«Whaaa, j'ai encore perdu un pied !
-Qu'est ce qui se passe ?
-Oh, regardez, une chauve-souris géante zombi !
-À l'aaaaaaide !
- GHARBLAH GARBLAH GARBLAH!
-Qui a mis du vomi sur le mur ?
-GERTRUDE TOUTE PUISSANTE J'AVAIS POURTANT BIEN FAIT GAFFE À NERFER LES ZOMBIIIIIES ! 
-Oh, regardez, un troll de la nuit zombi !
-Ah non, pas ma main, j'en ai besoin !
-Au secouuuuuuurs !»
Les cadavres ambulants débarquant en plein milieu du Grand Hall avaient fait l'effet d'un coup de botte cloutée dans une fourmilière d'insectes bourrés.
Le troll avait réussi à faire deux morts chez les miliciens et un nombre incalculable de blessés, avant d'être abattu par la hache d'un Bomrek ivre tentant de faire un concours de lancer avec un camarade de beuverie. La chauve-souris s'était encastrée dans le plafond en esquivant les flèches, mais comme personne ne savait si elle était encore en vie, et qu'on ne pouvait alors pas la laisser là, il fut décidé qu'il allait falloir la déloger.
Doren inspectait dubitativement la vingtaine de Nains tentant de bâtir de leur corps un escabeau vivant appuyé à une des larges colonnes de pierre de la salle, lorsque une main poilue lui attrapa l'épaule.
«Allez, on se tire de là, Doren, fit la voix de Morul, on reste pas dans cette enfer un jour de plus.
-Quoi, déjà ? s'étonna la Naine. On avait dit qu'on restait encore au moins deux semaines ?
-Ouais mais en fait c'est beaucoup trop, on se tire maintenant.
-Mais... Et ce que nous a promis le Forgeron ?
-Au diable ce Istam ! Cette ville est devenue complètement barge. En trois semaines, elle a le temps de subir quatre sièges et d'exploser huit fois. Non, vraiment, il faut partir maintenant avant la spirale de la mort.
-Mais j'ai pas envie de partir maintenant ! protesta Doren.
-Et bien reste, rétorqua son frère. Tu es une grande fille, tu fais ce que tu veux. Mais moi je tiens beaucoup trop à la vie pour avoir envie d'être dans le coin quand tout va péter.
-Arrête, tu sais bien que je ne vais pas te laisser partir tout seul encore une fois ! Ne me force pas à...
-... Je pars ce soir. Si tu veux venir, retrouve moi dans la cour...»
___
«Tu t'en vas déjà ? s'étonna McEdern, appuyé contre la porte de la chambre de Doren, gracieusement prêtée par le Consul, alors que cette dernière préparait son paquetage.
-Yep, répondit-elle. Morul pense que la cité est au bord de l'explosion, et veut partir sur le champ. Et j'ai pas envie qu'on se sépare, on a passé trop longtemps loin de l'autre.
-... Je comprends. Tu penses revenir vite ?
-Boarf, lâcha la Naine nonchalamment en se levant, je penses que ça lui passera vite.»
Elle fixa longuement le Capitaine dans les yeux, avant de sourire et de quitter la pièce en lui assénant une tape amicale.
«Allez, essaye d'être encore en vie quand je reviendrais.»
Edern la regarda disparaître dans les couloirs, un sourire un peu niais fixé au visage.
«... Merde ! Les mort-vivants ! se rappela-t-il soudain, avant de courir vers le Grand Hall.
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Morul était assis sur son sac dans la cour, caressant machinalement les oreilles de Bouboules, tandis que ce dernier lui bavait allègrement sur la cuisse. Perdu dans ses pensées, il songeait à la traque d'une gazelle bien juteuse lorsqu'une voix claire le ramena à la réalité:
«Oh, je me suis vraiment bien paumé, cette fois, je crois. Dîtes moi, mon brave, où suis-je ?»
Le chasseur leva les yeux et aperçut un Elfe roux aux yeux bleus, équipé d'une modeste armure de fer et à l'allure de touriste.
«Vous êtes à Cornedebouc, M'sire, répondit-il, mais y'a pas grand chose à voir ici.
-Oh, Cornedebouc ? Quel nom... intéressant. Je suppose que ça vient de cette étrange excroissance qui sort de la falaise ?
-Oh ça ? Oh non, c'est notre ingénieur qui a raté un truc et a catapulté un pilier à travers le Grand Hall. Ça a traversé la roche, et on a pas encore réussi à le retirer. Non, je sais pas trop d'où vient ce nom. Mais vu la tronche de ceux qui ont fondé la cité, ça ne m'étonne qu'à moitié qu'ils aient choisi un truc aussi débile.
-Je... vois,» lâcha alors l'inconnu.
Morul rebaissa la tête. Il attendit quelques instants, puis releva les yeux et s'aperçut que l'autre le fixait toujours. Il avait l'air d'attendre quelque chose. Le chasseur étudia son visage, essayant de comprendre quoi.
«Oh, fit le roux, je crois que quelqu'un a reconnu un certain Elfe, et a son nom sur le bout de la langue !
-Eh bien, à vrai dire, euh...
-Laissez-moi vous aider ! sourit-il, droit et fier. Je suis l'auteur de l'incontournable, du sublime Du Troll et de la Consommation de Poulet, je suppose que l'homme cultivé que vous êtes l'a sûrement déjà lu.
-Que... quoi ?
-... Je suis vraiment arrivé dans un trou paumé, on dirait. Que des idiots incult...
-Bon, désolé de vous laisser comme ça, messire, coupa Morul en se levant, mais je dois y aller.
-Oui oui, allez y, faîtes, faîtes,» grogna l'Elfe.
Doren arriva près du chasseur. Ce dernier mit son sac en bandoulière, puis commença à s'en aller.
«Eh bien, sur ce, dit-il à l'inconnu, bon séjour à Cornedebouc, Monelfe ...?
-Osman, lâcha l'autre. Osman Bonsaffran.»