec son équipe pour éliminer les derniers Grunts encore vivants, qui s´efforçaient de se relever.
L’alarme de son détecteur de mouvement retenti. Des projectiles approchaient, au-dessus de lui à deux heures. Leur vitesse était supérieure à cent kilomètres heure.
Cinq Banshees Covenant apparurent au-dessus de la crête.
"Nouveaux contacts. Toutes les équipes, feu à volonté ! Hurla-t-il."
Sans hésitation les Spartans ouvrirent le feu sur les appareils extraterrestres. Les balles rebondirent sur l´armure chitineuse des Banshees. Il faudrait un coup de chance pour détruire les pods anti-gravité au bout des courtes ailes des appareils.
Mais les tirs attirèrent l´attention des extraterrestres. Des jets de feu jaillirent des canons des Banshees. Le Chef plongea et se remit sur ses pieds. Le sable explosa là où il se tenait un instant plus tôt. Des globules de verre en fusion éclaboussèrent les Spartans.
Les Banshees les survolèrent en hurlant… puis prirent un virage serré pour effectuer un deuxième passage.
"Blue-Three, Blue-Five : Manœuvre Thêta", ordonna le Chef.
Blue-Three et Five levèrent le pouce. Ils se regroupèrent au bord de la falaise et s´arrimèrent aux câbles suspendus le long du précipice.
"Vous avez prévu les mines à effet thermique ou les shrapnels ? demanda le Chef.
- Les deux, répondit Blue-Three.
- Parfait, sourit le Chef en attrapant les détonateurs. Couvrez-moi."
Les mines n´avaient pas été prévues pour abattre des cibles en vol ; les Spartans les avaient installées pour nettoyer les Grunts. Mais sur le terrain, il fallait improviser. C´était un autre enseignement capital dans leur formation : s´adapter ou crever.
Les Banshees se mirent en formation en V et descendirent vers eux, presque au ras du sol.
Les Spartans ouvrirent le feu.
Des éclairs de plasma surchauffé sillonnaient l´air.
Le Chef plongea sur la droite, puis sur la gauche. Il se baissa. Ils visaient de mieux en mieux.
Les Banshees n´étaient plus qu´à cent mètres… cinquante…leurs armes à plasma se rechargeraient peut-être assez vite pour tirer une nouvelle salve. Et à cette distance, le Chef ne pourrait pas plonger.
Les Spartans sautèrent de la falaise, le dos tourné vers le vide, en tirant sans s´arrêter. Le Chef sauta aussi, et déclencha les détonateurs.
Les dix mines, chacune constituée d´un tonnelet de métal rempli de napalm et de douilles vides, avaient été enterrées à quelques mètres du bord de la falaise, la gueule inclinée à trente degrés. Quand les grenades au fond des tonnelets explosaient, tout ce qui se trouvait devant prenait une méchante bouffée de chaleur et de projectiles.
Les Spartans heurtèrent le flanc de la falaise avec force quand les câbles d´acier auxquels ils étaient accrochés se tendirent.
L´onde de choc brûlante les dépassa. Un battement de cœur plus tard, cinq Banshees en flammes passèrent au-dessus de leur tête, laissant derrière eux d´épaisses traînées de fumée en s´inclinant vers l´eau. Les appareils disparurent sous les vagues d´émeraude. Les Spartans restèrent accrochés là un instant, à l´affût, les fusils d´assaut pointés sur les flots.
Aucun survivant ne refit surface.
Les soldats descendirent en rappel jusqu´à la plage, et retrouvèrent Blue-Two et Four.
"Red Team rapporte que la mission est remplie, Chef, informa Blue-Two. Ils nous envoient leurs compliments.
- Ça ne va pas changer grand-chose, murmura Blue-Three avec un coup de pied rageur dans le sable. Pas comme quand ces Grunts ont massacré le 105e Aéroporté. Ils devraient souffrir autant que nos gars ont souffert."
Le Chef n´avait rien à répondre à cela. Son travail n´était pas de faire souffrir l´ennemi. Son rôle était de remporter des victoires. Quel qu´en soit le prix.
"Blue-Two, lança-t-il. Trouvez-moi une ligne orbitale.
- Bien reçu, répondit-elle avant de le mettre en liaison avec le système SATCOM.
- Mission accomplie, Capitaine de Blanc, informa le Chef. Ennemi neutralisé.
- Excellente nouvelle, soupira le Capitaine avant d´ajouter : Mais nous vous ramenons à la base, Chef.
- Mon Capitaine, on a à peine commencé le travail, ici.
- Vu d´ici, les choses sont différentes. Rendez-vous au point d´extraction immédiatement.
- Compris, mon Capitaine.
Le Chef coupa la communication et se tourna vers l´équipe.
- La fête est finie, Spartans. On décolle dans un quart d´heure."
Ils se lancèrent au trot le long des dix kilomètres de plage, et retournèrent à leur navette, un Pélican, poussiéreux et cabossé par trois jours de combats acharnés. Ils montèrent à bord et les moteurs prirent vie.
Bleu-Two enleva son casque et se gratta le crâne sous ses cheveux bruns coupés ras.
"C´est dommage de quitter une planète comme celle-là, dit-elle en s´appuyant contre l´écoutille. Il n´en reste pas beaucoup."
Le Chef se tenait à côté d´elle, et regardait par le hublot. Sous leurs pieds, de vastes plaines herbeuses, l´étendue verte de l´océan, et quelques nuages dans le ciel, sur fond de soleils couchants rouges.
"Il y en aura d´autres, la rassura-t-il.
- Vraiment ? Murmura-t-elle en retour."
Le Pélican montait rapidement dans l´atmosphère, le ciel s´assombrit, et ils furent bientôt au beau milieu des étoiles.
En orbite, ils retrouvèrent des dizaines de frégates, des destroyers, et deux énormes vaisseaux transporteurs. Tous portaient des traces de brûlure et des trous dans la coque. La flotte manœuvrait pour sortir de l´orbite. Le Pélican se glissa dans les docks du destroyer UNSC Resolute. Malgré les deux mètres de blindage en titanium-A et les armes modernes qui l´entouraient, le Chef préférait avoir les deux pieds par terre, dans une vraie gravité, et une véritable atmosphère à respirer. Un endroit où il puisse contrôler des événements, où sa vie ne dépendrait pas de pilotes anonymes. Il n´était pas à sa place sur un vaisseau.
Il n´était bien que sur le champ de bataille.
Le Chef prit l´ascenseur jusqu´au pont pour faire son rapport, profitant de ce court répit pour lire le débriefing de Red Team sur l´écran de son casque. Comme prévu, les Spartans des Teams Red, Blue et Green, ainsi que trois divisions de UNSC Marines aguerris au combat, avaient immobilisé la progression du Covenant. Les pertes n´étaient pas toutes enregistrées, mais au moins à la surface, toute la force extraterrestre avait été enterrée.
Les portes de l´ascenseur s´ouvrirent un instant plus tard ; il s´avança sur le pont gainé de caoutchouc. Il salua le Capitaine de Blanc d´un geste raide.
"Mon Capitaine, au rapport."
Les sous-officiers du pont reculèrent en voyant le Chef. Ils n´avaient pas l´habitude de voir un Spartan dans son armure MJOLNIR : la plupart des troupes de terrain n´avaient même jamais vu un Spartan. Son armure d´un vert iridescent couvrant les couches noires mates qui lui gainaient le corps lui donnaient un air mi-gladiateur mi-machine. Et pour l´équipage, il avait autant l´air d´un extraterrestre que le Covenant.
Sur tous les écrans s´affichaient des astres et les quatre lunes argentées de Jéricho VII. A l´arrière-plan, une constellation se rapprochait. Le Capitaine fit signe au Chef de se rapprocher pour regarder cet essaim d´étoiles, le reste du détachement.
"Ça recommence."
"Permission de rester sur le pont, mon Capitaine ? demanda le Chef. J´aimerais voir comment cela se passe, cette fois, mon Capitaine."
Le Capitaine baissa la tête, l´air las. Il regarda le Sergent Chef d´un air tourmenté.
"Très bien, Chef. Après tout ce que vous avez fait pour sauver Jéricho VII, nous vous devons bien ça. Mais nous ne sommes qu´à trente millions de kilomètres du système, et j´aimerais vraiment m´éloigner.
Il se tourna vers l´officier de NAV.
- Cap un deux zéro. Préparez notre vecteur de sortie.
Il se tourna vers le Chef.
- Nous restons pour regarder. Mais si ces salauds bougent ne serait-ce qu´un cil dans notre direction, on dégage à toute vitesse.
- Compris, mon Capitaine. Merci."
Les moteurs du Resolute prirent vie, et le vaisseau s´éloigna.
Près d´une quarantaine de vaisseaux Covenant ( des gros, des destroyers et des croiseurs) apparurent dans le système. Ils étaient élancés, et ressemblaient plus à des requins qu´à des vaisseaux spatiaux. Leurs flancs s´éclairaient sous l´effet du plasma, avant de le faire pleuvoir sur Jéricho VII.
Le Chef regarda pendant une heure et ne bougea pas un muscle.
Les lacs, rivières et océans de la planète furent vaporisés. D´ici le lendemain, l´atmosphère se serait évaporée elle aussi. Les champs et les forêts étaient vitrifiés, encore chauffés au rouge par endroits.
Là où se tenait autrefois un paradis, il ne restait que l´enfer.
"Paré à quitter le système en hyperespace."
Le Chef continuait de regarder, l´air sévère.
Cela faisait dix ans que ça durait : le vaste réseau des colonies humaines réduit à une poignée de planètes par un ennemi implacable et sans merci. Le Chef avait tué l´ennemi au sol. Il en avait abattu, en avait poignardé, il en avait même brisé de ses propres mains. Au sol, les Spartans avaient toujours gagné.
Mais les Spartans ne pouvaient pas mener leur guerre dans l´espace. Chaque victoire mineure au sol se transformait en une défaite majeure en orbite. Il n´y aurait bientôt plus de colonie, plus de planète humaine, et plus aucun refuge.
chapitre 1
0430 heures, 17 août 2517/coordonnées inconnues près du système stellaire Eridanus
Le jeune Lieutenant Jacob Keyes se réveillait. Une faible lueur rougeâtre emplissait sa vision floue et le gel visqueux qu emplissait ses poumons et sa gorge manquait de le faire s’étouffer.
« Debout, Lieutenant Keyes » dit une voix masculine désincarnée. « Asseyez vous, prenez une grande inspiration et toussez Monsieur. Vous avez besoin d’évacuer le surplus qui emplit vos bronches. »
Le Lieutenant Keyes se redressa, dégageant son dos du lit de gel épousant la forme du corps.
De minces volutes de brouillard s’échappaient des tubes cryogéniques alors qu’il en sortait maladroitement. Il s’assit sur une banquette voisine, essaya d’inspirer et se plia en deux jusqu’à ce qu’un long filet d’un liquide clair coule depuis sa bouche ouverte.
Il s’assit et aspira sa première grande bouffée d’air en deux semaines. Il lécha ses lèvres et eut presque envie de plaisanter. L’inhalant cryogénique était spécialement conçu pour être régurgité et avalé, remplaçant les nutriments durant les longues phases de sommeil. Peu importait comment ils modifiaient la formule, cela avait toujours le goût d’un mucus aigre.
« Statut actuel Toran ? Sommes nous attaqués ? »
« Négatif, Monsieur » répondit l’intelligence artificielle du vaisseau. « Statut normal. Nous entrerons dans l’espace normal près du système Eridanus dans approximativement 45 minutes. »
Le Lieutenant Keyes toussa à nouveau. « Bien, merci Toran. »
« Je vous en prie, Lieutenant. »
Eridanus était à la périphérie des Colonies extérieures. Ce système était juste assez éloigné des sentiers battus pour offrir une cachette aux pirates attendant de capturer une navette diplomatique comme le Han. Et un vaisseau comme celui-ci ne tiendrait pas longtemps dans une bataille spatiale.
Le Lieutenant Keyes se demandait pourquoi ils avaient été envoyés ici seuls- mais les jeunes Lieutenants ne discutaient pas les ordres. Encore moins lorsque ceux-ci provenaient du quartier général de la Flotte sur la planète Reach.
Les protocoles d’éveil imposaient qu’il inspecte le reste de l’équipage afin de s’assurer que personne ne rencontrait de problème au cours de la réanimation. Il observait les dortoirs alentours : des rangs de casiers et de douches en acier inoxydable, un pod médical d’urgence, et 40 tubes cryogéniques - tous vides en dehors de celui sur sa gauche.
L’autre passager du Han était un spécialiste civil, le Docteur Halsey. Keyes s’était vu ordonné de piloter ce vaisseau, de la protéger à tous prix et plus généralement de la tenir éloignée de tout danger. Ils auraient aussi bien pu lui demander de lui tenir la main…ceci n’était pas une mission militaire, c’était du baby-sitting ! Quelqu’un au quartier général devait l’avoir sur sa liste noire…
Le couvercle du tube du Docteur Halsey s’ouvrit dans un bourdonnement. De la brume s’en échappait alors qu’elle s’asseyait en toussant. Sa peau pâle lui donnait l’air d’un fantôme dans le brouillard. Des cheveux sombres et emmêlés adhéraient à sa nuque. Elle n’avait pas l’air bien plus vieille que lui, et elle était ravissante - pas belle, mais définitivement une femme attirante. Pour une civile en tout cas…
Ses yeux bleus se posèrent sur le Lieutenant et elle l’observa.
« Nous devons être près d’Eridanus » dit elle.
Le Lieutenant Keyes la salua d’un air presque pensif, mais il arrêta net son geste. « Oui, Docteur . »
Son visage rougit et il détourna le regard de son corps mince.
Il s’était entraîné au sommeil cryogénique une douzaine de fois à l’Ecole Militaire. Il avait vu ses officiers nus auparavant, les hommes aussi bien que les femmes. Mais le Docteur Halsey était un civil et il ne savait pas ce que le protocole recommandait dans ce cas.
Le Lieutenant Keyes se leva et avança vers elle. « Puis-je vous aider ? »
Elle balança ses jambes en dehors du tube et s’en extirpa. « Ca va Lieutenant. Lavez vous et habillez vous. » Elle se brossa les cheveux et alla à grande enjambées vers la douche. « Dépêchez vous. Nous avons un travail important à accomplir. »
Le Lieutenant Keyes se redressa « Oui M’dame . »
Après cette brève entrevue les rôles et les règles se cristallisèrent. Civile ou pas, qu’il l’apprécie ou pas, le Lieutenant Keyes compris que c’était le Docteur Halsey qui dirigeait les opérations.
Le pont du Han offrait une profusion de place pour un vaisseau de sa taille. En effet toutes les commandes de direction étaient contenues dans un petit « placard ». Le Lieutenant Keyes, lavé, rasé et fraîchement vêtu s’introduit dans la petite pièce et referma la porte pressurisée derrière lui.
La totalité de la surface du pont était couvertes d’écrans et de moniteurs divers. Le mur à sa gauche était un large écran semi incurvé.
Derrière lui se trouvait la chambre principale de filature du Han, contenant le mess et les chambres de repos. Il n’y avait pas de gravité sur le pont, cette navette diplomatique avait été conçue pour le confort de ses passagers, et non de son équipage.
Cela n’avait pas l’air d’affecter le Docteur Halsey. Sanglée dans sa couche de navigation, elle portait une combinaison blanche qui s’assortissait avec sa peau pâle et ses cheveux étaient attachés en un simple et élégant nœud. Ses doigts dansaient sur 4 claviers en tapant diverses commandes.
« Bienvenue Lieutenant » dit elle sans détourner le regard de sa tâche. « S’il vous plait asseyez vous au poste de communication et contrôlez toutes les fréquences lorsque nous repasserons dans l’espace normal. Si vous n’entendez ne serai-ce qu’un grincement sur des fréquences non standards, je veux le savoir immédiatement.
Il dériva vers le poste de communication et s’y arrima.
« Toran ? » demanda-t-elle.
« J’attends vos ordres Docteur Halsey » répondit l’ordinateur de bord du vaisseau.
« Donnez moi les cartes de navigations du système. »
« Informations disponibles Docteur Halsey. »
« Y a-t-il des planètes actuellement alignées avec notre trajectoire d’entrée et Eradinus 2 ? Je voudrais employer un accélérateur gravitationnel. »
« Calculs en cours Docteur.»
« Et pourrions nous avoir de la musique ? Le concerto numéro 3 pour piano de Rachmaninov s’il vous plait. »
« Compris Docteur. »
« Et entamez un cycle de préchauffage des moteurs à fusion »
« Oui Doc. »
« Et arrêtez la surveillance sur le quartier central du vaisseau, nous allons avoir besoin de cette puissance. »
« En cours… »
Elle se décontracta. La musique commença et elle soupira. « Merci Toran.»
« De rien Docteur Halsey. Nous entrerons dans l’espace normal dans cinq minutes, à plus ou moins trois minutes. »
Le Lieutenant Keyes adressa au Docteur Halsey un regard admiratif. Il était impressionné, peu de gens pouvaient mettre ainsi à l’épreuve un ordinateur de bord. Elle se tourna vers lui. « Oui Lieutenant ? Vous avez une question ? »
Il remit de l’ordre dans ses pensées, remit la veste de son costume en place et dit. « Notre mission éveille ma curiosité M’dame. Je présume que nous sommes dans ce système stellaire pour une sorte de reconnaissance. Mais pourquoi envoyer une navette diplomatique plutôt qu’une corvette ? Et pourquoi seulement nous deux ? »
Elle cligna des yeux et lui sourit. « Voilà une supposition et une analyse assez justifiée Lieutenant. Ceci EST bien une mission de reconnaissance…en quelque sorte. Nous sommes ici pour observer un enfant. Un parmi tant d’autres je l’espère. »
« Un enfant ? »
« Un sujet masculin âgé de 6 ans pour être exacte. » Elle agita sa main. « Cela vous aidera sûrement de penser que ceci est une étude psychologique financée par le Commandement Spatial des Nations Unies ( CSNU). » Toute trace d’un sourire s’évapora de sa bouche. « C’est précisement la version que vous devrez donner à toute personne vous questionnant à ce sujet. Est-ce compris Lieutenant ? »
« Oui, Docteur. »
Keyes, fronçant les sourcils extrait la pipe héritée de son grand-père de sa poche et la tourna et la retourna dans sa main. Il ne pouvait l’allumer - enflammer un combustible sur le pont d’un navire allait à l’encontre de toutes les règles du CSNU concernant les véhicules spatiaux – mais parfois il tripotait sa pipe où en mâchonnait l’extrémité, ce qui l’aidait à penser. Il la remis dans sa poche et décida de pousser plus avant la question et d’en découvrir plus.
« Avec tous le respect que je vous dois, Docteur Halsey, ce secteur de l’espace est dangereux. »
Dans une décélération soudaine ils rentrèrent dans l’espace normal. L’écran principal vacilla et un million d’étoiles apparurent soudainement. Le Han plongea en direction d’une géante gazeuse dont la surface était agitée par d’immenses tourbillons.
« En attente pour le boost gravitationnel » lança le Docteur Halsey. « A mon signal Toran. »
Le Lieutenant Keyes resserra son harnais.
« Trois…deux…un. Top »
Le vaisseau gronda et accéléra en direction de la géante gazeuse. La pression des harnais augmenta sur le torse du Lieutenant, rendant la respiration difficile. Ils accélérèrent pendant 67 secondes…les tourbillons à la surface de la planète géante grandissaient sur l’écran principal – puis le Han adopta une trajectoire arquée et s’éloigna de sa surface.
Le système Eridanus dérivait sur le moniteur et emplissait le pont d’une chaude lumière orangée.
« Boost gravitationnel effectué» dit Toran. « Arrivée dans Eridanus prévue dans 42 minutes et 3 secondes. »
« Bien » dit le Docteur Halsey. Elle détacha ses harnais et flottait librement dans la cabine tout en s’étirant. « Je hais le sommeil cryogénique » dit elle. « Il nous laisse si raide au réveil. »
« Comme je le disais précédemment, Docteur, ce système est dangereux. »
Elle se tourna gracieusement pour lui faire face arrêtant sa rotation d’une main sur la cloison.
« Oui, je sais combien ce système est dangereux. Son histoire est pleine d’aléas : insurrection rebelle en 2494 écrasée par ce CSNU deux ans plus tard au prix de 4 destroyers. »
Elle réfléchit un moment, puis ajouta, « Je ne crois pas que le Bureau des Renseignements de la Marine n’ai jamais trouvé une base dans ce champs d’astéroïdes. Et depuis qu’ils ont organisé divers raids et dispersé l’activité pirate alentour, on peut en conclure que les restes de cette faction rebelle sont encore en activités. Est-ce cela qui vous inquiète ? »
« Oui, » répondit le Lieutenant. Il déglutit, sa bouche étant soudainement sèche, mais il refusait de se laisser intimider par le docteur – par une civile. « Je vous rappelle que m’inquiéter de notre sécurité fait parti de mon travail. »
Elle en savait plus que lui, beaucoup plus, sur le système Eridanus – et visiblement elle avait des contacts dans la communauté du renseignement. Keyes n’avait jamais rencontré un de ces fantômes du renseignement - du moins autant qu’il s’en souvienne. La Marine avait élevé de tels agents à un statut quasi mythologique.
Quoi qu’il pense du Docteur Halsey, il partirait dorénavant du principe qu’elle savait ce qu’elle faisait.
Le Docteur Halsey s’étira une fois de plus puis se re-sangla à son siège de pilote. Elle dit alors en tournant le dos « Vous parlez des pirates, mais ne deviez vous pas surveillez les communications à la recherche de signaux illégaux? Juste au cas où quelqu’un attacherait un intérêt excessif à une navette diplomatique sans protection ? »
Le Lieutenant Keyes maudit sa défaillance momentanée et irréfléchie. Il scanna alors toutes les fréquences et demanda à Toran une contre-épreuve de leurs codes d’authentification.
« Tous les canaux ont été vérifiés, » rapporta-il. « Aucune transmission pirate détectée. »
« Continuez à les contrôler s’il vous plait. »
Trente minutes difficiles passèrent. Le Docteur Halsey était satisfaite de lire les rapports sur l’écran de navigation mais elle se tenait éloignée du Lieutenant.
Finalement le Lieutenant Keyes s’éclaircit la gorge. « Puis-je parler franchement, Docteur ? »
« Vous n’avez pas besoin de ma permission, » dit-elle. « De toute manière je vous prie de me parler sincèrement, Lieutenant. Vous faîtes un si bon boulot. »
dans des circonstances normales, avec des officiers normaux, cette dernière remarque aurait été une insubordination, ou pire un reproche. Mais il n’y fit pas attention. Le protocole militaire normal semblait être passé par-dessus bord sur ce vol.
« Vous avez dit que nous sommes ici pour observer un enfant. » Il remua la tête d’un air dubitatif. « Si c’est une couverture pour une opération de renseignements, pour dire la vérité il existe des officiers bien mieux qualifiés pour cette mission. Je suis sorti diplômé de l’école militaire il y a de cela 7 semaines. Mes ordres initiaux m’assignaient sur le Magellan. Ces ordres ont été révoqués M’dam. »
Elle se tourna et l’examina minutieusement de ses yeux bleus et glacés. « Continuez Lieutenant… »
Il chercha à nouveau sa pipe mais arrêta son geste. Elle l’aurait probablement pris pour une ridicule habitude.
« Si c’est une opération des renseignements,» dit il, « alors…alors je ne comprends pas du tout ce que je fais ici. »
Elle se pencha en avant. « Dans ce cas Lieutenant je me dois d’être également franche. »
Quelque chose au fond du Lieutenant Keyes lui disait qu’il regretterait d’écouter, quoi que lui dise le Docteur Halsey. Il passa outre cette impression, il voulait connaître la vérité.
« Continuez Docteur. »
Un faible sourire passa sur le visage du Docteur. « Vous êtes ici car le Vice Amiral Stanforth, dirigeant la Section Trois du Service de Renseignements du CSNU a refusé de me prêter cette navette si il n’y avait pas au moins un officier du CSNU à bord – même si il sait très bien que je peux piloter cette boîte de conserve toute seule. Par conséquent j’ai choisi un officier : vous. » Elle tapota sa lèvre inférieure d’un air songeur et ajouta, « Voyez vous, j’ai lu votre dossier Lieutenant, dans son intégralité. »
« Je ne sais pas… »
« Vous SAVEZ de quoi je veux parler. » Elle roula des yeux. « Vous mentez très mal, ne m’insultez pas en essayant à nouveau. » Le Lieutenant déglutit. « Dans ce cas, pourquoi moi ? Surtout si vous avez lu mes états de service. »
« Je vous ai précisément choisi en raison de ces états de service – plus particulièrement en raison de cet incident lors de votre deuxième année à l’école militaire. Quatorze enseignes ont alors été tués. Vous avez été blessé et avez passé deux mois en réhabilitation. Les brûlures dues au plasma sont spécialement douloureuses, je comprends. »
Il joignit ses mains et répondit « Oui… »
Le Lieutenant responsable était votre officier de commandement lors de cette mission d’entraînement. Vous avez refusé de témoigner contre lui en dépit des écrasantes évidences et des déclarations de ses camarades officiers et amis.
« Oui. »
« Ils ont indiqué sur le panneau d’affichage le secret que le Lieutenant avait confié à vous tous – à savoir qu’il allait tester une nouvelle théorie visant à rendre les sauts dans l’hyperespace plus précis. Il s’était trompé et vous avez tous payé pour son impatience et la pauvreté de ses connaissances mathématiques. »
Le Lieutenant Keyes regarda ses mains et eu le sentiment que tout s’écroulait autour de lui. La voix du Docteur Halsey lui semblait distante.
« En dépit de la pression constante vous n’avez jamais témoigné. Ils vous ont menacé de vous rétrograder, vous ont accusé d’insubordination et d’avoir refusé d’appliquer un ordre, ils vous ont même menacé de vous renvoyer de la Marine.
« Mais vos camardes officiers eux, ont témoigné. Sur le panneau d’affichage figuraient toutes les preuves nécessaires pour envoyer votre officier de commandement devant la cours martiale. Ils vous ont réclamé votre rapport et ont abandonné toute poursuite disciplinaire à votre encontre. »
La tête basse, il ne dit rien.
« C’est pour cette raison que vous êtes ici Lieutenant, car vous avez une particularité extrêmement rare chez les militaires. Vous savez garder un secret. Et vous risquez d’en avoir pas mal à garder lorsque cette mission sera finie. »
Il leva les yeux. Il y avait quelque chose d’étrange dans son regard. De la pitié peut-être ? Ceci le poussa à rester aux aguets et il détourna le regard une fois de plus. Mais il ne s’était jamais senti aussi bien depuis l’école militaire. Quelqu’un le croyait à nouveau.
« Je pense, » dit elle, « que vous préféreriez être sur le Magellan, vous battant et mourant sur les frontières. »
« Non, je, » il s’arrêta tout net, sachant qu’il allait mentir, et il se corrigea aussitôt. « Oui, le CSNU a besoin de chaque homme et chaque femme pour surveiller nos frontières. Entre les braquages et les insurrections, c’est un miracle si tout ne s’est pas écroulé autour de nous. »
« En effet Lieutenant, depuis que nous avons quitté la gravité terrestre, nous nous sommes battus entre nous pour chaque centimètre cube de vide sidéral – de Mars jusqu’aux Lune de Jovian, en passant par les massacres dans le Système Hydra et les guerres dans les Colonies Extérieures.
Tout a toujours été à deux doigts de s’écrouler. C’est pourquoi nous sommes ici. »
« Pour observer un enfant, » dit-il. « Mais quelle différence peut donc faire un enfant ? »
Le Docteur leva un de ses sourcils. « Cet enfant pourrait être bien plus utile au CSNU qu’une flotte entière de destroyers, une centaine de jeune Lieutenants, ou bien même moi. Au final, cet enfant pourrait bien être la seule chose qui fera une différence. »
Toran les informa alors qu’ils approchaient du Système Eridanus.
« Calculez un vecteur d’approche vers le spatio-port de Luxor » ordonna de Docteur Halsey. « Lieutenant Keyes, préparez vous à atterrir. »
chapitre 2
1130 heures, 17 août, 2517 ( calendrier militaire) / Système Solaire Eridanus, Eridanus 2, Elysium City.
Le soleil orange projetait une ardente lueur sur l’ère de jeu du Complexe d’Education Primaire N° 119 d’Elysium City. Le Dr Halsey et le Lieutenant Keyes restèrent dans la pénombre de la toile de tente à regarder les enfants crier et poursuivre l’un des leurs, escaladant le grillage d’acier et esquivant les gravballs à travers la cours de répulsion.
Le Lieutenant Keyes semblait extrêmement mal à l’aise en tenue civile. Il portait un complet gris mal ajusté, une chemise blanche et aucune cravate. Le Dr Halsey trouva cette subite gaucherie charmante. Quand il s’était plaint de ses vêtements mal ajustés et trop amples, elle avait presque éclaté de rire. C’était un militaire dans l’âme. Même sans uniforme, le Lieutenant restait raide, comme s’il était perpétuellement aux aguets.
« C’est joli ici » dit – elle. « Cette colonie ne connaît pas sa chance. Un mode de vie rural. Pas de pollution. Pas d"embouteillage. Un climat contrôlé. »
Le Lieutenant grogna en acquiescant tandis qu’il tentait de faire disparaître les plis de sa veste en soie.
« Relax » dit-elle. « Nous sommes supposés être des parents inspectant l’école pour notre petite fille ». Elle passa son bras autour du sien, et bien qu’elle pensa qu’un tel exploit fut impossible, le Lieutenant se raidit encore plus.
Elle s’arracha à lui en soupirant, ouvrit son sac et en retira son palm pad. Elle ajusta le large bord de son chapeau de paille pour protéger son pad de l’éclat de midi. D’une pression du doigt, elle l’ouvrit et scanna le dossier qu’elle avait constitué sur son cobaye.
Le Numéro 117 possédait tous les marqueurs génétiques qui composaient son étude originelle – c’était le sujet parfait pour ses recherches, du moins ce que la science, en l’état actuel, pouvait en déterminer.
Mais le Dr Halsey savait qu’il fallait plus qu’une perfection théorique pour mener ce projet à terme. Les gens sont plus que la somme de leurs gênes. Il y a les facteurs environnementaux, les mutations, l’éthique, et une bonne centaine d’autres facteurs susceptibles d’invalider ce candidat.
La photo archivée révélait un garçon de six ans, tout à fait typique. Il arborait des cheveux ébouriffés et un large sourire espiègle qui révélait un espace entre ses incisives. Quelques tâches de rousseur mouchetaient ses joues. Bien, elle pourrait comparer leur motif pour confirmer son identité.
« Notre sujet », tandis qu’elle orientait le pad vers le Lieutenant pour qu’il puisse voir le garçon, le Dr Halsey nota que la photo datait de quatre mois. ONI ne réalisait-elle pas à quelle vitesse ces enfants changeaient ? Négligence. Elle pris note pour qu’une mise à jour régulière des photos soit effectuée jusqu’à ce que la phase trois débute.
« C’est lui ? », souffla le Lieutenant.
Le docteur Halsey leva les yeux.
Le Lieutenant désigna de la tête une colline herbeuse au fond de la cour de récréation. Le sommet de la colline était nu, dépouillé de toute végétation. Une douzaine de garçon en poussait et bousculait un autre, agrippait, taclait, déboulait la pente, puis se relevait, reculait et recommençait.
« Roi de la colline », remarqua le Dr Halsey.
Un garçon restait au sommet. Il bloquait, poussait et rouait de coups tous les autres enfants.
Le Dr Halsey pointa son data pad sur lui et enregistra la scène pour une étude ultérieure. Elle zooma sur le sujet pour avoir une meilleure vue. Le garçon souriait et révélait le même petit espace entre ces incisives. Elle captura en un dixième de seconde l’image et compara ses tâches de rousseur avec celle de la photo archivée.
« C’est notre garçon ».
Il dépassait tous les autres enfants d’une tête ( et si sa performance au jeu était révélatrice) il était bien plus fort aussi. Un autre garçon l’agrippa par derrière. Numéro 117 éjecta le garçon ( en riant) et lui fit dévaler la colline comme s’il s’agissait d’un simple jouet.
Le Dr Halsey avait espéré un spécimen doté de proportions physiques parfaites et d’une intelligence stupéfiante. Vraisemblablement le sujet était fort et rapide, mais il était aussi sale et violent.
Cependant, des perceptions irréalistes et subjectives devaient êtres confrontées à ces champs d’études. Qu’espérait-elle vraiment ? C’était un gamin de six ans ; plein de vie aux émotions incontrôlables et aussi prévisibles que le vent.
Trois garçons se liguèrent contre lui. Deux lui agrippèrent les jambes tandis que le troisième lui maintenait les bras le long du corps. Ils dévalèrent tous la colline. Numéro 117 frappa des pieds et des mains, mordant ses agresseurs jusqu´à ce qu’ils aient disparu et qu’ils se soient caché loin en sécurité. Il recula et re-gravit la colline, cognant un autre garçon et cria qu’il était le roi.
« Il semble » commença le Lieutenant «hum, plein de vie ».
« Oui » dit le Dr Halsey. « Nous pourrons l’utiliser ».
Elle examina rapidement la cour de récréation. La seule adulte était en train d’aider une fillette, tombée à ses pieds, qui s’était écorchée le coude. Elle la conduisait à l’infirmerie.
« Restez ici, et observez Lieutenant » dit-elle en lui passant son data pad. « Je vais avoir un contact rapproché ».
le Lieutenant commença à dire quelque chose, mais le Dr Halsey s’éloignait déjà, courant presque sur les lignes de la marelle qui ornait la cour de récréation. Une brise captura sa robe d’été l’obligeant à retenir son ourlet d’une main et le bord de son chapeau de paille de l’autre. Elle ralentit le pas et s’arrêta à quatre mètres du pied de la colline. Les enfants s’arrêtèrent et se retournèrent.
« T’es mal barré », dit un garçon poussant Numéro 117. Il bouscula le garçon et regarda le Dr Halsey directement dans les yeux. Les autres enfants regardaient ailleurs, quelques-uns esquissèrent un sourire affecté, d’autres se retournèrent lentement.
Son sujet, toutefois, resta là défiant. Il devait être convaincu qu’elle n’était pas là pour le punir ; ou il n’avait tout simplement pas peur.
Elle vit qu’une contusion ornait sa joue, ses pantalons étaient déchirés au niveau des genoux, et sa lèvre fendue. Le Dr Halsey se rapprocha de trois pas. Plusieurs enfants, involontairement, reculèrent d’un pas.
« Je peux te parler, s’il te plaît » demanda-t-elle, continuant à fixer son cobaye. Il rompit finalement le contact, haussant les épaules, et il s’avança d’un pas lourd vers la base de la colline. Les autres enfants gloussèrent, l’un d’eux lui jeta un caillou. Numéro 117 les ignora. Le Dr Halsey le laissa sur l’arête du plus proche tas de sable et s’arrêta.
« Quel est ton nom » demanda-t-elle.
« Je m’appelle John » dit-il. Le garçon tendit la main.
Le Dr Halsey n’avait pas espéré un contact physique. Le père du sujet avait dû lui apprendre le rituel, ou bien le garçon était fortement imitatif. Elle lui serra la main et fut surprise par la force de la minuscule poigne. « C’est un honneur de te rencontrer ». Elle s’agenouilla pour être à sa hauteur.
« Je voulais te demander ce que tu faisais ? »
« Je gagnais » dit-il.
Le Dr Halsey sourit. Il était nullement effrayé par elle…et elle doutait qu’il ait le moindre problème à la pousser de la colline.
« Tu aimes les jeux », dit-elle. « Moi aussi ».
Il acquiesça «yeah, mais ils m’ont fait jouer aux échecs la semaine dernière. C’était ennuyeux. C’est trop facile de gagner ». Il respira rapidement.
« Ou bien peut-on jouer au gravball ? Il ne m’y laisse pas jouer, mais si vous leur dîtes que c’est d’accord ? ».
« J’ai un autre jeu à te faire essayer ». Lui dit-elle.
« Regarde ». Elle attrapa son sac et en sortit un disque de métal. Elle la retourna et la fit miroiter au soleil. « Les gens utilisaient des pièces comme celle-ci pour monnaie il y a longtemps, quand la Terre était la seule planète que nous habitions ».
Il la fixait. Il voulait s’en emparer.
Le Dr Halsey la déplaça, continuant à la faire tourner entre son pouce et son index. « Chaque face est différente. Tu vois ? L’une arbore un homme aux cheveux longs, l’autre face représente un oiseau, appelé un aigle, et il tient- »
« Des flèches » dit John.
« Oui, très bien » Sa vision devait être exceptionnelle pour voir un tel détail d’aussi loin. « Nous allons utiliser cette pièce pour notre jeu. Si tu gagnes tu peux la garder ».
Il regarda du coin de l’œil la pièce et elle à nouveau, louchant, puis il dit, « Okay. Je gagne toujours, quoique. C’est pour ça qu’ils ne me laissent pas jouer au gravball. »
« J’en suis sûre ».
« Quel est le jeu » ?
« C’est très simple. Je lance la pièce comme ceci. » Elle pivota son poignet, fit claquer son pouce, et la pièce jaillit, tournoyant dans les airs, et atterrit dans le sable.
« La prochaine fois, avant qu’elle atterrisse, je veux que tu me dises si l’on voit la face avec l’homme ou celle avec l’aigle serrant les flèches. »
« Je vais l’avoir » John se tendit, plia ses genoux, puis ses yeux semblèrent se concentrer sur elle et sur la pièce.
Le Dr Halsey ramassa la pièce. « Prêt ? »
John acquiesça de la tête.
Elle la, jeta, s’assurant qu’elle tournoyait pleinement. Les yeux de John la regardèrent avec cet étrange regard fixe et distant à la fois. Il l’observa durant son ascension, puis au sol. Sa main fit un bruit sec et s’empara brusquement de la pièce. Il brandit son poing.
« Aigle ! » Cria-t-il.
Elle tenta de s’emparer de sa main et d’ouvrir le petit poing. La pièce tomba dans sa paume : l’aigle brillait dans le soleil orange.
Etait-il possible qu’il ait vu quelle face était visible quand il s’en saisit…ou plus improbable, l’avait-il ramasser du côté qu’il souhaitait ? Elle espérait que le Lieutenant avait enregistré ça. Elle aurait dû lui dire de garder la notice avec lui.
John rétracta sa main. « Je peux la garder, vrai ? C’est ce que vous avez dit. »
« Oui, tu peux la garder, John. » Elle lui souriait, puis s’arrêta.
Elle n’aurait pas dû utiliser son prénom. C’était mauvais signe. Elle ne pouvait pas se payer le luxe «d’aimer » ses sujets de test. Elle remonta mentalement le fil des ses émotions. Elle doit…parce que dans quelques mois Numéro 117 ne serait peut-être plus en vie.
« On peut rejouer. »
Le Dr Halsey s’arrêta et fit un pas en arrière. C’était le seul que je possédais, j’en suis désolée. Je dois partir maintenant, lui dit-elle. Va jouer avec tes amis. »
« Merci. » Il courut, criant autres garçons, «regardez ! »
Le Dr Halsey marcha à grands pas vers le Lieutenant Le soleil reflétait l’asphalte trop chaud, soudainement elle aurait voulu ne pas être dehors. Elle souhaitait être de retour à bord du vaisseau, où il faisait frais et sombre. Elle voulait quitter cette planète.
Elle s’abrita sous la toile de tente et dit au Lieutenant, «dîtes moi que vous avez enregistrez ça. »
Il lui tendit le data pad perplexe. « Oui, qu’est-ce que tout cela ? »
Le Dr Halsey vérifia l’enregistrement et envoya une copie à Toran sur le Han pour une sauvegarde.
« Nous avons criblé ces sujets avec certains marqueurs génétiques, » dit-elle. « Force, agilité et même des prédispositions à l’agressivité et à l’intelligence. Mais nous ne pouvons pas effectuer des tests pour tout. Nous n’avons pas de test pour la chance. »
« La chance ? » Demanda le Lieutenant Keyes. « Vous croyez à la chance, Docteur ? ».
« Bien sûr que non, » dit-elle, chassant au loin l’idée de ses mains. « Mais nous avons 150 sujets de test à évaluer, et nous n’avons les fonds et les structures que pour la moitié d’entre eux. C’est une simple élimination mathématique, Lieutenant. Cet enfant est l’un des plus chanceux, c’est ça ou alors il est extraordinairement rapide. Quoiqu’il en soit, il en est. »
« Je ne comprends pas, « dit le Lieutenant Keyes, commençant à tripoter la pipe qu’il transportait dans sa poche.
« J’espère que ça continuera, Lieutenant, » répondit calmement le Dr Halsey. « Dans votre intérêt, j’espère que vous ne comprendrez jamais ce que nous sommes en train de faire. »
Elle jeta un dernier regard au Numéro 117- à John. Il s’amusait tellement, courant et riant. Pendant un moment elle envia l’innocence du garçon ; la sienne était morte depuis longtemps. Vie ou mort, chance ou pas, elle condamnait ce garçon à un lot de peines et de souffrances immenses.
Mais cela devait être fait.
ô_ô comen ta fait pour ecrire tout
ca................................................
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Ben copier coller.. Ou alors c est un bete !
G FAIT COPIER COLLER
lol
^^