-Nous voilà en sécurité. J'espère que tout se passera bien en ville.
-Et en quoi ce qu'il arrive aux habitants de la ville t'intéresse-t-il, cher cousin ? demanda Scar.
-Je pensais à Brudas rétorqua le Cuir Noir, une lueur accusatrice dans le regard.
-Ne t'en fais pas, il survivra. Tu sais bien que j'avais besoin qu'on pense le plus longtemps possible que j'étais dans le Palais. Il m'a fallu du temps pour tous vous trouver, et Brudas était mon assurance que le mensonge tiendrait.
-Je sais, soupira Likot, mais j'espère que ton plan n'aura pas de conséquences fâcheuses.
Certains nains n'ayant plus vu le soleil depuis des semaines clignèrent quelque peu des yeux le temps de s'habituer à nouveau à sa clarté. Le clan Angeenlarmes observa dans un profond silence le lieu boisé dans lequel ils s'étaient retrouvés.
Shasad, le plus jeune et le plus aventureux des cousins brisa alors le silence :
- Bon. Alors on fait quoi maintenant ?
- Hé bien... commença Likot. Nous sommes dans la forêt qui fait face à la fortevouse. Je dirais qu'on est plutôt profondément avancé vu l'épaisseur de la végétation. Scar, une idée du plan à suivre maintenant ?
- On part pour le Mont Udir. En partant de là on établira un plan de reconquête, les miliciens du Kastologîk nous accompagneront.
- Et pour les prisonniers ? s'enquit Tesum. On les laisse rentrer à Cornedebouc ?
- Je ne sais pas, répondit froidement Scar. Peut-être qu'il sera nécessaire de les exécuter. En tout cas je vous garantis qu'ils ne seront plus dans le camp à notre départ. On en profitera aussi pour cacher la machinerie. Je ne veux pas qu'on découvre ce qui s'y passe.
Les sept cousins de Scar hochèrent la tête. Malgré certaines réserves, tous comprenaient que par ces temps, des sacrifices étaient nécessaires.
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Ainsi, alors que le soleil commençait à peine à décliner vers l'horizon, prirent-ils la direction du sud-ouest. La forêt était épaisse et la progression ardue.
- Tiens Shasad, demanda Likot, qu'est-ce que tu fais avec ce bout de bois et ton couteau ?
- Ahah ! Rien de bien important !
- Non aller, dis juste.
- Je me fais une petite flûte. Il faut bien faire passer le temps.
- Tu ferais mieux de garder ton couteau aiguisé au cas où tu devrais t'en servir, conseilla Urem -- le plus âgé et enguerri du clan à l'exception de Scar.
- Allons bon. Ça peut aussi être utile une flûte, avec ça tu peux amener de la joie dans une taverne, faire danser n'importe qui, payer une dette envers un aubergiste, séduire une jolie demoiselle...
- Rappelle-moi ton rôle dans la milice déjà ? demanda Urem.
- ... d'accord, d'accord, c'est vrai c'était pas joyeux parce que je me chargeais de leur enseigner les techniques d'interrogations et j'en ai menées moi-même plusieurs qui étaient assez musclées. Mais faut distinguer le boulot et la vie privée ! Je compte bien me trouver une fille à épouser dans l'une des villes qu'on traversera. On m'a dit que celles des Monts d'Emeraude sont les plus faciles. Mais bref on verra bien. Et puis quant au couteau qui s'use... bah j'ai mon épée pour me battre, je vais donc pas prendre ce truc pour tuer une perso... hé ! C'est quoi ça là-devant ?
- Des loups ! s'exclama Scar avant que certains nains ne sortent leurs armes de leur fourreaux.
Cinq canidés massifs se tenaient devant eux, les fixant d'un étrange regard gris. Nulle peur n'était lue dans leur attitude, mais aucune agressivité ne semblait pour autant transparaître. Attendant un geste de leur part, personne ne les attaqua, pas plus que les bêtes ne le firent.
- Hélà, doucement, fit une voix grave mais teintée de douceur derrière les créatures.
Les loups se retournèrent et se rapprochèrent d'une silhouette humaine encapuchonnée dans un long manteau gris. Ils se frottèrent à sa jambe et deux d'entre eux allèrent jusqu'à lui lécher la main qui sortait d'une manche. Les nains, quant à eux rengainèrent leurs armes en dévisageant cet homme sans âge qui venait de leur apparaître.
- Sire, acceptez nos remerciements, dit Scar.
- Ce n'est pas aux loups que j'ai dit de se calmer, répondit l'homme. C'était à vous. Sinon je n'aurais pas parlé la langue du petit peuple des montagnes.
- Il est vrai, répondit le nain. Comprenez que des loups apprivoisés sont... plutôt rares dans cette région du monde.
L'étrange homme jeta un regard interrogateur sous sa capuche grise. Le regard amusé de celui qui en sait plus qu'il ne le dit.
- Ils ne sont pas apprivoisés, ces loups sont aussi sauvages que l'ours qui vit au fil des hivers. En revanche, s'il y a une chose qui est rare dans cette région, ce sont 8 nains qui traversent une forêt. D'autant plus lorsque celle-ci est aussi dangereuse que la Haute Forêt.
- Dangereuse vous dites ? Je ne crois pas. Je l'ai traversée il y a déjà quelques temps, et je connais d'autres personnes qui l'ont fait sans souci.
- Oui, vous, vous l'avez fait. Et vous y avez trouvé un refuge n'est-ce pas ?
- Une auberge au milieu de la forêt, effectivement, aussi étrange que cela puisse paraître, mais elle est à des lieues d'ici. En quoi cela importe tellement ?
- Peut-être était-ce l'auberge qui vous a trouvé, répondit l'homme dans un sourire. Mais vos amis n'y ont pas passé une nuit, je sens que vous y êtes déjà allé, ce n'est pas leur cas. Vous tous, devriez y aller pour vous y reposer. Un refuge, un feu, un repas chaud... offrent une protection certaine, pour la nuit à passer mais aussi pour l'âme si le lieu s'y prête. Et il ne fait pas bon être mal protégé par les temps qui courent.
Son regard se fit distant. Il détourna les yeux des nains et fixa un point à l'horizon.
- De sombres temps sont à venir, continua-t-il. Des ombres se sont éveillées et rôdent dans la forêt. Je le ressens dans l'eau, je le ressens dans la terre, je le sens dans l'air. J'ai vu des elfes attraper un mal que la Terre n'a plus connu depuis des siècles. Peut-être la maladie n'a fait que ressurgir, peut-être est-ce annonciateur de quelque chose de pire... Et devant de tels malheurs, les dieux restent muets, ce qui n'a pas été le cas la dernière fois que c'est arrivé. Mais ils ne se manifestent plus depuis la fin de la Grande Guerre me direz-vous... En tout cas rien de tout cela ne présage quelque chose de bon. Quoiqu'il en soit, trouvez donc l'auberge. Vous y serez mieux.
Ne sachant que répondre à un tel prédicateur, les nains se dévisagèrent, gênés. Scar reprit la parole.
- Merci de partager vos inquiétudes, ami. Cependant la seule auberge que je connaisse est, comme je l'ai dit, à des lieues d'ici.
- Croyez-vous ? répondit l'homme, amusé.
De son long bâton de marche, il repoussa un arbuste épais qui bloquait la route. Leur vue dégagée, les nains purent voir un petit bâtiment en pierre, une vulgaire chaumière que Scar avait déjà vu auparavant. Sur la pancarte qui pendait du rebord du toit, on lisait Au chaudron du Croque-Mitaine
- C'est impossible ! déclara Scar. Il était beaucoup plus loin lorsque je l'ai trouvé.
- Encore une fois, êtes-vous certain que c'est vous qui l'avez trouvé ? demanda sur un ton sérieux l'inconnu.
- Je n'en sais rien. C'est rare que je dise ceci, mais je m'incline lorsque c'est le cas.
Tous les nains avaient le regard fixé sur le bâtiment dont Scar avait mentionné la présence. Le mystérieux homme, suivi de ses loups, fit quelques pas vers l'arrière du groupe et parla dans leur dos.
- Nous nous recroiserons, Scar AngeEnLarmes, déclara-t-il.
Lorsque les nains se retournèrent, il avait disparu et les loups marchaient dans une direction inconnue.
- J'ignore jusqu'à son nom mais il connait le mien... dit Scar en plissant les yeux.
- Hé ! s'exclama le jeune Shasad. Il y a un papier qui est dans ma main d'un seul coup !
- Comment ça ? demanda Likot. Tu veux dire qu'il est apparu ?
- Je sais pas, j'y prêtais pas attention, entre l'auberge qui apparait de nulle part et l'humain qui s'évapore...
Il déplia le petit carré de papier et le lut à haute voix :
- Shasad, vous allez bientôt rencontrer un grand érudit qui donnera un cours. Ecoutez-le attentivement et répétez bien ce qu'il vous apprendra. Vos talents de conteur me sont connus, Cornedebouc doit savoir ce qu'il en est.
Je n'ai aucune idée de ce dont il me parle...
- Je ne sais pas trop quoi penser, avoua Likot. S'il dit vrai et que ce n'est pas un fou, alors nous verrons en temps voulu.