«Dis, vous avez de la famille, vous, à part vos cousins ? demanda subitement Morul
-En quoi ça vous intéresse ?» tiqua Scar.
Le chasseur poussa un court soupir, avant de reprendre:
«Ben, on a encore un paquet de route avant d'arriver, et si on doit rien pipeter pendant encore deux semaines, le voyage va vite devenir pénible.
-Et bien pipeter tout seul et laissez moi à mes pensées,» rétorqua l'autre.
Ils traversaient lentement une épaisse forêt, sur le dos de leur montures, deux chevaux courtauds achetés à un aubergiste grâce aux talents de marchand d'AngeEnLarme.Becca et Bouboule gambadaient joyeusement à leur côté. Morul grogna, puis se plongea lui-aussi dans ses pensées. Il songea à sa propre famille, du moins ce qu'il en restait.
Ses parents étaient bûcherons, et vivaient reclus au fin fond de la Haute Forêt, n'en sortant qu'une fois par mois pour aller vendre le fruit de leur travail. Ils avaient une petite cabane, accrochée à un arbre, un petit coin de paix dans un monde de violence. Mais même à l'écart de tout, le malheur finit par vous rattraper. Sa mère mourut quand il avait cinq ans, tuée par une créature de la nuit, un énorme monstre décharné et ailé, du nom de Rakust le Fatidique. Jamais il ne pourrait oublier ce nom.
Son père était parti à la ville, cette nuit-là. Un orage faisait trembler les murs de l'abri. Il était resté à l'intérieur, serrant sa petite sœur de toutes ses forces. Sa mère avait pris la hache, et avait simplement dit: "surtout ne sortez pas !".
Et alors elle sortit.
«Je suis Rakust le Fatidique ! Je suis venu à bout de Urdim Requindor, dont le corps désormais pourri au milieu des vers. Prépare toi à mourir !»
Cette voix, cette voix si râpeuse qu'elle semblait déchirer les cordes vocales du monstre, Morul ne l'oublia jamais.
Il ne sut jamais trop ce que se passa ensuite. Ils s'étaient cachés sous le lit, et ne ressortirent qu'au petit matin, terrifiés mais vivants. Il ne restait rien dehors. Des traces de combats, du sang, mais aucun corps...
Trois ans plus tard, la créature affamé revint. Mais cette fois, son père était là. Il attrapa sa hache d'acier, héritage d'ancêtres aux noms depuis longtemps perdus, et fit face au monstre. Morul regarda le combat depuis la fenêtre, en pleurant.
Un affrontement terrible. Son père finit par triompher, d'un coup de hache à la tête. Mais, grièvement blessé, il mourut d'une infection quelques jours plus tard.
C'est donc à l'âge de huit ans qu'il se retrouva livré à lui-même, avec la lourde responsabilité de devoir veiller sur sa petite sœur Doren, de trois ans plus jeune. Il ne s'en sorti pas si mal. Avec ce qu'il restait d'économie, il acheta sa première arbalète, ainsi que quelques carreaux. Mais il eut beau s'entraîner, il ne devint jamais réellement bon archer et se rendit rapidement compte que les petits pièges qu'il fabriquait se révélaient bien plus efficace et bien moins chers. Au fur et à mesure qu'il progressait, il se mit à attraper de plus en plus d'animaux, qui leurs permirent non seulement de se nourrir mais aussi de mettre en réserve un peu plus d'argent à la fin du mois. Aussi, âgé de neuf ans, il utilisa ses économies pour s'acheter un petit chiot à la ville, un pitbull noir ébène, qu'il baptisa Hargneux. L'animal grandit vite, et se révéla être un chasseur d'exception. Presque tout les matins, il rapportait un lapin, un oiseau...
Les affaires se mirent à marcher. Il alla de plus en plus souvent à la ville, et décida de construire une petite cabane plus près, pour mieux rentabiliser les voyages. Ils n'étaient pas riches, mais ils vivaient bien. Doren commençait à présenter de réels talents à l'arbalète. Aussi, elle s'entraînait quotidiennement avec la hache familiale.
Mais un jour, quand Morul eut onze ans, la guerre frappa la province, et ils fuirent en direction des Falaises d'Obsidiennes. Là, par le plus grand des hasards, ils retrouvèrent leur cousin Kogan, de dix ans plus âgés, qui les accueilli à bras ouvert.
Morul y resta quatre ans, mais il finit par s'y ennuyer. Alors il laissa sa sœur là et partit de nouveau dans la forêt. Il se trouva une passion dans l'élevage de bestiole en tout genre, et vécut de la chasse et de la vente de bêtes dressées, pendant près de trente longue années, ne restant jamais plus de six mois au même endroit.
Enfin, jusqu'à Cornedebouc.
...
Au dernière nouvelle, Kogan était en prison. Les bourgeois de Obseroche avait fini par se rendre compte de son trafic d'obsidienne, et l'avaient mis au arrêt. Peut-être qu'avec Scar comme allié, il pourrait profiter de leur exil pour le sortir de là...
Soudain, il songea à sa meule de fromage, celle que lui avait offert McTruman.
C'est con, plus que trois mois et elle était parfaite. Et j'ai bien peur que l'on ne soit pas rentré à Cornedebouc d'ici là... Igrilshokmug... Je te sauverais !
Il rit à cette idée. Tout à coup, la monture de Scar s'arrêta.
«Une auberge, annonça-t-il. Nous dormirons là...»
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Bon, ça ne vaut pas le style lointain-brumeux d'Usul, mais j'avais envie de développer un peu le personnage 
En espérant avoir fait un truc chouette, j'ai un peu de mal avec les flashbacks, j'espère que c'est pas trop indigeste.