Cher lecteur,
SYNOPSIS
Kazuhiko Amamiya, Kiyoshi Murata, Shinji Nishizono... autant de personnes qui semblent cohabiter dans un seul et unique corps, celui du respectable inspecteur de police Yôsuke Kobayashi. Mais depuis le jour où son amie s´est fait sauvagement agresser par un dément en cavale, les autres, au comportements déjà moins avouables, s´emparent sans crier gare de son esprit torturé. Entre le camé mal dans sa peau et le tueur psychopathe qui ne se satisfait que par un meurtre sanglant, les cadavres continuent de s´amonceler autour de cette sombre et mystérieuse affaire ayant pour seul point commun des yeux marqués d´un code-barres...
AVIS
Attendu en France depuis longtemps par beaucoup d´amateurs de la bande dessinée japonaise (dont je fais partie), ce manga "expérimental" signé Eiji Ôtsuka et Shô-U Tajima est sans conteste possible une œuvre qui fera parler d´elle, aussi bien dans le bon que dans le mauvais sens du terme. Extrêmement dérangeante dans son approche visuelle et verbale, voire malsaine, cette histoire raconte la vie d´un homme atteint de schizophrénie chronique qui passe tantôt d´un comportement calme et posé à celui d´un tueur en série que la vue du sang excite jusqu´à atteindre un degré de perversion monstrueuse... entre autres choses. Les affres de la personnalité de cet individu sont montrées de manière progressive tout le long de ce thriller où la violence atteint des sommets en matière de démence. Les "personnalités" – déjà nombreuses – que le personnage principal incarne malgré lui se dévoilent ainsi à chaque nouveau chapitre de ce premier volume ; ce qui tend à faire penser qu´il s´en cache peut-être beaucoup plus à l´intérieur. Des meurtres sanguinaires et extrêmement détaillés, des mises en scène qui se situent dans le domaine de l´aliénation pure et simple (l´affaire des "flowers angel"), un récit qui tourne principalement autour de ce personnage intriguant et inquiétant, même si paradoxalement une touche d´"humour" est apparente de par quelques personnages secondaires, on se demande après ça où le scénariste veut en venir, si ce n´est faire découvrir au lecteur jusqu´où la folie d´un homme peut aller, ou qu´hormis la violence "classique" qu´on voit à droite à gauche dans divers "divertissements", il en existe une autre plus réelle, qui côtoie le quotidien de tout individu. Bref, que la notion de "mort" n´est pas quelque chose à prendre à la légère. Et c´est en partie grâce à la dureté et à la justesse du dessin du mangaka Shô-U Tajima qu´il est parvenu à ses fins. Le seul point un peu dommage vient peut-être de cette seconde intrigue qui s´installe autour des ces fameux codes-barres, qui sont là comme une sorte de justification à ces comportements dérangés. Pourquoi ne pas avoir laissé libre cours à quelque chose de plus... fou ? Pourquoi chercher à tout prix un embryon d´explication ? Seule la suite nous le dira.
Niveau esthétisme, il n´y a vraiment rien à redire. Certes les décors ne sont pas à 100 % naturels (photos), mais le style graphique de Shô-U Tajima est si épuré, si fin, qu´il transcende le tout. Comparable évidemment à celui d´Atsushi Kamijô et Hiroyuki Asada vu qu´ils se connaissent, on dira néanmoins qu´il dépasse d´une courte tête ceux de ses confrères. Plus mature et plus aguicheur (dans le bon sens), le dessin de cet artiste est en plus épaulé par un cadrage efficace et travaillé.
Certes le thème de la schizophrénie n´est pas nouveau en manga (on se rappellera du mémorable Sensui de Yuyu Hakusho), mais le travail accompli par Ôtsuka et Tajima est si impressionnant de justesse et de détails qu´il en devient passionnant et totalement extraordinaire. Un manga à proscrire évidemment aux plus sensibles de par son extrême violence, mais qui reste un cas à part dans le marché déjà si vaste de la bande dessinée japonaise en France. À découvrir sans attendre.
ADAPTATION FRANÇAISE
Pika Edition a mis les petits plats dans les grands et ça se voit : format et épaisseur très proches de la version originale, sérigraphie (relief) en première de couverture, toujours comme en version originale, mais ça reste moins prononcé, un très bon papier pour une reliure agréable et facile à manipuler, des pages en couleurs, un page calque, bref, ça fait plaisir à voir. La traduction semble de bonne facture même si ça fait toujours bizarre de voir que certains traducteurs continuent de mettre les noms de famille avant les prénoms alors que la plupart fait le contraire, le lettrage est impeccable, les onomatopées sympathiques, se fondant bien aux planches. On relève une petite coquille pour finir histoire de dire que rien n´est parfait en ce bas monde : le titre du chapitre 5 apparaît comme étant celui du 4. Le prix est assez conséquent, mais le travail est d´une excellente qualité. Sens de lecture japonais évidemment, ce serait un crime que d´inverser ("effet de miroir" que les dessinateurs connaissent) les si beaux dessins de Shô-U Tajima.
http://www.the-ryoweb.com/critiques_manga/critiques/jaquettes/mpd/01.jpg
Titre :
MPD Psycho
Titre original :
MPD Psycho - Tajûjinkaku Tantei Saiko
Auteur(s) :
Eiji Ôtsuka / Shô-U Tajima
Éditeur :
Pika
Nombre de volumes :
- En France :
1(en cours)
- Au Japon :
9(en cours)
Prix indicatif :
7,90 €
Qui l´a vu ? 