Au 21ème siècle, Métropolis est une immense cité fourmilière aux multiples niveaux, où la société est séparée en deux castes distinctes: d´une part, les masses laborieuses, miséreuses et emprisonnées dans des souterrains où elles travaillent en permanence sur d´énormes machines productrices d´énergie ; d´autre part, la race des Elus, fils des magnats du commerce et de l´industrie, se prélassant dans les jardins suspendus et les stades luxueux de la cité de Métropolis elle-même... Alors qu´il s´amuse à Yoshiwara avec ses amis, Freder, fils du magnat Jon Fredersen, fait la connaissance d´une mystérieuse fille d´ouvrier du nom de Maria; troublé, il va la suivre jusque dans le monde "d´en bas", et découvrir les conditions de travail misérables des ouvriers, que Maria exhorte en secret à la résignation dans l´attente d´un "Médiateur" entre le cerveau créateur et les mains bâtissantes... Mais le père de Freder découvre également la vérité, et tente d´anéantir l´espoir des ouvriers en faisant appel à un scientifique diabolique du nom de Rotwang, qui crée un robot féminin à l´image de Maria, mais naturellement tournée vers le mal et la luxure... Le robot entraîne les ouvriers à la révolte, et la ville souterraine est détruite; mais le robot maléfique est finalement détruit, et Rotwang meurt au terme d´un combat avec Freder; la réconciliation entre les deux castes se fait sur les marches d´une cathédrale; Freder et Maria seront leurs médiateurs...
Un sommet du cinéma allemand; les monstres de Caligari et Nosferatu s´effacent devant un autre cauchemar, celui de l´univers concentrationnaire... Les similitudes sont en effet troublantes entre certaines scènes du film et la sombre histoire de certains camps de la Seconde Guerre Mondiale ; Hitler s´en serait-il inspiré ? Il était en tout cas un fervent admirateur de ce film...L´histoire souffre toutefois du poids des années,et aussi peut être d´une morale en partie discutable, surtout aux yeux du contemporain...
Mais ce petit point faible scénaristique est largement compensé par la réalisation magistrale de Lang, ainsi que par la majestuosité des décors de la ville future, avec ses immeubles démesurés, ses autoroutes et monorails aériens, et son ciel embrumé où circulent des navettes volantes... Les effets spéciaux sont de toute beauté pour l´époque, notamment Hel, le gracile robot féminin, au design splendide, et la séquence de sa métamorphose en Maria...
Un film classique à voir absolument, ne serait-ce que pour pouvoir admirer, plus de soixante ans avant Blade Runner, la magnificence de cette ville utopique...