Informations générales :
Titre original
Jushin Enbu Hero Tales
Titre
Hero Tales
Année de parution
2007 au Japon, 2010 en France
Statut
Terminé
Genre
Shonen - Aventure, action, fantastique
Scénariste
Jun-Wei Huang
Dessinateur
Hiromu Arakawa
Editeur original
Square Enix
Editeur français
Kurokawa
Magazine de prépublication
Gekkan Shônen Gangan
Nombre de tomes parus
Cinq
Prix
7,00 euros
Synopsis :
Une légende asiatique raconte qu’il règne au firmament sept étoiles septentrionales dont la mission est de guider l’empire en cas de crise grave. Taitô est un jeune homme plein d’énergie qui se bat contre les troupes de l’empire venant régulièrement piller son village. Il va découvrir en lui un pouvoir insoupçonné scellant ainsi sa destinée en tant que porteur d’une des étoiles les plus terrifiantes : Hagun.
Quelques pages utiles :
- http://www.manga-sanctuary.com/bdd/manga/6864-hero-tales/ la page Manga sanctuary.
- http://www.kurokawa.fr/site/hero_tales_t1_&100&9782351425169.html la page de l'éditeur Kurokawa.
Quelques illustrations :
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Mon avis :
Difficile de commencer cette critique d'Hero Tales sans revenir à titre liminaire sur la carrière de l'auteur, qui me semble à quelques égards être un professionnel semblable à Mirua, connu essentiellement pour une oeuvre majeure tandis que ses autres travaux beaucoup moins reluisants demeurent dans l'ombre. Hiromu Arakawa c'est avant Fullmetal Alchemist, un des rares nekketsus qui peut se targuer d'être plébiscité et recommandé par le lectorat pour sa singularité et sa maîtrise continue. Vient ensuite Silver Spoon, le titre sur lequel on a fait des caisses et qui au final réussit la prouesse de passer à côté des sujets d'une orientation scolaire audacieuse et de la vie en milieu agricole pour livrer un titre comique insipide et laborieux. On oublierait presque Nobles Paysans, mélange d'une autobiographie et du précédent titre qui semble tellement incontournable que personne ne l'a lu. Et au milieu de cette oeuvre totalement inégale et disparate se dresse Hero Tales, sur lequel nous allons nous pencher plus longuement.
Nul n'ignore que dans un titre, le fond prime sur la forme. On pourrait donc penser que les manquements du récit que je développerai plus en avant épargneraient cette chère Hiromu qui n'est ici que dessinatrice. Malheureusement, la première chose qui m'a frappé lors de la lecture est l'insuffisance de son trait bourré de lacunes. Rarement les arrière-plans nous auront aussi bien rappelé la blancheur éclatante du papier tant ils sont peu dessinés. Ses décors sont pourtant très sympathiques quand elle prend la peine de les travailler, signe d'une flemme ou d'une volonté de gain de temps assez gênante pour un auteur de ce calibre. Le chara-design nous éblouit quant à lui par sa simplicité, ce qui n'est pas rédhibitoire en soi, à condition qu'elle s'allie à l'inspiration, qui est ici déficiente. La mise en scène étrangère à tout dynamisme n'est pas en reste, avec une platitude qui suscite sans peine l'ennui.
Ces faiblesses se retrouvent aussi souvent dans les autres titres de l'auteur, même Fullmetal Alchemist, sauf que ce dernier se démarquait par une rigueur, inventivité narrative, manifestation de talent qui dispersait l'attention sur ces défauts, ou à tout le moins suscitait l'indulgence, qualités dont ne peut se targuer Hero Tales. Les premières pages du titre nous balancent à la gueule un postulat bien manichéen qui ne sera jamais nuancé par la suite. L'Empire corrompu et violent envoie des troupes dirigées par des hommes de l'ombre piller et ravager le pays, organisant le rejet des réfugiés issus de ces conflits, tandis que l'empereur enfermé dans son palais ignore tout des souffrances endurées par son peuple. Et tout cela sans aucune raison d'ailleurs, déjà que ces exactions sont à peine montrées, jamais ne nous sera donné un seul motif. Pour résumer pour ceux qui auraient du mal à suivre, les méchants sont très méchants, mais heureusement les gentils sont là pour les savater et rétablir le bien. On est loin des violations fondatrices d'Al et Ed ainsi que des questionnements moraux soulevés par leur quête.
Hero Tales est une oeuvre de plus à inscrire sur la liste de recensement des mangas atteints de sous-développement. L'histoire sous forme de légende chinoise évoquée ci-dessus, germée de l'esprit de ce putain d'incompétent de chintok de Huang, inspirée ou non de la mythologie existante, n'est qu'une lutte sous forme d'opposition caricaturale mal branlée qui souffre de l'insuffisante durée des cinq tomes pour mener à maturité un récit de cette ampleur, à tel point que les événements sont concentrés en à peine quelques semaines. Pas la peine de chercher une quelconque profondeur aux personnages vus et revus mille fois, dont la psychologie se résume à deux ou trois traits de caractère empilés et de grandes déclamations débiles. Ce manga est le résultat d'un tel amateurisme que c'en est atterrant. J'en veux pour preuve certains dialogues particulièrement mal construits dont je vous dispenserai le détail, ou d'introduction d'éléments complètement à l'arrache. On apprend par exemple dans le dernier tome qu'un protagoniste appartient à un ordre sans jamais qu'il n'ait été introduit ou que soient exposés son rôle, ses pouvoirs. C'est juste gratuit et inutile, pour le simple plaisir de troller le lecteur.
On n'échappe évidemment pas aux tares classiques des nekketsus merdiques. L'histoire fait comme d'habitude la part belle à des gamins de quinze piges qui dès le début savatent des groupes entiers de soldats et finiront par sauver le monde après quelques affrontements chiants à crever sans aucun enjeu, non sans avoir bénéficié de power-up expéditifs pour se mettre à niveau de l'ennemi surpuissant, qui lui aussi connaîtra parfois des transformations inattendues et totalement grotesques pour fabriquer un duel final bidesque. On a aussi droit aux utilisations ridicules de notions comme la destinée ou la force des liens illustrées d'une bien belle manière dans les dialogues écrits par une collégienne exaltée par les signes avant-coureurs de la puberté. Il eut été dommage de se priver de l'humour tellement efficace d'Arakawa qui fait briller Silver Spoon, son utilisation géniale des clichés, le héros stupide, la tsundere, etc... Désopilant. Les seuls points positifs que je lui concède volontiers sont des velléités tragiques, morts de personnages, choix cornéliens, ainsi que certains rôles importants dont l'intervention reste mesurée, par exemple essentiellement du soutien ou de la manipulation des autres intervenants.
En conclusion, c'est vraiment mauvais, il n'y rien de satisfaisant dans ce titre bâclé, restez à bonne distance de cette saloperie au risque de voir votre estime d'Hiromu Arakawa chuter drastiquement pour presque atteindre celle de la foule d'auteurs d'une affligeante banalité. Depuis que j'ai lu Silver Spoon et Hero Tales, j'appréhende de redécouvrir Fullmetal Alchemist, qui m'avait pourtant laissé un excellent souvenir, de peur que m'apparaissent les limites rencontrées dans ces deux séries médiocres. Si vous ne voulez pas être habité par la même terreur, suivez mes conseils et contentez vous des aventures des frères alchimistes.