Avoir aux dessins un artiste du talent de Kakizaki confère d'entrée de jeu un atout considérable à la série à laquelle il décide de se consacrer. Hideout bénéficie donc des dessins superbes de ce monsieur, caractérisés par un gros effort sur les textures et les effets de lumière qui réussissent à conférer une atmosphère très sombre et claustrophobe dans ces environnements confinés. La mise en scène par les angles et plans adoptés est elle aussi de qualité, même si on verra qu'il est difficile d'obtenir un succès sans réserve dans le domaine horrifique.
J'émettrai juste deux réserves, la première au sujet des lignes blanches que Kakizaki trace dans les moments de tension, et que j'ai toujours trouvées inutiles puisqu'elles viennent gâcher les cases les plus travaillées, même si leur utilisation est beaucoup moins prononcée ici que dans Green Blood par exemple; tandis que la seconde concerne les flashbacks immaculés et lumineux, offrant un trop grand contraste avec le déroulement de l'action dans les sombres grottes dans lesquelles les protagonistes vont connaître l'horreur.
Quant à l'histoire maintenant, le constat est beaucoup moins enthousiaste, tant à cause du genre auquel s'essaie Kakizaki que par certains choix de narration. Le registre horrifique est selon moi assez ingrat, sinon très difficile, déjà pour le septième art qui dispose de beaucoup plus d'atouts tant visuels que sonores pour provoquer le frisson, alors pour la bande dessinée la tâche est encore plus ardue. Le but n'est d'ailleurs pas nécessairement de susciter une peur réelle nécessitant l'instauration d'une ambiance, art bien différent de vulgaires jump scares, mais de prodiguer un récit prenant, captivant.
Shining en est un exemple brillant, tandis que Hideout est plutôt un échec, les causes sont selon moi le classicisme des éléments d'horreur et le développement insuffisant des personnages. Le coup des touristes qui se font attaquer lors de leur voyage dans une île tropicale, on ne compte plus les fois où on en a été témoin. L'auteur introduit un élément intéressant en toute fin de tome qui aurait mérité d'être plus développé, car il conserve un mystère sur l'identité de la menace qui n'était pas nécessaire. De plus, le format oneshot laisse supposer à des morts rapides, ce qui ne permet pas de s'attacher aux protagonistes et de trembler pour eux.
Les horreurs décrites m'ont laissé de marbre, même s'il y avait un potentiel certain. On peut regretter que Kakizaki ne les ait pas approfondies graphiquement, mais au moins on ne peut pas le taxer de taquiner les bas instincts du public. On peut noter un développement intéressant des protagonistes à l'aide de souvenirs de leur passé bien agrégés au récit, même si certaines évolutions psychologiques paraissent hâtives. Au final, Hideout n'est pas un mauvais titre au vu de ses qualités et du difficile exercice qu'il représentait, bien loin du naufrage de Green Blood, cependant il ne présente pas assez d'intérêt pour figurer parmi mes lectures estimées.