Informations générales :
Titre
Tokkô
Année de parution
2004 au Japon - 2007 en France
Statut
Terminée
Genre
Seinen - Fantastique, Policier
Auteur
Tôru Fujisawa
Editeur original
Kodansha
Editeur français
Pika
Magazine de prépublication
Gekkan Afternoon
Nombre de tomes parus
Trois
Prix
8,05€
Synopsis :
Tokyo, année 2011. La capitale japonaise connaît une hausse inexpliquée de mystérieux meurtres de masse. Ces assassinats se révèlent d’une sauvagerie sans bornes : les victimes ne sont pas seulement démembrées, mais aussi déchiquetées. Pour faire face à cette situation de crise, le département de la police métropolitaine – ou MPD – met en place une brigade mobile spéciale d’investigation : la Tokki. Partie visible de l’iceberg, cette brigade compte en son sein de nouvelles recrues dont fait partie le lieutenant Shindô Ranmaru, 24 ans. Le jeune homme s’était juré de devenir policier après la mort de ses parents, cinq ans auparavant, au cours du massacre de 382 personnes…
Si la Tokki est une branche armée officielle de la police, ce n’est pas le cas du Tokkô (Tokushu Kôanbu), une section spéciale rattachée à la Sûreté nationale, beaucoup plus mystérieuse. Ses quatre membres interviennent sur les lieux des meurtres les plus sanglants, armés de sabres. Shindô découvrira rapidement qu’il possède un lien avec ces justiciers aux caractères aussi effilés que leurs lames. Mais pour être accepté en leur sein, le jeune homme devra passer une épreuve d’intronisation des plus étranges…
Quelques pages utiles :
- http://www.manga-sanctuary.com/manga-tokko-vol-1-simple-s2865-p9991.html la page Manga Sanctuary du titre.
- http://www.pika.fr/new/node/1216 la page de l'éditeur Pika.
Quelques illustrations :
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Mon avis :
Ayant remarqué qu’à l’exception de GTO et Young GTO qui sont largement plébiscités, ce cher Tôru Fujisawa se fait allègrement uriner dessus et cracher à la gueule pour ses autres œuvres par ses lecteurs lui attribuant tous les vices du monde, la fainéantise, la traitrise, la surexploitation de ses succès, j’ai pensé que la déréliction qui touchait l’assassin de ces petits Jean-foutre d’auteurs que je suis était totalement anormale. J’ai donc décidé d’y remédier en m’attaquant à Tokkô.
On se rend rapidement compte au début de la lecture que l’on tient une histoire plus que moyenne de chasseurs de démons, pour beaucoup de raisons que je développerai ci-dessous, et on se dit que la catastrophe qui justifie qu’il essuie autant de plaintes va bientôt arriver. Trois tomes c’est court, mais trois fois plus long que le nécessaire pour se chier dessus, et on peut dire que sur ce coup, Torû a bien crépi son calecif.
Tout d’abord le scénario ne fait illusion qu’un temps, car des éléments douteux incohérents multiplient rapidement les interrogations qui ne trouveront aucune réponse. Pour commencer, le rêve du héros sort de nulle part, mais bon, on va dire que c’est une sorte d’appel du destin, pourquoi pas. Les ennuis commencent avec le massacre de Machida, près de 400 personnes déchiquetées dans un immeuble, dont l’explication officielle serait une bête sauvage. Un groupe de tigres affamés retournés se cacher juste après dans leur forêt sans doute.
Et cette explication semble convenir à tout le monde, même certaines hautes autorités de la police qui n’en ont rien à foutre, jusqu’à ce que quelques enquêteurs se penchent sur des témoignages concernant des démons. Orchestrer une grande manipulation en impliquant un gang, une secte ou un gros accident, c’était quand même pas si compliqué. Je pense que certains rêveraient d’avoir une population aussi docile. Pareil, les attaques sont en recrudescence, et il n’y a jamais eu de preuve filmée, avec toutes les caméras de surveillance et les badauds. Surement. Ah oui, j’allais presque oublier la raison de l’invasion des démons, l’ouverture de la boîte de Pandore par des moines alchimistes. Rarement entendu pareille connerie.
Le second aspect qui me gêne beaucoup concerne la nature des chasseurs et l’origine de leurs pouvoirs. On sait comment ils les obtiennent, mais on ne saura jamais pourquoi, la motivation de ceux qui les aident, ce qui me paraissait essentiel vu l’importance du geste. Le procédé à suivre n’est pas clair puisque le garçon Itsuto déroge aux règles expliquées par l’inspecteur Suzuka pour obtenir les siens. Quant au fait qu’ils soient tous dotés d’armes blanches, ça sort de nulle part quand on sait comment ils ont ces capacités vu la diversité de leurs bienfaiteurs.
Je vous disais que nous n’obtenons pas de réponse sur les fondements de cet univers car ce cher Tôru nous livre encore une de ces séries bâclées dont nous raffolons. Les deux premiers tomes concernent Shindo le héros principal devenant badass, et la conclusion est une fin ouverte sur le proche combat final pour l’humanité, avec des personnages mystérieux aperçus à la hâte en deux cases, histoire de dire que c’est plus complexe que ça, mais on en montre pas plus. Super. Le troisième tome est une histoire parallèle sur deux autres chasseurs, et si cela permet d’en montrer un peu plus sur les pouvoirs des démons et de revenir sur des événements évoqués, ça n'a pas grand intérêt.
Le problème de cette série, en plus de sa courte durée incompatible avec les exigences explicatives que le récit devrait susciter, est qu’on ne sait pas trop où veut en venir Fujisawa et s’il s’est fixé un but. En effet, les incongruités que je décris au-dessus sont à mon avis à rattacher, en plus du fait que c’est un fieffé connard, à son choix de privilégier la coexistence d’éléments qu’il avait à cœur plutôt que de leur cohérence et la construction d’un ensemble. On a l’impression qu’il a juste assouvi un délire avec cette série, comme s’il avait des envies de femme enceinte, concernant des démons, puis des épéistes, une apocalypse, des massacres, des tentacules. Au final, c’est un gros bouzin indigeste.
Concernant le dessin, ben c’est du Fujisawa, ce qui implique que c’est pas trop mal, mais pas de quoi bondir au plafond. Son chara-design peut être agréable quand il prend la peine de construire de bons personnages comme dans GTO, mais ici le duo maléfique des têtes de ballons de rugby aux cheveux Playmobil dont les sourcils émergent par-dessus, et des caricatures de personnages féminins auxquelles il faut rajouter les yeux démesurés de lémurien ne convainc pas. Pour le reste ça passe, mais on n’est jamais ébloui, le design des démons n'est par exemple pas très recherché.
La mise en scène connaît parfois des fulgurances avec un cadrage ingénieux, comme la vue en plongée dans l’impasse ensanglantée, mais d’autres cases sont mal pensées. En revanche il foire totalement les émotions dans les moments importants, avec des protagonistes censés péter les plombs à cause de la perte ou la blessure d'un proche mais qui en fait n'esquissent qu'un vague rictus de colère. Les combats sont lisibles, très sanglants mais pas spécialement dérangeants. Je ne dis pas qu’il aurait dû repousser les limites du gore pour bien faire, mais d’autres auteurs ont réussi à être bien plus convaincants et à faire émaner bien plus de leurs démons que dans notre cas d’espèce, avec ou sans torrents d’hémoglobine.
L’auteur m’a en revanche bien fait marrer avec le fanservice qu’il intègre à son œuvre, sacré Tôru, il connaît bien les ficelles pour appâter le chaland ! C'est souvent grossier et totalement gratuit, comme l’illustration en lien de Sakura sur une croix, ou l’inspecteur Suzuka qui met la tenue la plus affriolante du monde pour aller se battre. C'est plus rarement humoristique et on retrouve alors son don dans ce domaine même si c'est gras, avec Saya la sœur du héros qui provoque des accusations incestueuses.
Bref, si vous voulez lire un bon Fujisawa, une bonne série ou une bonne histoire de démons, passez votre chemin. Quant à des recommandations pour la dernière envie, j’en connais pas forcément des tonnes, mais même dans ceux qui deviennent mauvais comme Gantz ou Claymore, le début est à mille lieux de cela. Il faut cependant privilégier à tout prix Devil Man sur ce thème qui est une de mes meilleures lectures récentes.