Les nains les plus influents étaient toujours installés à l'entrée de la forteresse, devant la porte des remparts.
- Donnez-moi un instant pour réfléchir au plan, commandant.
Bien. Mettons Morul et sa soeur de côté pour l'instant, il est sans importance pour établir une quelconque stratégie. Quelles sont les issues qui mettraient le moins de monde en danger ?
Première idée: la discussion. Toujours l'envisager avant d'user la force de manière directe, mais puis-je entamer une conversation avec Icar-Deng ? Je crains que non. C'est une véritable agression, il n'est pas ici pour discuter et sa position de force ne le rendra que plus déterminé à utiliser son armée.
Plan B: le repli. Notre forteresse est assiégée de toutes parts, nous sommes pris en étau et ne disposons ni d'une issue externe ni d'une issue souterraine. Je ne peux tout de même pas laisser des innocents se faire massacrer sans être protégés. Il va falloir les rassembler dans un endroit sûr.
Au bout d'un court instant de réflexion, Scar ordonna:
- Nous devons en tout premier lieu protéger les civils. Faute de pouvoir nous replier, il faut les mettre dans un lieu sûr et facile à défendre. Likot, les tâches Cuirs Noirs possèdent bien une liste de tous les nains par quartiers d'habitation ?
- C'est exact.
- Fais sonner leur corne d'appel. Envoie-les tous par le secteur qu'on leur a attribué. Cherche tous les nains de la forteresse qui ne peuvent pas se battre, réunis-les dans le Palais Consulaire.
- Je pars derechef sonner le tocsin noir.
- McEdern, je veux que la Garde assure la sécurité devant le Palais. Je sais que vous êtes peu nombreux, mais la défense du lieu sera facile, l'unique accès est un couloir plutôt étroit, vous profiterez du goulot d'étranglement. Pour le reste, je vous fais confiance.
- Bien. Je pars immédiatement rassembler mes gardes. Par contre...
- Une question ?
- Vous dites que vous voulez Morul vivant... Doren, enfin je veux dire, sa soeur aussi ?
- Capitaine, nous ferons tout ce qui est possible pour nous assurer que son rôle sera éclairci dans cette affaire. Pour ceci, elle devra elle aussi être déférée devant le Roi. Je ne peux plus faire quoi que ce soit pour eux, cette affaire dépasse mon pouvoir.
- Je comprends... mais peut-être que c'est lui qui l'a entraîné là-dedans ?
- Sa Majesté verra ceci en temps voulu, si nous survivons. Je ne peux rien promettre, encore une fois ce n'est plus de mon ressort. La trahison est un crime contre le Royaume entier, même si commise par des ressortissants d'un autre pays. Je ne peux plus rien pour eux, ils se sont égarés trop loin pour que je puisse les récupérer de mon initiative. J'espère que vous le comprendrez bien. D'autres questions ?
- Non.
- Alors rompez.
Croisant le capitaine de la Garde qui se précipitait vers l'intérieur profond du fort, et pris dans une course folle à la recherche de quelqu'un pour l'aider, un jeune nain blond, à peine sorti de l'enfance, aperçu les nains sur la place de l'entrée.
- Excellence ! Excellence ! Le quartier... le quartier des tailleurs de pierre...
- Doucement petit, répondit Scar en indiquant à ses gardes de baisser leurs armes. Reprend ton souffle et explique-moi.
- Il est sur le point de s'effondrer ! Les gars qui y travaillent, ils disent que y en a pour trois quarts d'heure, cinquante minutes grand max maintenant, avant que tout s'écroule ! Mais ils refusent de partir ! Même une araignée géante les ferait pas déguerpir...
- Attendez, le quartier entier va collapser, et eux restent ? Ne savent-ils pas qu'ils vont mourir s'ils ne bougent pas ?
- J'en sais rien. Ils disent qu'ils veulent être fixés sur un minerai. Ils sont complètement cons...
- Ecoute... va voir Likot AngeEnLarme, il doit être sur le point de sonner le tocsin, repère-le et rejoins-le quand tu l'entendras sonner. Dis-lui que Scar t'envoie. Dis-lui que les Cuirs Noirs doivent avertir les tailleurs du danger quand ils les chercheront, mais que s'ils refusent ils ne doivent pas insister et partir immédiatement.
- Tout de suite ! répondit le galopin qui repartit à toute vitesse.
- Parfait, déclara Scar. Maintenant concernant la stratégie à proprement...
BRAOUMM
- ...parler
.
Le combat est inévitable. Nous sommes en sous-effectif, ceci est clair. Quelques centaines de nains, même en transe martiale, ne seront pas assez nombreux face à des dizaines de milliers de soldats humains. Le problème est donc numérique avant tout... je ne peux pas lancer les civils au front si je tiens à éviter une boucherie totale, je ne peux pas non plus alerter la capitale, même en envoyant un message avec Tholtig ils arriveraient trop tard.
Etudions plutôt la situation présente: l'ennemi possède des milliers d'hommes, des dizaines d'éléphants et même quelques éléphants géants sur lesquels sont installés des plateformes en bois. On m'a toujours dit que les tribus humaines du Sud n'utilisaient que des techniques de guerre basées sur la force. Pas d'archerie, pas de ruse - je reste surpris qu'ils aient écouté Morul pour le stratagème du sous-sol, heureusement qu'il n'a pas pris en compte la largeur des couloirs d'entrée et de sortie de Cornedebouc - on ne risque donc pas d'avoir de nouvelle surprise. En théorie. Leur faiblesse: ils sont visiblement rudimentaires, quelques armures en cuir, la tête découverte, faiblement armés de quelques piques mal aiguisées et d'épées mal affûtées qu'ils savent à peine porter. Mes milices ont l'avantage de l'équipement, de plus nous avons Tholtig, mais les munitions sont peu nombreuses, je les réserverai pour les éléphants géants.
Leur armée a-t-elle une autre faiblesse ? Je vois que leurs pachydermes géants ont des installations en bois sur le dos. Peut-être que des carreaux entourés de lambeaux de lin imbibés d'alcool ou d'huile enflammé pourraient mettre le feu et neutraliser ces bêtes, ou tout du moins les personnes qui sont dessus et qui les dirigent. Tous les animaux craignent le feu, ceux-ci n'y échapperont guère. Dommage qu'il n'y ait rien d'autre dont les éléphants aient peur, ou presque, mais bon je ne dispose pas d'une armée de souris... à moins que... il faut que je vérifie.
- J'aurais pensé à creuser une issue vers le haut pendant qu'il est encore temps, proposa un officier.
- Non, répondit Scar qui venait de sortir de ses pensées. Nous pouvons nous battre. McShire, préparez toute notre armée, y compris la logistique et les ingénieurs pour Tholtig qui se concentrera sur les cibles les plus grosses et donc dangereuses.
- Parfait.
- De plus, je veux que les arbalétriers disposent d'une certaine puissance de feu. Au sens propre. Ils devront faire tout leur possible pour allumer les constructions en bois sur les éléphants géants. Urist RandomName, pour ceci je voudrais que vous me cherchiez plusieurs kilo de tissu et ordonniez qu'on ramène ici le liquide le plus inflammable de la forteresse, alcool ou huile, je m'en fiche. Vous entourerez les tissus autour des carreaux avant de les enflammer avec une torche. Tout est clair messieurs ?
- On ne peut plus clair, dit McShire.
- J'ai tout compris, répondit Urist RandomName.
- McShire, vous devrez défendre les sous-basements en priorité. Je suppose que leur stratégie devrait être d'ouvrir la voie aux autres. On ignore combien sont en bas, mais en tout cas ils sont toujours bloqués et risquent de l'être jusqu'à l'effondrement du mur. A ce moment-là les dégâts vont être gros, tenez-vous à l'écart tant qu'ils ne se sont pas décoincés. Pour la suite... tenez le front jusqu'à l'arrivée des renforts.
- Quels renforts ?
- Ceux dont Icar-Deng n'a pas connaissance et que Morul semble avoir oubliés. Ils devraient pouvoir faire jouer la balance en notre faveur. Si l'on se fie aux estimations des tailleurs de pierre, il ne nous reste que 40 minutes avant qu'ils ne déferlent sur nous. Vous feriez mieux de vous dépêchez, et moi de même. J'ai à leur parler. Rompez, messieurs, tous à vos postes, je vous veux prêts à mon retour.