J'ai le sentiment d'avoir un lien un peu spécial avec MÄR, puisqu'il est une de mes premières lectures. Je crois qu'à ce titre en partie, mais aussi par certaines de ses qualités, j'éprouve une certaine sympathie envers ce dernier alors qu'il est pourtant extrêmement mauvais. Commençons par les dessins qui sont d'une faiblesse affligeante. Le manque de détails est permanent, les fonds blancs omniprésents, les décors parcellaires, la mise en scène loin d'être sophistiquée, et le chara-design majoritairement classique et simpliste. Pour autant, Anzai a ses fulgurances et réussit à faire émerger du papier quelques cases soignées et êtres sympathiques, comme Alan, nombre d'ennemis les plus charismatiques dont Halloween, Kimera, Ash et d'autres, ainsi qu'une part conséquente des créatures invoquées dans les combats.
Cette situation c'est un peu toute l'histoire de MÄR, une nullité crasse de laquelle émane par intermittences un charme certain. C'est exactement la même chose sur le fond, qui présente une assez invraisemblable compilation des défauts narratifs existants. Univers fantastique cliché vu mille fois, gosse rêveur incapable devenant le sauveur du monde de ses songes en danger, profondeur des personnages inexistante, gestion des protagonistes foireuse, certains débarquant de nulle part tandis que d'autres sont mis sur la touche en un claquement de doigts, événements passés relatés mais jamais explorés convenablement, invincibilité de la bande de gentils qui jamais ne connaîtra de réel échec ou ne rencontrera d'obstacle sérieux, vaines tentatives humoristiques, dialogues déplorables, déroulement de l'histoire attendu, structure narrative lourde et redondante, facilité de l'entraînement express utilisée abondamment, etc.
Bref, une faillite globale, mais qui sait parfois étonnamment susciter le plaisir. Je vais vous décrire un peu plus précisément l'organisation de la série, qui se décompose en quatre tomes d'introduction assez laborieuse, suivis de dix tomes d'un tournoi qui forme le corps principal de MÄR et lance réellement les hostilités, avant un dernier tome de conclusion. Les divers matchs consécutifs voient s'opposer l'équipe du héros et celle de l'échiquier sous la forme de duels dont le nombre et le lieu géographique changent, la victoire se faisant à la majorité, sachant que la défaite du chef d'équipe est éliminatoire. Le procédé est certes pataud, balisé à l'excès et convenu, mais néanmoins sied bien à un auteur tel Anzai se révélant extrêmement limité, à l'instar de ce cadre restrictif qui permet sans trop d'efforts de mettre en valeur des qualités simples.
Le nombre des rencontres compense quelque peu le rythme rébarbatif et l'absence de tout suspens en jouant sur la diversité des ennemis rencontrés et leur montée progressive en puissance vers les plus éminents opposants introduits en cours d'intrigue, dont on attend les prestations. L'histoire sait se départir du manichéisme auquel on assiste habituellement, surtout du côté de l'échiquier, par la cruauté dont peuvent faire preuve leurs membres les uns envers les autres, mais surtout par l'homogénéité des profils, allant du commandant à la motivation bidon de haine infondée des humains mais au caractère bienveillant voire laxiste envers ses soldats qui ont quelques flashbacks bien sentis, ces derniers pouvant partager ou non sa vision, le rejoignant par fidélité, fanatisme, mais aussi amour du combat, volonté de détruire ou simplement pour s'aligner du côté du vainqueur. Même l'aura de pureté de la bande de gosses faisant triompher le bien est entachée par certaines exactions de leurs prédécesseurs.
En définitive, MÄR apparaît comme un manga dont le potentiel aurait pu donner quelque chose s'il avait été confié entre les mains de professionnels compétents. Il aurait suffi de graphismes enrichis, d'un développement plus original et d'une intrigue approfondie tirant avantage de la première guerre contre l'échiquier évoquée pour, une fois alliés avec les inspirations d'Anzai, commencer à donner un résultat intéressant. Mais trêve de babillages, car comme dirait l'autre, avec des si, One Piece serait un manga correct. MÄR s'apparente à une introduction jeunesse à la bande dessinée nippone, au nekketsu pour les nuls, à une rudimentaire épopée fantastique bas de gamme enfantine malgré quelques subtilités. Indication pour le tri sélectif, à foutre à la benne des nekketsus de merde.