Voici donc le chapitre annoncé, un peu en retard certes. Sans vouloir me vanter je pense que mon style s'améliore de plus en plus quand ce n'est pas un dialogue. 
(Je suis tout de même ouvert aux critiques.
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La porte de la loge s'ouvrit lentement, laissant apparaître un Kogan Mastersausage hésitant à faire un pas à l'intérieur. C'était facilement compréhensible : cette partie de la forteresse était plus que lugubre, et l'idée de devoir s'y aventurer une nouvelle fois ne lui avait pas particulièrement plu. D'autant que lors de ses premières visites, l'endroit était relativement peuplé. Or, maintenant que tous les blessés étaient morts ou guéris, la salle avait retrouvé le silence religieux et l'ambiance sinistre qui, au final, étaient légitimes pour des catacombes.
Le contrebandier osa un « Y a quelqu'un ? », avant de déglutir en entendant sa voix résonner dans la pièce déserte. La facilité avec laquelle l'écho se propageait ne rassurait pas tellement Mastersausage, lui rappelant à quel point il était seul ici. L'intrus s'avança alors à peu près jusqu'au milieu de la salle, entre des tables dont certaines étaient encore couvertes de sang à peine séché qu'on n'avait pas eu le temps de laver. Dans l'atmosphère flottait une odeur métallique qu'il ne connaissait malheureusement que trop bien. Se sentant faiblir sans qu'il sache si cela était dû à l'anxiété ou à ses problèmes, le nain se hissa sur une des tables pour s'asseoir et parcouru nerveusement la loge du regard. Il finit par remarquer un objet qui lui était familier, posé exactement là où il l'avait laissé. Visiblement, Morul avait oublié son saucisson.
Tandis qu'il hésitait à s'en couper une tranche pour se donner un peu de forces, l'Obserochois soupira de soulagement en voyant le propriétaire des lieux entrer par une porte menant le Grand Boeuf savait où.
« Heu... Salut ? »
Pas de réponse. L'esprit apparemment trop occupé pour remarquer la présence d'un étranger, le prêtre de Råsh se dirigea vers une commode encombrée de diverses fioles et outils en désordre, le visage sévère.
« Bonjour ! » lâcha Kogan, plus haut.
Kamuk se retourna, surpris. Le contrebandier craignait que le vieillard soit courroucé du fait qu'il se soit permis d'entrer en son absence, mais un sourire accueillant s'esquissa sur les lèvres du prêtre.
« Oui ? Bonjour ?
-Salutations ! Je suis...
-Kogan Mastersausage. Vous êtes le cousin de Morul, je me souviens. » l'interrompit Kamuk.
Il l'avait en effet officiellement rencontré quand l'Obserochois était venu au chevet de son cousin convalescent, mais Eshonzanor avait pour la première fois vu ce nain à son insu, quand il avait débarqué inopinément dans la forge d'Istam.
« Ha, très bien... Justement, je me disais que depuis le temps il aurait sûrement repris connaissance. Étant donné qu'il n'est pas ici je suppose que j'avais raison, mais il n'est toujours pas rentré chez lui et il est complètement introuvable. Vous sauriez où il est ?
-Hélas non. » dit le nain, désormais soucieux. « C'est étrange...
-Comment ça ?
-Voilà déjà quelques temps qu'il s'est réveillé. Il tenait à sortir et à faire réparer son arbalète, alors je l'ai envoyé chez une amie. Dites-moi, votre voix est très éraillée, elle a changé par rapport à la dernière fois que je vous ai entendu discuter avec votre cousine. Mal à la gorge ? Je dois avoir un remède pour ça...
-Non merci, ça va aller. » marmonna Kogan en fronçant malgré lui les sourcils. « Elle habite où, votre amie ?
-Actuellement, à l'atelier. Elle est ingénieure. »
Ingénieure ? Mastersausage savait que Cornedebouc ne possédait que deux ingénieurs, et que McTruman était -en partie à cause de lui- momentanément absent. Quant à l'autre... L'Obserochois voyait parfaitement de quelle naine il était question, pour l'avoir déjà « rencontré » sur les remparts de la ville. « Drôle de coïncidence. » songea-t-il.
« A l'atelier, vous dites ? Ça va encore me faire une trotte.
-Prenez les rails.
-Les humains les monopolisent, quand il ne les ont pas simplement bloqué.
-Je ne savais pas... » répondit Kamuk en continuant de ranger sa commode.
Instinctivement, Kogan lui tourna le dos en sentant une quinte de toux monter dans sa gorge. Sans se détourner de sa tâche, le servant de Råsh l'observa toussoter du coin de l’œil. Il attendit qu'il ait repris son souffle pour reprendre la conversation.
« Vous êtes d'Obseroche, je crois ? » demanda le prêtre.
« Ouais.
-Je suis déjà allé à Obseroche.
-Beaucoup de gens sont déjà allés à Obseroche. » répondit distraitement le contrebandier avant de tousser une nouvelle fois.
« J'y suis allé à une période où les gens n'avaient justement pas envie de s'y rendre.
-Ha. » lâcha simplement Mastersausage en comprenant ce qu'il voulait dire.
« Enfin... Sans vouloir vous vexer, je ne sais pas s'il y a vraiment des gens qui ont déjà eu envie de se rendre là-bas, de toute façon...
-Bien sûr que si, tout le monde veut aller à Obseroche, c'est la destination de rêve ! » ironisa Kogan en se disant qu'il n'avait plus rien à faire ici. « Ses spécialités culinaires, son architecture pittoresque... »
« Son air vivifiant... » marmonna-t-il en remarquant une trace de sang sur sa main.
« Bref, j'y étais pendant la Seconde Guerre de Religion.
-Obsidien ? Bœufiste ?
-Non, non, ni l'un ni l'autre.
-Je vois, vous faisiez partie des expéditions étrangères.
-Exactement. Quand les hautes autorités du Temple de Råsh ont voulu profiter du désordre religieux pour envoyer des missionnaires convertir les âmes perdues, je me suis inscrit pour partir avec eux. A l'époque, j'étais plus jeune et enthousiaste.
-Ouais, je me suis déjà fait soigner chez vous je crois, quand je me suis retrouvé orphelin...
-Ho ce n'était pas forcément chez nous, bien d'autres temples ont envoyé leurs prêtres à Obseroche, à cette époque.
-'Fallait réciter des prières étrangères pour avoir à bouffer !
-Alors, ce n'était pas chez nous ! » répliqua sèchement Kamuk en réprimant un sentiment amer.
Il se tut un instant.
« En tout cas, j'ai vu beaucoup d'horreurs pendant votre guerre. Sans compter qu'à cause des combats et des attentats incessants, il n'y avait plus rien à manger pour la population. La famine et les épidémies n'ont pas tardé, c'était le chaos total.
-Je sais.
-J'ai vu beaucoup de malades. J'en ai guéri beaucoup, j'en ai vu mourir beaucoup.
-Pourquoi vous me racontez ça ?
-J'ai aussi vu des malades que je n'aurais pas pu guérir. »
Kogan resta interdit en entendant ces mots. Il tournait toujours le dos à Eshonzanor, toussant à intervalles réguliers.
« ... Vous en avez vu beaucoup, de ceux-là... ? » hasarda-t-il.
« Ho non ! Une petite dizaine au plus, mais tous atteints du même mal. Parmi eux, un membre du conseil de la ville. J'avais déjà eu l'occasion de le soigner, il avait été blessé quand des bœufistes ont tenté de le tuer. Rien de grave : un bandage, un peu de repos et je l'avais laissé repartir, malgré un mal de gorge tenace. »
Mastersausage ne disait plus rien. Pendant qu'il parlait, Kamuk traversait lentement la salle pour se rapprocher de son invité.
«Cependant, on me l'a ramené très mal en point quelques mois plus tard. Lui, il savait de quoi il souffrait, et surtout il savait qu'il n'en sortirait pas. Aucune blessure physique, mais on l'a gardé à l'hôpital jusqu'au bout. Pendant son agonie, il m'a beaucoup parlé. »
Il se tenait désormais juste derrière le contrebandier, qui demeurait assis sur la table d'opération sanguinolente.
« Il m'a notamment décrit Obseroche avant la guerre. Il m'a expliqué des choses sur le fonctionnement de la ville, sa culture, le commerce. Et surtout, il m'a confié que la richesse de la cité avait un prix. Un prix hélas trop lourd pour que le peuple accepte de le payer. Mais il le payait quand même, simplement sans le savoir.
-Moi, j'ai juste mal à la gorge. »
Avant même qu'il ait fini sa phrase, le prêtre retourna brusquement son interlocuteur. Face à lui, le visage du nain était en sueur. Un filet de sang légèrement teinté de violet coulait de sa bouche.
« Malheureux...
-Je dois aller retrouver mon cousin. » dit Mastersausage en se relevant, s'arrachant aisément à la faible poigne du vieillard.
« Vous vous soignez ?
-Je dois partir !
-Vous vous soignez ?! »
Sans répondre, Kogan traversa la pièce aussi rapidement que sa condition actuelle le lui permettait, en direction de la galerie par laquelle il était venu. Il s'apprêtait à claquer la porte quand il se ravisa, et se tourna vers le religieux.
« Le conseiller, à Obseroche. Il est mort au bout de combien de temps ?
-Quelques mois seulement. Un matin je l'ai retrouvé pendu dans sa chambre. Il avait trop mal.
-... Adieu. »
Puis il quitta les catacombes.
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