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Number 5

ColvertAtomique
ColvertAtomique
Niveau 60
09 janvier 2022 à 19:27:41

6 mois que j’ai lu Number Five mais que la nécessité d’écrire un avis dessus me trottait en tête depuis tout ce temps. Parce que sous ses airs de manga au dessin brouillon et à l’histoire bordélique (au début), Number Five est une œuvre rare. C’est une de ces rares BD qui arrivent à te toucher au coeur, dont l’humanité te transperce quand tu tournes les dernières pages, avec la certitude d’avoir lu quelque chose d’hors du commun.
Pourtant c’était pas gagné. Après avoir lu la critique de Ein sur Number Five j’avais acheté les 2 tomes de l’intégrale sur un coup de tête et m’étais lancé dans la lecture sans aucun renseignement. C’est peu dire que le début fut laborieux. J’ai mis 3 semaines à lire le premier quart (la moitié du premier tome), j’ai même faillit abandonner là pour un temps. Les dessins très brouillons et l’histoire bordélique, difficilement compréhensible, avec ses animaux hybrides qui sortent d’on ne sait où et ce scientifique appelé « Papa » déguisé en lapin, ça me chauffait moyen. Je me demandais où étais le génie vanté par Ein dans cette œuvre.
Heureusement un week-end d’ennui je me suis replongé dedans. Et j’ai lu les 3 derniers quarts en 3-4 jours (2e partie du tome 1 et le tome 2). Et j’ai pris une énorme claque. Comme rarement une BD n’avait su le faire.

Number Five ce n’est pas seulement l’histoire du personnage éponyme. Ce n’est pas juste l’histoire d’une traque à travers le monde entier. C’est aussi l’histoire de tous les membres du conseil Rainbow, mais surtout du numéro 1, Number One, Mike Ford.
Matsumoto se concentre essentiellement sur le personnage Number Five dans la première moitié de l’histoire, mais le basculement devient progressif petit à petit pour que Mike Ford devienne le personnage central à la fin du manga.
C’est là le coup de génie de Matsumoto, renverser l’ordre et faire de ce Number One, en apparence trop beau, trop intelligent, trop gentil, trop généreux, trop parfait en somme, le maillon central de l’histoire. Plus que Number Five – qui s’enfuit pour vivre avec Matriochka un semblant de vie normale – Number One est le personnage le plus humain du récit, alors qu’il en est initialement la création la plus artificielle (de Papa).

Le début est aride, on enchaine combat et course poursuite sans beaucoup de dialogue ni d’exposition sur l’univers et les enjeux. La dernière partie du manga est tout le contraire. On oscille entre séquence onirique et dénouement des fils narratifs déroulés depuis le début. En particulier le passage où Papa raconte la véritable histoire de Matriochka, c’est déchirant, ce personnage si inutile et inexpressif (mais tellement beau) tout le long du récit prend toute sa profondeur. Cette Matriochka qui est spectateur du récit, mais en même temps un des plus beau éléments avec sa communion surnaturelle avec la nature.

Matriochka qui à la fin offrira à Mike une vision d’une beauté indicible, c’est sans doute la plus belle fin que j’ai lu dans une BD : ce petit paradis de campagne idéalisé, accompagné de tous ces enfants purs et innocents, et de Marie qui n’a en réalité jamais vraiment disparue, au moment où le rêve de Mike s'écroule.

Je pense aussi au chapitre centré sur Number Eight, c’est magnifique d’humanité. Et les passages avec les Number Five, surréalistes, oniriques, mais tellement inventifs.
Les dessins sont vraiment très moyens, c’est à la limite du brouillon, mais ça n’a pas d’importance tant ce manga est inventif, c’est un dépaysement constant, c’est certainement ce que j’ai lu de plus original et de plus créatif.
Un très grand manga.

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