Il est temps aujourd'hui de revenir après relecture sur cette série qui avait eu un certain écho lors de sa sortie. Plusieurs raisons expliquaient cela, à savoir la courte durée du manga, orienté baston de rue, ses dessins léchés, sans oublier une communication efficace. Précisons tout de suite que le graphisme reste l'élément le plus satisfaisant du titre, bénéficiant d'une bonne profondeur de champ, d'arrière-plans souvent dessinés qui laissent peu de place aux fonds blancs, et surtout un grand dynamisme des bastons.
On peut apporter certains bémols, comme le chara-design assez classique, bien que n'étant pas rebutant, certaines imprécisions dans quelques proportions, parties du corps ou mouvements, qui ne viennent toutefois pas ternir le bilan esthétique positif. La mise en scène est très efficace, puisque le découpage précis des coups et déplacements rend les combats très lisibles et agréables à suivre. On peut en revancher critiquer la narration parfois chaotique du récit, jonglant dans certains passages entre présent et passé en tranchant brutalement certaines séquences. Tout reste compréhensible, mais ça aurait pu être mieux maîtrisé.
C'est en revanche le fond qui pêche, à cause d'un scénario bien trop conventionnel et attendu. La transformation d'adolescents chétifs en tueurs ne manque dans les mangas, c'est d'ailleurs le scénario incontournable des nekketsus, et on trouve ce développement dans le domaine des arts martiaux avec Hajime no Ippo, The Breaker ou encore Shamo. Le problème est qu'à l'instar de ce dernier illustre manga, Over Bleed est censé se dérouler dans un cadre réaliste, mais on n'arrive pas une seconde à croire à ce qui nous est conté.
Nous assistons donc à la révolte d'une crevette qui va se mettre à étaler des types balèzes afin de poursuivre sa quête. Comment ? Grâce à sa volonté par laquelle il ne craint pas la mort, des capacités d'observation hors-normes, des entraînements physiques et techniques, ainsi que de la chance. Il rivalisera avec ses combattants chevronnés d'adversaires en six mois tout au plus. A lire 28ROUND, il suffit d'avoir un peu de talent, faire quelques pompes et coups d'entraînement, et surtout une tentative de suicide, et on devient un bulldozer. Ce gosse arrive à encaisser un dixième des punchs que pourrait se ramasser Rocky dans un de ses films et à encore tenir debout.
C'est juste invraisemblable, enfin je sais pas, dans Shamo, Ryo qui a sensiblement les mêmes qualités physiques construit ses bases de combattant en plusieurs années, et à ce moment-là, il peut juste défoncer des racailles de rue. Il est encore incapable de rivaliser avec des pratiquants d'arts martiaux entraînés ou des professionnels, et devra donner tout ce qu'il a pour les égaler. Dans Over Bleed, tu veux quelque chose très fort, tu t'y consacres quelques mois et c'est dans la poche, tu peux latter des dieux du combat. De plus, les enjeux révélés à la fin de l'histoire concernant les positions des protagonistes sont assez simplistes et peu satisfaisantes.
On peut enfin être déçu de la teneur de ces bastons de rue, qui sont censées être un monde sans foi ni loi. On ne peut pourtant pas dire qu'ils mettent vraiment en application leur doctrine. Quand il leur arrive de prendre des armes, les impacts des coups ressemblent à des caresses, et pour des gens qui déclament à tort et à travers vouloir tuer tout le monde, ils laissent bien peu de gens amochés. On aurait aussi pu être témoins de formes plus diversifiées de combat, comme des gros lards utilisant des prises, du judo, du jujitsu, alors qu'on se cantonne aux certes plus répandues mais banales frappes de boxe et karaté.
En somme, un manga tout aussi dispensable qu'il avait fait de bruit.