Le suspens est total quant à savoir s'il finira comme Al Capone ou plutôt comme Escobar. ![]()
mort vivant chez Kamuk
Putain. ![]()
Et j'avais dit quelle serait la réaction du prêtre s'il voyait une de ces horreurs. Que sait-il exactement de sa provenance?
J'aurai le temps de terminer mon chapitre la semaine prochaine (normalement
), j'ajouterai les conséquences de ces conneries. Bravo à Cody qui vient de métaphoriquement décharger Tholtig sur les plans de son perso. ![]()
Il n'osait imaginer ce qu'il se produirait si un humain découvrait le rongeur ici, mais dans l'absolu une chose était certaine : cela signifierait la fin de leur petit commerce.
Voilà pourquoi donner des munitions au prêtre est une mauvaise idée. ![]()
Mais sérieusement, Kamuk ne laissera pas passer cette hérésie en se contentant de taper du pied et de dire qu'il n'en veut pas chez lui. Il va traquer sa source et mobiliser toute son influence pour qu'elle cesse d'être une menace. C'était exactement ce que je voulais éviter, mais tant pis.
dieux
Plutôt que leur existence qui est avérée (c'est-à-dire qu'il existe des puissances qui ont eu, ont encore ou n'ont plus d'influence sur le monde), je suis pour que leur nature ne soit pas expliquée. ![]()
mention de När
Décidément. ![]()
När tel qu'il est décrit dans les textes de la Roue d'Argent est une entité tellement différente - d'une envergure tellement supérieure au monde réel et physique - qu'il m'est difficile de me le représenter sous un avatar humain comme les autres dieux. Istam avait d'ailleurs déclaré que les dieux tels que les nains les vénèrent sont des fragments de son Âme. Dans cette conception, ils ne sont que des morceaux infiniment petits de la conscience originelle et le dialogue n'a plus de sens. Qu'ils soient seulement conscients de leur nature est une hypothèse, et qu'ils parlent ainsi de När une aberration.
Et là tu va me dire "oui mais tu t'appropries toute la mythologie avec tes conneries et tu empêches tout le monde de jouer avec ou de toucher à tes mythes". Et non, parce que c'est justement un mythe, c'est-à-dire un ensemble de récits des origines qui ont émergé d'éléments véritables car le monde est magique mais ont été assemblés par des érudits mortels dont la seule certitude est qu'il doit bien y avoir quelque chose. Nous en avions parlé dans une discussion ayant commencé en page 221 (ou avant si on compte le chapitre d'Ange l'ayant provoqué), mais laisser cette incertitude est pour moi nécessaire pour éviter un conflit de concepts qui réduirait la liberté d'inventer ce que l'on veut. Parce que rien n'est avéré, tout fonctionne et les incohérences sont ignorées. Si tout est vrai, le premier à écrire est celui qui établi le "véritable" mythe et personne d'autre ne peut y contrevenir. Et en l'occurrence, je suis le premier. ![]()
C'est un assez long pavé pour quelques lignes, alors je vais m'arrêter là. Désolé de te tomber dessus pour ce qui n'était probablement pensé que comme un clin d'oeil sympathique, mais c'est un parfait exemple des problèmes soulevés lorsque trop de gens veulent leur mythe à eux et insistent pour que tout soit vrai et que leur arc scénaristique mette en scène des entités d'une envergure toujours croissante. Pour la suite, considérer que När n'a jamais été mentionné et que les entités de son mythe existent (si elles existent) dans des plans différents et isolés est probablement un bon moyen de retomber sur nos pattes. ![]()
Je ne sais pas ce que lui et ses paires deviennent
Laisse tes Gonades loin de När, il n'a rien à voir avec tout ça. ![]()
-Nous n'avons pas forcément besoin d'eux. Voyez plus large. Et si, au lieu de considérer les Trompois comme une contrainte, nous les envisagions comme une occasion de prendre un nouveau départ ? Ils ont déjà entrepris de grands aménagements ici, l'idée pourrait leur plaire ou, au minimum, ne pas les déranger. »
Il a de l'ambition pour un mourant. ![]()
Scar devrait se dépêcher de rentrer. ![]()
« Je connais des gens qui pourraient nous aider à lutter si nécessaire. Et puis, vous n'allez pas me dire qu'un peu d'action vous effraie ? »
S'ils font ça durant l'occupation, ils feraient mieux d'avoir peur. Icar-Deng n'appréciera sans doute pas beaucoup les troubles, et Kogan veut probablement éviter d'attirer l'attention sur lui. ![]()
Le patron s'arrêta net. Sans se retourner, Kogan Mastersausage passa la tête par dessus son épaule et lui sourit.
« A volonté. »
Maintenant que des nains savent pour ses activités, je suppose que la rumeur va se propager dans certains cercles. Prendre des risques est facile quand on n'a plus longtemps à vivre. ![]()
J'en rajoute un peu. ![]()
et la Roue d'Argent qui tourne autour de ses dieux dont l'existence est quasiment assurée vu ce qu'ils ont fait.
Je ne comprend pas de quoi tu parles.
J'ai même pas lu mais je suis trop fatigué pour me défendre.
Je te comprend, j'étais presque trop fatigué pour poster. ![]()
C'est un rare niveau de couillarderie que de supprimer un chapitre ainsi ![]()
Ça demande presque la saisine du Tribunal du Forum
TheCody a écrit :
*supprime les posts* 
![]()
Tu es au courant que si quelqu'un poste un mini-chapitre avant que tu repostes les tiens et qu'il contredit un de tes passages, cela invalidera automatiquement le tien ?

edit : *Commence à écrire*
C'est un rare niveau de couillarderie que de supprimer un chapitre ainsi
Ça demande presque la saisine du Tribunal du Forum
Écoute j'ai lu le début avec Kamuk, je me suis dit que sa réaction après mon passage n'était pas forcément de mon ressort. ![]()
Ensuite j'ai aperçu le mot "När", alors que pour éviter de trop poser de problème je me suis contenté d'écrire son nom et "ses paires", restant ainsi très très très vague mais apparemment j'ai merdé et je n'ai même pas envie de savoir en quoi. ![]()
Ah si aussi j'ai lu la toute fin, ça me semblait logique que les employés de Kogan sachent ce qu'ils sont censés protéger -et de toute manière ils l'auraient découvert par eux-mêmes s'ils dormaient à l'auberge-, c'était déjà le cas pour les personnages non nommés qui bossaient pour lui avant l'arrivée des deux Obserochois. Mais visiblement ça pose aussi problème. ![]()
Bref, tant pis, je vais trouver un truc qui occupe vaguement Kogan en attendant qu'Istam lui fasse signe.
Bon, je n'ai lu aucun des messages parlant du chapitre pour ne pas me spoiler, donc je ne sais absolument pas ce qui se passe. ![]()
Dépêche-toi de reposter, espèce de fourbe ! ![]()
Ensuite j'ai aperçu le mot "När", alors que pour éviter de trop poser de problème je me suis contenté d'écrire son nom et "ses paires", restant ainsi très très très vague mais apparemment j'ai merdé et je n'ai même pas envie de savoir en quoi.
Je t'encourage vraiment à lire mon post si tu ne l'a pas déjà fait, je ne t'y insulte à aucun endroit. ![]()
Si tu veux seulement savoir le type d'erreur, c'est une erreur sur le concept même d'une entité (När) entraînant un commentaire sur le problème des différentes conceptions que nous avons des mythes de ce monde et sur la nécessité selon moi d'accepter qu'aucun d'eux n'est absolument vrai pour éviter de créer des incohérences majeures.
Et le "paires" n'était donc pas une faute? Je ne vois pas du tout ce que c'est. ![]()
Pour Kamuk, j'avais dit à plusieurs reprises qu'il partirait en guerre sainte s'il voyait un mort vivant, et sa réaction dans ton chapitre est loin de la violence fanatique d'un nain qui voit la nature même de son dieu bafouée.
Ah si aussi j'ai lu la toute fin, ça me semblait logique que les employés de Kogan sachent ce qu'ils sont censés protéger -et de toute manière ils l'auraient découvert par eux-mêmes s'ils dormaient à l'auberge-, c'était déjà le cas pour les personnages non nommés qui bossaient pour lui avant l'arrivée des deux Obserochois. Mais visiblement ça pose aussi problème.
Absolument pas, le reste du chapitre est parfait en ce qui me concerne, et il annonce des choses intéressantes.
Tu devrais d'ailleurs le reposter. Les deux problèmes que j'y trouve sont sur des détails du chapitres (ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas importants, mais ton chapitre ne dépend pas d'eux et aurait du sens même sans eux). Ils s'apparentent à des erreurs d'utilisation de persos, et personne n'a jamais supprimé de chapitre pour ça. ![]()
Alex
Le chapitre de Cody contient une erreur majeure sur ce que j'avais annoncé être la réaction d'un de mes persos à un événement, ainsi qu'une autre où il a soit mal compris un passage d'un de mes chapitres soit décidé que sa conception des choses valait bien le fait d'ignorer grassement la mienne, et je rappelais avoir déjà abordé le sujet et proposé une solution ou personne n'a tort.
![]()
edit : Et du coup il l'a supprimé parce qu'il aime bien supprimer ses posts de temps en temps. ![]()
Oh. ![]()
Toujours pour ne pas me spoiler, je ne lirai pas les messages précédant cette explication, donc j'ignore les éléments exacts impliqués. Cependant :
Cody, cette histoire possède déjà de nombreuses erreurs de continuité et d'erreurs sur les personnages. On en a tous fait, sans exception. Et jusque-là, personne n'a réclamé que l'infâme sceau de la non-canonicité soit appliqué au chapitre d'un autre pour l'une de ces raisons. Donc tu me repostes ce chapitre fissa, quel qu'ait été son contenu. ![]()
Bon, évidemment, cela ne veut pas dire que la non-canonicité ne sera jamais appliquée à l'avenir, mais on en est pas encore arrivé là, quoi.
Oh et d'ailleurs, je tiens à rappeler qu'Usul et moi-même avons chacun avancé le principe des "dieux muets" qui ont cessé leurs interventions et leurs conversations avec les mortels ![]()
Non justement, ton chapitre ayant évoqué cela est à l'origine de la conversation que j'ai cité à Cody et je t'avais en quelque sorte fait le même reproche. ![]()
Edit : ou plutôt pas tout à fait, car j'étais bien d'accord avec le principe d'interventions divines ou magiques laissées au minimum.
-----[PREMIÈRE NÉCESSITÉ: LA CHUTE DES EMPIRES]-----
Et malheur à ceux
Qui Le connaissent avant l'heure
Car pour eux, âmes en sursis
Le second, Son ventre reposant
De là où se rencontrent
Les larmes et les cendres
Enverra Ses enfants
Un jour, Son ventre émergera
Et à ce moment commencera
L'ère de l'Ama-Apaca
[---]
La vue était belle, depuis les sous-bois des hauteurs du plateau bordant Cornedebouc. Nocam n'avait pas eu l'occasion de revenir ici depuis le siège, mais il se souvenait toujours de sa première impression en voyant ce relief majestueux et la ville à ses pieds, des semaines auparavant : c'était définitivement beau. En contrebas, conformément aux ordres de l'état-major, il voyait les échafaudages en bois et les tours s'élever lentement, ridicules comparés au pic montagneux qui se dressait fièrement derrière. La promiscuité et le bruit inévitables dans une armée de plusieurs milliers d'hommes commençaient à le fatiguer, et il avait reçu sa nouvelle affectation avec joie : relever les collets destinés à nourrir la troupe. Un peu de tranquillité ne lui ferait pas de mal. Enfin, ne lui auraient pas fait de mal si...
« Ce piège là aussi est vide, chef ! » s'exclama un soldat dans son dos.
« Et ça ne risque pas de changer si tu gueules comme ça, crétin ! » le réprimanda son sergent. « Tu vas faire fuir toutes les bestioles du coin ! »
L'homme ouvrit la bouche tout rond pendant un instant, mais décida finalement de se taire. Nocam reprit plus bas :
« Bon, où sont passés Umo et Engi ?
-Par là-bas je cr... »
Un beuglement inhumain couvrit la fin de sa phrase, provenant exactement de la direction qu'il pointait du bout de sa lance. Les deux humains échangèrent un regard bref, puis se mirent à courir à travers les broussailles vers l'origine du bruit. Après quelques instants de course dans les fougères, ils arrivèrent dans une clairière faiblement éclairée par les rayons du zénith qui coulaient entre les frondaisons. Au sol, la terre était en désordre et l'herbe retournée.
« … Dis, ça sent bizarre non ? »
Il n'entendit pas la réponse de son subalterne, mais il vit clairement un mur de métal sortir des fourrées pour le percuter sur toute la surface de son corps. Un choc inattendu. Froid et violent. Le sergent se sentit planer un instant, avant qu'un tronc d'arbre ne stoppe sa course. Gisant au milieu des racines, luttant pour rester conscient -il avait vu pire pendant les Guerres d'Unification-, il distingua d'un œil flou la silhouette de son homme qui se faisait trancher en deux. Puis d'autres membres de son peloton qui l'avaient accompagné chasser firent irruption dans la clairière en divers endroits. Nocam vit leurs traits se déformer de terreur, et il porta un regard désormais plus net vers la créature qu'ils cernaient de leurs lances.
Une montagne de muscle hirsute maniant une énorme hache à double tranchant et surmontée d'une tête de taureau enragée. Deux yeux d'un noir absolu qui réclamaient le sang. Aucun doute possible. Ça, il n'en avait jamais vu.
Il fallut quelques secondes à Nocam pour se lever et se ressaisir complètement. Il en fallut beaucoup moins à la bête pour massacrer la dizaine de Trompois qui tentaient vainement de l'arrêter. Guidée par une rage animale, sa lame de bronze fendait la clairière en récoltant des vies humaines. Le sergent, en militaire expérimenté, avait immédiatement adopté les mesures stratégiques de mise lorsque confronté à un adversaire plus puissant : quand le minotaure tourna ses naseaux palpitants vers lui, satisfait de son carnage, Nocam prenait déjà la fuite vers la lisière de la forêt. Ses pieds nus le portaient aussi vite que possible vers le camp fortifié devant Cornedebouc, où il espérait trouver des renforts. Tout en tentant d'ignorer les fougères qui lui fouettaient les mollets, il devina avec effroi qu'un homme ne serait hélas jamais plus rapide que des sabots. Il croisa à la sortie d'un bosquet un des derniers membres de son escouade, qui lui adressa un regard surpris quand l'officier le dépassa sans mot dire. Un ultime cri de douleur informa Nocam que ses éventuelles questions avaient dû trouver leur réponse, en lui achetant deux ou trois secondes d'avance au passage. Mais même avec cette courte distraction, le monstre sur ses talons regagnait du terrain et le galop d'une tonne de fureur bestiale rattrapait inexorablement les oreilles du sergent. Bientôt, il sentit un souffle chaud, non pas dans sa nuque, mais sur la totalité de son dos. Le Trompois eut l'impression que cette respiration brûlante se changeait en une bourrasque glaciale lorsqu'elle ne se trouva plus qu'à moins de deux mètres de lui, et il ferma les yeux sans cesser de courir. La mort frappa, dans un craquement sec et un mugissement de colère.
A moins que ce ne soit pas la mort.
Après avoir osé ouvrir un œil qu'il jeta prestement par dessus son épaule, le vétéran constata que le monstre avait coincé ses cornes massives entre deux chênes à l'écorce fendue. Dans les orbites enragées du minotaure, il voyait luire un espoir de survie qui lui insuffla assez de force pour accélérer la cadence. Malheureusement, ce court répit prit fin quand la bête se dégagea le passage en pulvérisant son piège végétal d'un coup de tête haineux. Elle reprit la poursuite de plus belle, broyant la forêt sous ses sabots puissants. Une trentaine de mètres devant elle, Nocam la fixait toujours d'un regard trouble. Entre les branchages épais, il voyait tantôt la silhouette implacable qui le chargeait, tantôt des visions fugaces de son propre corps démembré. Le sergent filait droit devant lui, même si ses jambes épuisées le suppliaient d'accepter son sort. Il allait crever ici, tout seul au milieu d'un bois étranger, tout ça pour trois lapins et deux mulots qui nourriraient à peine une escouade. Alors que la face de bœuf apparaissait désormais clairement dans ses pupilles dilatées de terreur, la seule chose qui lui signifiait qu'il était encore momentanément en vie était la morsure des branches sèches sous chacun de ses pas. Puis même cette douleur disparut. Plus rien sous ses pieds meurtris.
Nocam se sentit partir. En avant. Puis en arrière. Il était secoué, jeté dans tous les sens, complètement désorienté tandis que des chocs bruts se succédaient rapidement sur toute la surface de son corps. Pourtant, entre deux impacts, il croyait distinguer la forêt et le minotaure qui s'éloignaient. Il comprit alors avec soulagement et douleur qu'il avait enfin atteint la sortie des bois et était en train de dévaler la pente menant à la ville en contrebas. En priant pour éviter une fracture aux jambes, le Trompois accepta sa chute et attendit qu'un sol stable lui indique qu'il pouvait se relever. Sans perdre de temps à regarder la bête qui, il le savait, s'était déjà élancée depuis longtemps derrière lui, Nocam eut besoin d'un instant pour se repérer. A près de cent mètres devant lui, le Quartier des Fumées. Là-bas, ses congénères commençaient les travaux d'un camp fortifié. Ensemble, ils étaient certains de vaincre le monstre. Il pouvait le faire.
L'humain redémarra au pas de course, sans se formaliser du galopement fatal qui se rapprochait une fois de plus. L'herbe fraîche soulageait légèrement ses talons endoloris, mais même sur terrain plat il ne pourrait jamais distancer la rage d'un minotaure. L'étendue le séparant de la ville défila sous ses yeux comme s'il eut été un oiseau de proie planant sur une prairie. Le souffle court, il émergea dans l'enceinte du camp par un trou dans la muraille de rondin temporaire, s'appuya sur un support quelconque pour éviter de s'écrouler de fatigue, puis hurla enfin :
« ALERTE ! »
Le temps se suspendit un instant pendant que les soldats et travailleurs présents tournaient vers lui des regards incrédules. Comme pour lui donner raison, le rempart de bois derrière lui éclata soudain en milliers de fragments, envoyant voler les échafaudages qui le soutenaient, les ouvriers dessus et leurs heures de labeur. Tous virent un minotaure se dresser dans la pluie d'échardes. Quand ils distinguèrent sa hache sanguinolente, les maçons lâchèrent leurs outils tandis que les fantassins serrèrent fermement leurs lances. Certains tentèrent de fuir. D'autres, trop proches, n'eurent d'autre choix que de lutter. Pris malgré lui dans la mêlée, Nocam reçut un violent coup de corne qui le souleva du sol dans un nuage de poussière. Il vola une fraction de seconde au milieu des cris de terreur. De nouveau sonné, il se réveilla sur une pile de blocs de pierre. Déjà, le minotaure s'était débarrassé de la plupart de ses opposants qui n'avaient pas pris la fuite. Il mit fin aux hurlement d'un soldat à terre en écrasant sa bouche sous son sabot avant de tourner ses yeux de jais vers le sergent. En plus d'une rage toujours intacte, on y lisait l'impatience d'achever cette proie qui lui échappait depuis si longtemps. Au milieu de la fumée, des débris et du sang, la créature apparaissait comme l'incarnation d'une volonté de meurtre, simple, mais aussi implacable que la vengeance d'un dieu. Soulevant sa hache à deux mains, il avança vers sa cible. Plus besoin de galoper, désormais. Nocam était épuisé, assomé, et malgré tous ses efforts il n'arrivait plus à forcer son corps à bouger. Pourtant, il n'arrivait pas non plus à se résigner et persista inutilement à se débattre dans les gravats. Il voulut pousser un ultime cri mais ses lèvres s'ouvrirent sur le silence tandis que ses yeux écarquillées de peur reflétaient le monstre qui se dressait devant lui. Puis un éclair blanc fendit l'air pour se planter dans la nuque du minotaure, et ce fut à son tour d'hurler de douleur. Le colosse s'effondra aux pieds de l'officier, et ses larges naseaux libérèrent un dernier souffle tiède au visage de Nocam. Maintenant, une nouvelle silhouette imposante se détachait à contre-jour sur le soleil de midi, debout sur le corps de la bête. En quelque sorte, un autre envoyé divin.
« Rassemblez les corps et donnez-leurs des funérailles décentes. » ordonna Bemehring en extrayant sa lance du cadavre.
« Général...
-Je veux que trois sections patrouillent la forêt jour et nuit. Que la région soit sûre. Et reprenez les travaux dès que possible. Moi, je vais faire mon rapport à notre roi. »
Il se mit en marche vers les portes de Cornedebouc pendant que Nocam peinait à se relever. Son subalterne le regardait s'éloigner sans parvenir à dire un mot.
« Exécution. »
[---]
Keshan leva la tête du comptoir en entendant le fracas de la rue s'élever puis se taire subitement quand l'humain ferma la porte. Elle cessa ses calculs et rangea le livre de comptabilité sous le bar en reconnaissant le visiteur. Sans même lever les yeux du sol, celui-ci avança vers elle avant de s'affaler sur un tabouret.
« N'importe. » lâcha Nocam.
Tout en le fixant de ses yeux verts, la gamine sortit une des chopes qu'elle venait de nettoyer, la remplit de bière des profondeurs -les hommes, elle le savait, appréciaient rarement les boissons naines- puis la fit glisser jusqu'au client, n'osant trop s'approcher de lui.
« Veux chambre. Et naine. N'importe.
-Kogan a besoin d'toi.
-Vois après.
-Il y aura pas de « après » si tu t'dépêches pas ! » s'exclama, la rouquine.
Le sergent décrocha les yeux du parquet pour les lever au ciel avant de pousser un profond soupir et de boire une rasade.
« Sera pas gratuit. » annonça-t-il.
« Tu sais qu'y aura pas de problème pour ça.
-Alors, quoi vouloir ? »
Keshan s'arrêta un instant pour tenter de maîtriser sa voix qui, elle le sentait, était bien trop aiguë. Elle inspira un grand coup.
« Tes amis l'ont emmené aux catacombes, chez un prêtre qui s'occupe des malades. Ils vont le surveiller là-bas jusqu'à ce qu'il soit guéri mais en fait il est pas malade et il s'fait passer pour quelqu'un d'autre. Il a besoin de sortir de temps en temps, et il veut qu'tu l'aides à s'échapper sans qu'les autres humains s'en rendent compte. »
Nocam resta interdit en fixant sa bière. En plus d'être efficace, ce nain était presque aussi distrayant que les services qu'il proposait. Malheureusement, le soldat venait d'apprendre qu'il risquait de rester en garnison dans la ville pour plusieurs mois, et il se voyait mal se passer desdits services pendant tout ce temps. Pour lui, Mastersausage était devenu plutôt nécessaire.
Il avala une autre gorgée puis réfléchit. Le bon côté,c'est qu'avec ce qu'il venait de se passer, son capitaine allait probablement les laisser, lui et son escouade, se mettre au frais pour un moment s'ils le désiraient. Écartant une vision de bronze et de sang, il se tourna vers la jeune aubergiste.
« Je vois moyen on s'arranger.
-J'vais voir Kogan tout à l'heure, j'lui dis quoi ? » demanda-t-elle.
« Dis que dois parler avec mes supérieurs. Dis que peux avoir hommes de moi pour surveiller catacombes pendant nuits. Dis que eux laisser sortir Kogan. »
Le soldat termina sa boisson d'une traite et se leva en sachant qu'il n'aurait probablement plus besoin de régler ses consommations pendant un certain temps. Il se dirigea vers la sortie, un brin revigoré.
« Dis que veux être payé. » sourit-il.
Puis il claqua la porte. Seule derrière le comptoir, Keshan éclata en sanglots.
[---]
[---]
« Bon.
» commença-t-il. « Quand je dois vous empêcher de rejoindre Räsh trois fois par semaine, je supporte.
-Pour vous c'est ironique, non ?
-Quand je dois me lever la nuit pour changer les draps pleins d'urine de l'un, je supporte. Quand l'autre m'empêche de me rendormir parce qu'il fait du bruit jusqu'au matin, je supporte.
-A ton avis, qui est qui ?
-Ben, disons que moi je peux toujours me lever pour aller pisser. ![]()
-Oui bah moi au moins je vomis pas de la purée violette...
-Quand on ramène des humains qui campent devant chez moi toute la journée, je supporte. MAIS ÇA ! »
L'indignation et la fureur la plus totale étaient audibles dans sa voix. La seule chose qui l'empêchait de sauter à la gorge de la chose et de la réduire à néant pour laver l'affront fait à son dieu étaient l'âge surtout et la fatigue héritée des soins intensifs qu'il proférait à ses deux patients. Il se contenta de lever un doigt méprisant vers la créature.
« Ça, ça, je ne peux le tolérer plus longtemps. »
Les deux cousins se retournèrent d'un même mouvement pour observer la silhouette trapue qui se tenait entre eux. D'une manière perturbante, ses yeux rouges semblaient fixer à la fois le vide et les trois nains face à elle.
« Personnellement je le trouve mignon.
» affirma Kogan en passant sa main dans une touffe de poils blancs, sans pour autant provoquer aucune réaction chez l'animal.
« C'est une véritable abomination ! Une insulte aux dieux ! » s'emporta le prêtre.
« Je vous l'ai déjà dit, il m'écoute pas ! Je lui ai demandé de partir mais il veut pas bouger.
-Je me moque de comment vous vous y prendrez, mais je veux qu'il ait quitté ces catacombes avant demain ! Ça fait déjà la troisième sépulture que je suis obligé de nettoyer ! Et je ne veux pas être celui qui retrouvera le contenu de la quatrième !
-Si vous voulez le bousculer, allez-y ! Je vous laisse discuter avec le machin là derrière ! » grogna Morul.
Une fois de plus, tous se tournèrent ensemble vers le colosse de viande en putréfaction et de métal rouillé qui s'imposait dans le fond de la salle. Par moment, des asticots grouillaient sur sa surface grisâtre avant de disparaître à nouveau sous les muscles décomposés. A part ça, il était tout aussi immobile que son propriétaire. Légèrement écœuré, Mastersausage reporta son attention sur le rongeur blanc qui trônait près de lui sans rien dire.
« Comment il s'appelle au fait ?
-Parce que tu crois que je les connais tous ?! » le railla Morul.
Son cousin haussa un sourcil.
« Bon je crois qu'il s'appelle Feärofzepouïk. » annonça-t-il tout en guettant un signe d'approbation de l'intéressé, qui se contenta d'un simple :
« ...
-Aucune idée de comment il m'a retrouvé, il devait être resté dans les tunnels pendant tout ce temps. Peut-être que McTruman s'occupe d'eux, d'habitude, mais vu qu'il est absent...
-En tout cas, il est pas bavard... »
Kamuk serra son visage entre ses mains abîmées.
« Tout cela n'a aucune importance, j'exige qu'il s'en aille !
-Écoutez, la nuit tombe dans pas longtemps et je vais retourner à la surface. Y a peut-être moyen que je m'occupe de lui. Enfin, si Morul est d'accord... ?
-Ho tu sais je m'en branle. En plus ça dépend pas de moi. » répondit l'arbalétrier en haussant les épaules.
« C'est pourtant toi qu'il suit, nan ? »
Son cousin se contenta de soupirer, puis passa la main devant les yeux amorphes de l'albinos pour tenter de le rendre plus réactif.
« Hé, machin ? Tu vas partir avec Kogan et il va te trouver un truc à faire, d'accord ? Tu peux pas rester là. »
Puis il éloigna son visage de l'homme-rat et se redressa dans sa couche de convalescence. Toujours aucune réponse.
« Je crois qu'il a compris. » affirma-t-il en regardant Kogan.
[---]
[---]
L'aubergiste poussa sa nouvelle recrue dans la réserve et jeta un œil nerveux à la grande salle pour vérifier que personne ne l'avait vu. Il n'osait imaginer ce qu'il se produirait si un humain découvrait le rongeur ici, mais dans l'absolu une chose était certaine : cela signifierait la fin de leur petit commerce.
« Alors » débuta l'Obserochois, « là c'est l'arrière du bar. C'est ici que tu vas rester, ok ?
-...
-En ce moment, les Trompois -tu vois sans doute qui c'est- passent leurs journées sur les chantiers. Du coup ils viennent chez nous se reposer et prendre du bon temps la nuit. A ce moment-là c'est Lînem qui tient le comptoir et qui s'occupe des boissons. Tu me suis ? »
Les deux billes rouges qui lui servaient de globes oculaires semblaient solidement ancrées sur un tonneau d'alcool quelconque.
« … Par contre les locaux aiment pas trop se mélanger avec les humains, donc eux ils ne viennent que le jour. Je peux pas faire bosser Lînem tout le temps, et Keshan peut pas tenir le bar à elle seule. Donc tu vois c'est à ce moment que j'ai besoin de toi.
-... » acquiesça Feärofzepouïk.
« C'est tout simple, Keshan t'amène les commandes ici de temps en temps, et toi tu t'occupes juste de les préparer pour qu'elle puisse les servir en salle. Au fait » continua-t-il en baissant la voix, « On a un code ici : si Keshan ou moi arrive et te demande un « cocktail Vesh », tu verses le contenu d'une de ces petites fioles là-bas dans le verre sans poser de question, je t'expliquerai un de ces quatre. Bien entendu, on réglera la question de ton salaire plus tard. Le contenu de chaque baril d'alcool est marqué dessus, et s'ils veulent manger, les réserves de viande c'est là ! » expliqua-t-il en pointant les étranges gigots suspendus dans l'obscurité du fond de la pièce. « D'accord ? »
Une mouche d'un vert argenté vint se poser sur l’œil droit du rat et commença à en arpenter tranquillement la surface.
« D'ailleurs fais-moi penser à racheter des stocks de barbaque. J'ai l'impression que celle-ci est pas en très bon état.
-...
-...
-...
-...
-...
-... Comment t'as fait entrer cette monstruosité ici ? ![]()
-...
-Il était déjà là quand on est arrivé ?
-...
-Est-ce que quelqu'un l'a vu pénétrer dans l'auberge ?
-... »
Derrière la porte, les éclats de rire graves annonçaient qu'un grand nombre de Trompois s'installaient dans le « Marcassin Hurleur » et attendaient que Kogan amène la marchandise. Il serait difficile de faire sortir le rongeur désormais, et de toute manière il n'en avait pas le temps. Tant pis, il avait plus important à faire pour l'instant car son absence prolongée lui avait coûté cher. Et puis, il pouvait sans doute laisser une petite chance à son nouvel employé.
« Ça va bien se passer.
»
[---]
Depuis les pénombres intimes de l'étage supérieur du « Marcassin Hurleur », une quarantaine d'yeux accoudés à la balustrade observaient avec intérêt la réunion qui prenait place en contrebas. Pour une fois qu'on ne venait pas pour elles, elles profitaient volontiers de cette soirée de repos.
« Tu aurais pu me prévenir.
» chuchota Kogan à son apprentie.
« Désolé mais j'l'ignorais aussi j'te signale. Ils font tous comme si c'était normal !
-Dites, Maître Mastersausage, prévenez-moi si ce que je dis ne vous intéresse pas ! »
Le propriétaire des lieux sursauta, puis soutint avec défiance les regards de l'assemblée qui le dévisageaient. Face à lui, assis en rond en plein milieu de son auberge, se trouvaient les plus importants commerçants du Quartier des Fumées. Il connaissait déjà l'identité et la profession de la plupart de ces visages barbus, pour la bonne et unique raison qu'il avait déjà réfléchi à comment dévaliser chacun de leurs établissements. Mais malheureusement pour Kogan, et même si cela aurait dû flatter son ego, tous ici connaissaient le nom de Mastersausage, le célèbre contrebandier d'Obseroche. Au moins ignoraient-ils probablement la nature de ses nouvelles affaires à Cornedebouc. C'était en réalité certain, car ils auraient probablement refusé de s'asseoir sur ces chaises s'ils avaient su ce qu'il s'était passé dessus. Quoi qu'il en soit, celui qui venait de l'interpeller se nommait Id McAdil, et ses maçons avaient construit une bonne partie des bâtiments et remparts de la surface. Le genre de nain arrogant qui a fait fortune dans le bâtiment et qui a rempli sa maison de statues de mauvais goût pour bien le montrer. Quant à celui qui semblait présider la séance, l'aubergiste s'y était particulièrement intéressé : Istrath Lourdcollier, entrant bientôt dans sa cent quarantième année et disposant d'une fortune colossale acquise dans l'orfèvrerie. Kogan lui adressa un sourire si large qu'on pouvait voir sa molaire en obsidienne.
« Rappelez-moi pourquoi j'ai le plaisir de vous accueillir ici déjà ?
-En tant que dernier arrivé dans notre communauté, il semblait normal que ce soit à vous d'héberger le Conseil des Marchands du Quartier des Fumées ce soir. » l'informa sèchement McAdil.
« Certes... » acquiesça son hôte avant de se pencher vers l'oreille de Keshan. « Va voir Feärofzepouïk. Cocktail Vesh.
-J'crois pas qu'ce soit une bonne idée...
-Comme je le disais avant d'être brutalement interrompu...
- ![]()
-Malgré la situation catastrophique, nos confrères des étages inférieurs ont refusé d'entendre nos revendications ! Si l'activité derrière les portes a en partie repris, ils refusent de voir que nous, nous sommes plus étouffés par cette occupation que n'importe qui !
-A moins qu'ils ne le voient et que ça ne les arrange bien ! » fit remarquer un important brasseur dans l'assemblée.
« Vous voyez où je veux en venir, mes amis ! Coupés des routes commerciales extérieures, nous dépérissons à petit feu à cause de ces humains ! Il faut...
-Excusez-moi ?
-...
-C'est quoi le problème avec les humains, en fait ? » s'enquit le contrebandier.
Alors qu'il s'était figé au milieu du cercle des nains, Id baissa les épaules et soupira.
« Tsss, la racaille...
-Va voir Feärofzepouïk.
-Kogan, attends un peu ! »
Un raclement de gorge imposa le silence parmi les commerçants. Lourdcollier n'avait pas pris la parole depuis au moins une demi-heure, mais il s'était maintenant péniblement levé de sa chaise.
« Maître Mastersausage » débuta l'orfèvre derrière son épaisse barbe grise, « Vous aurez sûrement remarqué que même si le blocus est désormais levé, l'occupation de la Trompe n'est pas très bonne pour nos affaires...
-J'ai cru comprendre, ouais.
-Et je ne vous apprendrais rien si je vous disais que le Quartier des Fumées, ou du moins son commerce, dépend grandement des caravanes extérieures.
-Vous savez, je viens d'Obseroche alors j'ai quand même des bases en comm... oh, je vois.
-De toute manière » poursuivit Istrath, « même sans ça, cela fait fort longtemps que nous nous querellons avec les marchands de l'intérieur de la ville.
-Pourquoi donc ? » demanda Mastersausage, qui n'ignorait pas que les actions des nains de cette salle auraient une influence sur ses propres affaires.
« A cause des lois passées par l'ancien Consul et qu'ils n'ont jamais voulu changer, pardi ! » s'emporta le vieillard. « Pour mieux contrôler la monnaie, il avait interdit à tous les commerçants d'accepter des pièces étrangères ! Nous ne pouvons accepter que les devises émises en son nom ! Forcément, ce n'est pas un problème pour la plupart des entreprises sous la montagne, mais ici, cela rajoute une étape compliquée et inutile à toutes nos transactions avec les caravanes ! Et ce n'est qu'un exemple des litiges qui nous opposent ! En bref, la situation économique de Cornedebouc n'est pas en notre faveur ! Alors nous nous serions bien passés de la présence de ces Trompois !
-Personnellement je les aime bien ces humains ! » risqua Kogan.
« Tiens donc...
-Ouais, je les vois justement comme une opportunité pour le commerce, et puis ils sont marrants à regarder avec leurs membres longs et fins.
-Je n'avais jamais vu ça sous cet angle... » souffla un tailleur à sa gauche.
« Ah bah moi j'en connais une qui l'a vu en contre-plongée et je peux vous assurer que... ![]()
-'Suis assez grande pour comprendre ton sarcasme !
-'Suis bien trop vieux pour en avoir quelque chose à foutre.
-Je parle du commerce, Maître Mastersausage.
-Ho.
-Et bien entendu » reprit Istrath, « Même depuis le départ du Consul, nous ne pouvons abandonner ces réglementations si les négociants de l'intérieur ne nous suivent pas. Nous risquerions de complètement dérégler le système monétaire sur lequel est basé toute la forteresse, et personne ne souhaite qu'une telle chose arrive en ce moment. »
McAdil souffla du nez en adoptant un sourire narquois.
« Même quelqu'un comme vous doit parvenir à comprendre un problème aussi simple, non ?
-Cocktail Vesh. ![]()
-Kogan, tu peux pas zigouiller vingt types sur un coup d'tête ! Surtout ceux-là ! » grinça Keshan entre ses dents.
Il se dit que c'était fort regrettable, et qu'il devrait attendre un peu avant d'envoyer quelqu'un planter une dague en obsichalque entre les omoplates d'Id. Si ce nain aimait le luxe, autant lui offrir une mort de première classe. En attendant, il pouvait toujours essayer de lui fermer le clapet et lui montrer que Kogan Mastersausage savait comment magouiller.
« Hé bien, à Obseroche, on a trouvé la solution à ce genre de problème ! »
Tous les marchands du continent étaient facilement impressionnés lorsque l'on évoquait le nom de la prestigieuse cité d'obsidienne, aussi la plupart de ceux présents ce soir-là l'écoutèrent-ils avec attention.
« Il y a très, très longtemps » poursuivit-il, « les quartiers troglodytes et ceux de la surface ne formaient qu'une seule entité, et on se trouvait avec une situation semblable. Impossible d'encourager l'économie locale sans pénaliser le commerce extérieur, et inversement. C'est alors que le Grand Conseil Oligarchique de l'époque a eu une idée. »
L'Obserochois marqua une pause en constatant avec satisfaction que même Lourdcollier suivait son récit.
« Ils ont voulu créer des lois adaptées pour chacune des deux zones, et pour ce faire il leur fallait établir une séparation claire. C'est ainsi que Lamarcande est née, une ville destinée à s'ouvrir sur le continent. Tandis que derrière la Grande Porte, le Conseil pouvait protéger les intérêts isolationnistes d'Obseroche proprement dite. Je ne vous apprendrais rien si je vous disais que le système fonctionne plutôt bien. » se moqua-t-il.
Toujours debout au milieu de ses confrères, McAdil plissa les yeux.
« Qu'est-ce que vous proposez, Maître Mastersausage ?
-Hé bien... la configuration de Cornedebouc est identique. Pourquoi ne pas faire la même chose ici ? »
Ces quelques mots enflammèrent immédiatement les discussions entre les marchands, car s'ils avaient bien vu où l'étranger voulait en venir depuis le milieu de ses explications, ils attendaient que celui-ci l'annonce franchement. Pourtant, le maçon fit un ample geste de la main, comme pour balayer cette suggestion.
« Ridicule, ceux sous la surface ne seront jamais d'accord !
-Nous n'avons pas forcément besoin d'eux. Voyez plus large. Et si, au lieu de considérer les Trompois comme une contrainte, nous les envisagions comme une occasion de prendre un nouveau départ ? Ils ont déjà entrepris de grands aménagements ici, l'idée pourrait leur plaire ou, au minimum, ne pas les déranger. »
Désormais, l'agitation était retombée dans les rangs des nains, et ils buvaient les paroles de leur hôte comme on respire l'air après avoir manqué de se noyer. Il fallait l'avouer, ce nain était audacieux.
« Ah et pour le nom, je propose Koganireth. ![]()
-Ça ne coûte rien d'essayer, mais vous réalisez que si ce projet se concrétisait, cela consisterait presque en une déclaration de guerre envers le Conseil des Marchands sous la montagne ? » avança l'orfèvre.
« Je connais des gens qui pourraient nous aider à lutter si nécessaire. Et puis, vous n'allez pas me dire qu'un peu d'action vous effraie ? »
Cette fois, Lourdcollier redressa fièrement la tête.
« Maître Mastersausage, vous apprendrez bien assez tôt qu'on ne se fait pas une place parmi les puissants de Cornedebouc si l'on ne sait pas de temps à autre recourir à la force. »
Puis, à ces mots, il empoigna la chope de vin gracieusement offerte par la maison et la tendit devant lui.
« A l'indépendance du Quartier des Fumées !
-A l'indépendance du Quartier des Fumées ! » reprirent ses compères.
« J'ai peut-être un peu déconné. » songea Kogan en trinquant à son tour.
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« Ils viennent de briser nos défenses !
-Impossible ! On construit mur imprenable !
-Mais si ! Leur cavalerie a sauté par dessus et a atterri sur notre prêtre !
-Ils droit faire ça ? ![]()
-Tu es le roi, tu dois riposter !
-Comment ?!
-Fais sortir notre infanterie et envoie la charger frontalement les lignes ennemies ! Les survivants deviendront des répliques exactes de ta femme !
-Je...
»
Nocam prit une seconde pour examiner le plateau de jeu. Face à lui, un Morul ricanant jubilait en voyant que son plan se déroulait comme prévu, tandis que Keshan assise à côté de lui se contentait surtout d'observer. Un peu plus loin derrière, un vieillard en robe grise portait un intérêt limité à la partie. L'humain se dit qu'il n'aurait peut-être pas dû accepter la proposition de Kogan de monter en personne la garde cette nuit pour « s'amuser avec lui ».
« C'est jeu nain... original.
» concéda-t-il en comprenant pourquoi le siège de la ville avait été aussi loufoque.
« C'est pas très juste, Morul, tu pourrais être plus sympa pour ses premiers essais ! » s'exclama Kogan en craignant que la fierté de son cousin ne froisse son meilleur client.
« Hé, pas ma faute s'il ne sait pas jouer !
-Il risque pas de savoir si tu lui laisses aucune chance....
-Dis-toi qu'on apprend de ses erreurs. » railla-t-il en gobant un bout de saucisson sec. « A propos d'erreur, comment va Feärofzepouïk ?
-Hum... » lâcha Keshan.
Mastersausage se gratta l'arrière du crâne en pensant à la boule de poils blanche.
« Disons simplement que je l'ai... renvoyé.
-Ho, c'était rapide.
-Je l'ai pris à l'essai trois jours. Ça m'a coûté cinq clients.
-Ah bon ? C'était pas un bon tavernier ? Surprenant. » ironisa son cousin. « Les clients n'étaient pas satisfaits de trouver des excréments dans les boissons, sans doute... »
«Ils auraient préféré, crois-moi. Je pense juste qu'il avait mal compris certaines de mes consignes. En plus, je le soupçonnais de piquer dans mes réserves !
-D'alcool ?! » s'étonna Morul.
« Non, de viande ! Pendant qu'il était là, tout a disparu ! »
[---]
Bemehring examinait le rapport des éclaireurs, debout au milieu de la salle du trône.
« D'après nos hommes, ils sont entre huit cents et mille. On est à peu près certains qu'ils se dirigent par ici.
-C'est pour le moins étonnant. En savons-nous un peu plus sur leur nature ? » s'enquit Icar-Deng.
« Presque que des nains, et quelques hommes-animaux. Ce sont uniquement des civils.
-Nous devons rester méfiants, c'est peut-être un piège.
-D'après nos éclaireurs, ils ont déclaré qu'ils n'étaient pas des soldats mais apparemment ça a été difficile de se faire comprendre.
-... Comment ça, « déclaré » ? »
Le général se pinça les lèvres en regardant son dieu.
« Ils sont allés leur demander...
-Qui ça ? Nos éclaireurs ?!
-Oui...
-:pf: »
Le souverain commença à se masser les tempes. Il était désormais fixé, les rumeurs sur cet endroit était vraies.
« Est-ce qu'on sait au moins d'où ils viennent.
-Pas vraiment, c'est aussi un sujet où nos interprètes ont visiblement eu du mal à échanger avec eux. Malgré leur maîtrise de la langue naine, ils affirment que les étrangers utilisent des... des... »
Il interrompit sa lecture et releva la tête du parchemin.
« Des expressions à la mord-moi-le-noeud.![]()
-Trouve-nous des nouveaux éclaireurs. Et reviens me voir dès que nous aurons du nouveau. Quand arriveront-ils ici ?
-Vu la vitesse du convoi, deux à trois semaines.
-Bien, nous aurons eu le temps d'aviser d'ici-là.
-...
-...
-...
-... Est-ce que je viens de voir une cuisse poulet courir derrière cette colonne ?
»
[---]
MortMortCadavreMortMortUnebièrepourlacinqMortMortMortMortMortCadavreCadavreMortMortSteackhachéfritesMortMortCadavreMort.
Tiens ?
Il releva la tête et renifla plusieurs fois par petits à-coups.
Cette odeur...
Oui...
L'odeur de la poussière et du feu, d'un millier de corps en décomposition. Celle des cataclysmes divins. Celle du sang, des larmes, des vies que l'on déchire et jette dans l'outre-monde pour une éternité de souffrance. Cette odeur.
« FROMAGE !
»
La masse de fer s'abattit sur l'intrus. Feärofzepouïk se retourna et examina les gerbes rouges qui avaient éclaboussé la salle sombre.
Le Seigneur du Chaos est de retour.
[---]
[---]
«En tout cas, ça fait plaisir de te savoir de retour McTruman ! Désolé pour l'autre fois à l'auberge, j'étais un peu stressé.
-Pourquoi tu portes un masque ?
-Euh...
-Toi aussi tu es en mission pour Scar?
» demanda Urist en rapprochant son visage de celui de son invité.
« N... non, c'est pour l'odeur !
-Ah, je te comprends. Ça sentait un peu le renfermé ici vu que personne n'est venu pendant que j'étais absent. ![]()
-Hum...
-Mais ne t'inquiètes pas, j'ai fait le ménage.
-Je préfère rester prudent. » déclara Kogan en examinant une masse brune à sa droite. « A part ça, tu n'aurais pas vu Sodel ?
-Non, elle ne vient plus très souvent ici. Toi aussi elle t'intéresse ? Je te préviens, elle a déjà un faible pour un forgeron. ![]()
-Absolument pas
. J'avais une commande pour elle.
-Heureusement que je suis là, alors !
-Heuuuuu...
-De quoi as-tu besoin ? Tu sais que je suis pas mal occupé, mais je pourrais m'occuper de ta demande en même temps. ![]()
-Je voulais demander à Sodel.
-C'est gentil à toi de vouloir donner du travail aux débutants, mais honnêtement tu devrais plutôt faire confiance aux professionnels. ![]()
Kogan haussa un sourcil en dévisageant l'ingénieur. Après quelques secondes de réflexion, il soupira.
« Soit... J'ai besoin d'un machin...
-Oui ?
-Qui fait du feu.
-J'ai !
» affirma McTruman en se dirigeant vers une abomination de la taille d'un sanglier.
« Non ! » s'exclama le contrebandier d'une voix tremblante. « Je veux dire... il me faut quelque chose de petit ! Qui se met dans la poche !
-Ho. Mais c'est pour faire quoi ? ![]()
-Ce serait pour allumer ma pipe. Tu vois, comme une petite torche portative que je pourrais allumer et éteindre comme j'en ai besoin.
-... Je vois.
»
Sans quitter son éternel sourire, l'ingénieur tourna la tête pour examiner quelques objets qui jonchaient le sol. Il avait du travail.
[---]
Les deux nains pénétrèrent au hasard dans l'auberge. L'ambiance avait l'air plutôt sympathique, et après quelques secondes à l'intérieur ils réalisèrent avec surprise qu'un groupe de bardes monté sur une estrade de fortune jouait des airs populaires d'Obseroche, surtout appréciés dans le Quartier des Graviers (https://www.youtube.com/watch?v=c9jCsoXdYbE ). Ils s'avancèrent vers le fond de la salle tout en saluant de la tête les autres nains présents. Finalement, ils tirèrent deux chaises et s'assirent.
« Alors, Kìrar ? La capitale des Piliers Pointus, c'est comment ?
-Très beau. Très très beau. » reconnut-il. « Même si bon, faut bien reconnaître que ces nains du sud sont pas très ouverts aux étrangers.
-Ah ? » s'étonna Alis
-Ouaip. 'Font aucun effort pour te comprendre, avec leurs expressions qui font aucun sens. Tiens, devine comment les cuisiniers appellent un kirunzon là-bas ?
-Ben un kirunzon ?
-Mon cul, ça a pas de sens kirunzon vu qu'ils les font pas pousser comme nous.
-Alors quoi ?
-Ils disent äskirun.
-Ah oui. » acquiesça Alis. « Et un tecàk ?
-Un tecàk c'est un tecàk, mais ils ajoutent erok devant.
-Eroktecàk ! » s'exclaffa le nain. « Tu fais pas plus bourge ! Et comment ils disent un thuvegkesh ?
-Je sais rien, je suis allé chez aucun tailleur. » conclut Kìrar.
C'est alors qu'ils remarquèrent que la rouquine qui venait de leur amener leurs bières écoutait leur conversation avec intérêt.
« Qu'est-ce que tu veux, gamine ?
-Je... »
Elle ajusta son tablier, et marmonna un « excusez-moi » avant de se diriger vers les marches en bois qui menaient vers les chambres de l'établissement. Surpris, les deux étrangers la suivirent du regard avec méfiance puis reprirent leur conversation.
« Et toi, Alis ? C'était bien Fleurdalgue ?
-C'est beau aussi mais c'est ennuyeux pour un nain. Je suis plutôt content qu'on se retrouve ici, dans une bonne vieille forteresse taillée dans la montagne. Sacré hasard qu'on se tombe dessus, pas vrai ?
-Ouaip, tu l'as dit... Mate un peu ! » chuchota soudain son ami.
Ils se tournèrent vers le haut de l'escalier, où un nain vêtu de violet les fixait sans bouger. Son visage était faiblement éclairé par une pipe dont la fumée sombre enveloppait sa silhouette. Au bout d'un moment, il sourit et entama lentement la descente des marches. Quand il arriva à leur niveau, il leur tendit la main d'un air plutôt enjoué.
« Salutations. Je suis le propriétaire de l'auberge. Keshan m'informe que vous êtes d'Obseroche ? »
Les deux mercenaires s’entre-regardèrent, sans savoir vraiment comment réagir. Finalement Kìrar, le plus rustique des deux, prit la parole.
« Ouais. Ça s'entend, je suppose.
-Qu'est-ce qui vous amène à Cornedebouc ? » s'enquit l'aubergiste avec un sourire.
« Rien de spécial. » entama Alis. « On est tous les deux gardes de caravanes. Nos escortes se sont croisées ici par hasard, alors on a profité que nos patrons fassent escale pour boire un coup entre vieux amis.
-Je vois, jolie coïncidence.
-Vous aussi, vous êtes d'Obseroche.
-Ça s'entend, même si je suis installé ici depuis quelques temps.
-Obsidien ou bœufiste ? »
Le nain fut pris de court.
« Écoutez, pour le bien de tous, je pense qu'il vaut mieux ne pas...
-Ah, réponse typique de bœufiste ! »
L'aubergiste se tendit, sur la défensive.
« Relax ! » reprit Kìrar. « On en est aussi. »
Alis hocha la tête. Leur hôte sourit en fermant à moitié ses paupières.
« Quelles sont les nouvelles du pays ? » demanda-t-il alors.
« Pas terrible... » admit son compatriote. « Les tensions ont justement repris, et le Conseil ne fait rien pour les arranger. La situation est inquiétante, déjà de nombreux bœufiste ont pris la route parce qu'on craint que ça ne dégénère encore. »
[---]
« Bon ben ils sont morts. » constata Osrast devant le tas de cadavre fumant de la totalité des bœufistes restants d'Obseroche.
[---]
Le nain, comme toujours quand il était inquiet, passa sa main dans sa courte barbe. La nouvelle était, il fallait le reconnaître, assez préoccupante. Ces derniers temps, ses pensées allaient de moins en moins souvent vers sa cité natale, mais il n'empêchait qu'il y restait profondément attaché même s'il ne la reverrait probablement jamais.
« Personnellement, j'hésite même à retourner en ville. » poursuivit Alis en sirotant sa bière.
« Pas envie de finir dans une fausse commune. » ajouta Kìrar.
« Vous savez » reprit leur interlocuteur, « c'est rare de croiser des Obserochois par ici. »
Il dévisagea successivement ses deux clients.
« La vie est dure, et je vais vous avouer que je fais parfois des choses pas franchement légales. »
D'un signe de la main entendu, il ordonna à Keshan de préparer une paire de leur cocktail maison.
« Qu'est-ce que vous voulez dire par « pas franchement légales » ? » voulut savoir Alis.
« Carrément illégales.
-Ho.
-Ça ne me surprend pas vraiment. » sourit Kìrar en examinant son accoutrement.
« Ne vous inquiétez pas, rien d'horrible non plus. Enfin, tout dépend de vos critères. Mais j'ai souvent besoin d'aide. Bien sûr, j'ai recruté des locaux qui ne posent pas trop de questions tant que je leur promet une pinte après l'action. Mais ce qu'il me faut, c'est des types fiables, futés et doués avec la lame. Bref, des vrais Obserochois. »
Les deux intéressés l'écoutaient attentivement.
« En gros, vous voulez qu'on bosse pour vous. » annonça Kìrar.
« Exactement.
-Ça veut dire lâcher les caravanes. Ça paye bien, vous savez.
-Moi aussi. Où vont vos caravanes ?
-A Obseroche.
-Vous vouliez y aller ?
-Nan. »
L'inconnu se bascula en arrière sur sa chaise, en soufflant un rond de fumée.
« C'est vous qui voyez.
-Mais si on doit rester ici, faudra qu'on crèche quelque part. On fait comment pour le logement ?
-C'est à volonté.
-Et... faut nous nourrir aussi.
-A volonté.
-Sans compter la boisson.
-A volonté. »
Les deux mercenaires échangèrent un bref regard en coin.
« J'y vois pas de problème alors. C'est pas comme si on avait jamais eu de soucis à ignorer les lois. Hein, Alis ? »
Ce dernier ricana, assailli de souvenirs.
« Alors on dit marché conclu. On commence quand ?
-Allez prévenir vos anciens employeurs, puis vous avez quartier libre. Restez simplement dans le coin, je vous ferais savoir si j'ai besoin de vous. »
Sur ces mots, il coinça sa pipe entre ses dents et se leva. Ses nouvelles recrues le regardèrent s'éloigner vers les chambres.
« Une dernière chose ! » l'interpella Kìrar. « Toutes ces gamines qui se baladent dans ton auberge, c'est quoi ? »
Le patron s'arrêta net. Sans se retourner, Kogan Mastersausage passa la tête par dessus son épaule et lui sourit.
« A volonté. »
[---]
Voilà, j'ai fait ce que j'ai pu. Si Kamuk doit toujours pratiquer un seppuku, ça m'est égal. Faut bien que mon chapitre garde un minimum de sens.