Voici la description du voyage de ma soeur au Japon:
Lundi 17 janvier - Service raffiné pour l´empereur
C´est mon premier jour au Japon, je suis arrivée la veille à Kobé. Je suis assise à la salle à manger de l´hôtel, buvant mon café et parcourant les pages du International Herald lorsqu´un employé du Okura Kobé ( c´est le nom de l´hôtel), s´approche de moi, chronomètre en main.
«À quelle heure comptiez-vous quitter ce matin, madame ? », me demande-t-il, non sans s´être incliné plusieurs fois devant moi comme le veut la politesse nippone.
Au début, je n´étais pas certaine d´avoir bien compris. Je veux bien croire que les Japonais sont super organisés ( les bénévoles de la Conférence des Nations Unies sur la prévention des catastrophes naturelles, qui débute aujourd´hui, sont d´une efficacité redoutable) mais quand même... Surveillent-ils ainsi les allées et venues de tous les clients de l´hôtel ?
L´employé m´explique alors que l´hôtel a l´insigne honneur d´accueillir l´empereur et l´impératrice du Japon qui sont à Kobé pour la cérémonie commémorant le 10e anniversaire du tremblement de terre qui a détruit une partie de la ville il y a dix ans. La sécurité est à son maximum, il y a des agents vêtus de noir partout et si je ne sors pas de la salle à manger dans les dix prochaines minutes, j´y resterai prisonnière pour au moins la prochaine demi-heure. On ne circule pas lorsque l´empereur Akihito est là. C´était donc ça, cette haie d´honneur à la sortie de l´ascenseur! Je trouvais le service à la clientèle particulièrement raffiné dans cet hôtel...
Mardi 18 janvier - Où sont les femmes ?
On a transformé le hall de l´hôtel Portopia -où se tiennent la plupart des travaux de la conférence internationale sur la prévention des catastrophes naturelles- en véritable vitrine de la culture japonaise. Comme tout hôte qui se respecte, le Japon profite de la conférence pour faire découvrir son pays aux étrangers.
Dans un coin, des femmes vêtues du kimono traditionnel font la démonstration de la cérémonie du thé tandis qu´à leur droite, un petit orchestre composé de six femmes, elles aussi vêtues du kimono, donnent un concert de sumagoto, un instrument à une corde dont les origines remontent à plus de 1100 ans. Le concert est donné par l´Association de la préservation du sumagoto, un groupe créé en 1965 pour éviter que cet instrument traditionnel disparaisse complètement de la culture japonaise.
Si les femmes semblent jouer un rôle important dans la structure d´accueil de la conférence, elles sont beaucoup moins nombreuses à y participer.
Sur la soixantaine de journalistes présents à la conférence de presse du sous-secrétaire des Nations-Unies aux affaires humanitaires, Jan Egland, nous devions être une dizaine de femmes tout au plus.
Au symposium international sur la prévention des tsunamis, j´ai compté une douzaine de femmes sur 160 participants. Par contre, les femmes étaient plus visibles lors de la séance plénière de l´après-midi qui devait réunir plus de 1000 personnes dans la plus grande salle de banquet de l´hôtel.
Bien que la situation de la femme japonaise ait nettement évolué au cours des dernières années, il y a quand même matière à s´étonner.
Dans le train par exemple. Hier, j´ai quadrillé la ville de Kobé en compagnie de mon interprète, Aïko, une jeune Japonaise de 26 ans. Nous attendions le train lorsque mon regard a été attiré vers le sol. Dans un large rectangle vert, on pouvait lire l´inscription suivante : zone d´embarquement pour femmes seulement. Aïko m´a expliqué qu´à l´heure de pointe, certains wagons sont réservés aux femmes. Dans le métro c´est toute la journée. Il semble que certains hommes japonais aient la main baladeuse, en particulier dans les wagons bondés. Dans les transports en commun, on a donc réglé la question en imposant une ségrégation pour protéger les femmes. J´imagine que c´est moins compliqué que d´apprendre aux hommes à garder leurs mains dans leurs poches...