Sauf qu'il n'y a rien concernant un quelconque insta-kill dû à l'accélération dans DF. ![]()
Si tu vas dans ce sens là, il n'y a rien dans DF concernant de quelconques mousquets, balistes tirant des carreaux supra-luminiques et autres chaises roulantes à propulsion à ressorts. ![]()
Si il y a bien une personne à prendre des libertés avec le jeu, c'est toi. ![]()
Que veux-tu, c'est beaucoup plus productif que de prendre des libertés avec les personnages des autres. ![]()
Bon, ça suffit oui ? ![]()
Edit: habile détournement de conversation, scélérat. ![]()
Tu m'excuses, les forumers ne disposant pas de personnage principal vivant n'ont pas voix au chapitre. ![]()
Truman en mode "nananinarère j'entends rien !". Tu m'avais habitué à mieux, comme humour. ![]()
... Cela dit, tu as raison. Mon nouveau personnage est donc Becca Futée !
D'ailleurs, voici un chapitre:
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Bwarg ! Grarg bwarg mouarg ! Gra-bouarg ! Gra-moua-bwarg !
GRAWAWARG ! MOUARG ! Mouarg... MOUARG-ARG-ARG !
Bouarg ? BOUARG ?! BOUARG !!! GOUARG ! Gouarg. Goua-gouarg.
...
Mouarg...
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"Mouarg ?" graboumouarg bwarg.
Bwarg ! Grarg bwarg mouarg ! Gra-bouarg ! Gra-moua-bwarg !
GRAWAWARG ! MOUARG ! Mouarg... MOUARG-ARG-ARG !
MOUAAAAAAAAAAAAAAAAARG !
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A SUIVRE...
Best.
Chapitre.
Ever.
Cé bô. ![]()
Merde t'es dégueulasse imagine que des enfants lisent ça ![]()
Il faut l'avouer, le style de Kait a énormément progressé depuis le début du topic. ![]()
Je vous déteste tous. ![]()
Même moi? ![]()
Les trois coups énergiques donnés sur la porte de bois résonnèrent quelques instants dans la large galerie menant à l'atelier de mécanique tandis que l'expression pensive imprimée sur les traits d'Istam laissait place aux signes d'un léger agacement, qui se traduisit par un discret renâclement lorsque le panneau coulissa enfin, révélant dans le léger entrebâillement une demi-douzaine de paires d'yeux strabiques qui le fixèrent d'un regard surpris.
"LE SIEUR ISTAM!
" s'exclama l'un des hommes-rats dont la constatation fut accueillie par les "diantre!", "fischtre!" et autres exclamations de ses collègues.
Décidant de puiser dans sa patience, le forgeron les gratifia d'un salut amical et en vint directement à l'objet qui l'avait amené en ces lieux. A l'entente de sa requête, les rongeurs s'entre-regardèrent un instant avant de lui claquer le panneau au nez.
Fermant les yeux un instant, Istam s'imagina comme il serait facile de défoncer cette porte de sa hache dont il se servirait ensuite pour se tailler un chemin vers ce qu'il cherchait en ces lieux. Prenant une profonde inspiration, il s'apprêta à frapper une seconde fois lorsque le panneau coulissa à nouveau, laissant apparaître un homme-rat au regard un peu moins divergent que les précédents.
"Nôtre maistre-ferronier est-il en quête d'un opuscule?" lui demanda-t-il d'un ton enthousiaste.
- Précisément." lui répondit le nain en haussant légèrement le sourcil.
- Pietonnez-donc à ma suite!" s'exclama l'imposant rongeur en retournant à l'intérieur.
Marchant prudemment dans les pas de son guide, Istam nota que même en l'absence de son occupant principal, l'atelier était grouillant de vie, le renouvellement excessivement rapide de la population d'hommes rats contrebalançant le taux de mortalité tout aussi incroyable auquel ils étaient sujets de par leur stupidité congénitale et la dangerosité de l'environnement dans lequel ils travaillaient.
Autour des tables, les rongeurs filetaient des vis courbées et taraudaient des écrous biaisés qu'ils triaient ensuite par taille, limaient divers matériaux afin d'en tirer des engrenages difformes et lustraient des pièces de forme étrange. Dans les allées circulaient des groupes transportant plaques et barres métalliques, tonneaux contentant diverses poudres ou liquides et sacs de toile contenant des déchets de production. Au fond, à côté d'une cantine rudimentaire où ils étaient nombreux à se gaver de fromage et de vin de champignon, un imposant fourneau avait été taillé à même la roche et était alimenté en continu par des pelleteurs qui y fourraient bûches, charbon de bois, copeaux et tout ce qu'ils trouvaient de combustible afin de chauffer une grande cuvette de pierre dans laquelle ils jetaient différent minerais afin d'en tirer des alliages inédits car probablement peu fiables.
Perché sur un grand assemblage mécanique à l'usage inconnu, un homme-rat déclamait à un groupe attentif son avis sur le meilleur moyen de procéder à un entretien efficace du dispositif en question, chacune de ses phrases étant accueillie par des approbations enthousiastes. Et lorsque la machine bascula sous son poids pour aller s'abattre au sol en écrasant une douzaine de rongeurs, la réaction des survivants ne fut qu'un "fascinant!" suivi des approbations du reste du groupe.
Prêtant le moins d'attention possible à ces visions surréalistes, le nain se contenta de surveiller ses alentours immédiats, comptant bien arriver en un seul morceau au fond de la pièce.
- - -
Skrouïk-Pouïk fit halte en face de la gigantesque étagère branlante supportant la quasi-totalité des ouvrages présents dans l'atelier et se retourna vers le forgeron avec un sourire aimable.
"Monseigneur cherchoit-il un ouvrage particulier?" s'enquit-il.
- En quelque sorte." lui répondit Istam sans relâcher sa vigilance. "Les marchands de la Rougenation arrivés à la forteresse il y a quelques heures avaient des livres en leur possession. Je leur en aurais bien offert un prix raisonnable, mais ils m'ont informé qu'un homme-rat leur avait tout racheté dès leur arrivée."
Skrouïk-Pouïk ressentit une certaine satisfaction à la mention dudit commerce, et commença à parcourir des yeux les reliures en quête des livres précités. Dernier survivant de la seconde génération d'hommes-rats, il ne portait pas autant les stigmates de la consanguinité que ses nombreux descendants et possédait à son sens une intelligence et un bon sens supérieur. Qui restait-il parmi les siens qui ait à la fois reçu les soins de Morul le père nourricier, l'entraînement de McEdern le maître d'armes et l'instruction de McTruman le percepteur ? Qui maîtrisait encore la langue des couinements qu'il avait appris de ses parents? Personne, en vérité. Ses frères n'étaient plus depuis longtemps, à l'image de ses fils et de ses petits-fils. Tous avaient rejoint le grand navire de fromage cosmique. Ainsi, quand l'opportunité lui avait été donné, il ne s'était pas contenté d'apprendre la langue naine orale et avait assimilé les principes de lecture et d'écriture en un temps ridiculement court avec pour projet de mettre par écrit l'histoire de son peuple. Suite à cela, il avait parcouru maintes œuvres couvrant des domaines tels que le droit et l'économie pour lesquels il éprouvait maintenant une passion dévorante.
"Je tenais surtout à savoir si parmi les livres en question se trouvaient des chroniques écrites récemment." continua le forgeron. "Tout ce qui concerne les régions proche de la côte m'intéresse particulièrement.
- Corbleu!" s'exclama Skrouïk-Pouïk, déçu. "Point d'ouvrage qui ne concerne ce sujet. Mais je vous ferai mander adonques nous mettrons les mains sur un tel opuscule, pour austant que vous joignez nostre cercle!"
Devant le regard circonspect d'Istam, l'homme-rat se dirigea vers une petite presse mécanique dont il poussa sur le levier de tout son poids.
"Pour un gasge ridicule d'un Biyme d'argent," continua-t-il, " vous aurez l'usage pour un an d'une plasque de membre et pourrez ainsi emprunster tout ouvrage deux semaisnes durant!"
Dans un réflexe, Istam se baissa au moment où la machine vomit une plaquette d'étain qui lui rasa le sommet du crâne pour aller se planter dans l’œil d'un homme-rat qui passait. Sans se départir de son assurance, Skrouïk-Pouïk récupéra la plaque gaufrée et la tendit au nain avec un grand sourire. Tenant à rester le moins longtemps possible en ces lieux, le forgeron sortit la somme demandée de sa bourse avant de se faire reconduire vers la sortie.
Ayant refermé le panneau de bois, Skrouïk-Pouik revint à sa table de travail et se saisit de sa plume qu'il trempa brièvement dans l'encre avant de reprendre là où il s'était arrêté.
"Chroniques des bonnes rategens de Cornedebousque, chapitre huitième : De la quête d'une bourse fort afarcie."
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C'était génial, ces rats sont parfaits! ![]()
La ligne du grand navire de fromage cosmique m'a tué. ![]()
... ![]()
J'ai ri.
On a dorénavant une médiathèque. ![]()
Mmm... il faudrait retaper les pièces d'argent
"En l'an 1688, de vaillants nains partirent fonder la citadelle légendaire de Cornedebouc. Vite rejoints par des personnages hauts en couleurs, ils bâtirent ce qui resterait une des légendes les plus incroyables du Domaine des Tempêtes. Ce chapitre ne raconte pas leur histoire."
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Quelque part dans la Vive Forêt, Osman Bonsaffran marchait d'un pas vif sous le couvert des arbres. La nuit tombait, et l'elfe se demandait s'il aurait le temps d'atteindre Alinoita avant qu'elle s'établisse complétement. Bien qu'il n'en soit pas à son premier voyage, il n'avait jamais aimé prendre de risques, et n'importe quel enfant aurait qualifié de très gros risque le fait de s'aventurer seul dans l'obscurité. Mais celui qui avait visité Cornedebouc dans le but avoué de se trouver un nain assez naïf pour l'accompagner n'avait pas eu d'autre choix que de continuer seul après l'accueil qui avait été le sien, et les terres séparant l'avant-poste nain de la Vive Forêt n'étaient pas exactement propices aux rencontres amicales. Le barde avait bien aperçu des gobelins à une ou deux occasions, mais il n'avait pas jugé prudent de se montrer. Après tout, leur nation était en guerre avec tous les peuples civilisés du continent-et sans doute d'autres encore-, et il y avait fort à parier que la vision d'un elfe dans leurs territoires ne leur aurait pas inspiré des sentiments positifs. Osman avait donc marché seul de Cornedebouc à la Vive Forêt en suivant une trajectoire s'approchant autant que possible de la ligne droite, se cachant lorsqu'il sentait une présence et se réfugiant dans les arbres quand les nuits se faisaient particulièrement sombres. Une fois arrivé à la lisière du territoire elfe, il s'était fié à son instinct pour trouver un chemin contournant les patrouilles en l'existence desquelles il croyait fermement. D'aucuns auraient qualifié ses efforts d'exagérés, mais il savait bien que la fortune se faisait un plaisir de tourner au moment où l'on se sentait le plus en sûreté. Il avait ainsi redoublé de discrétion alors qu'il passait avant-postes et premiers havres forestiers et se rapprochait de la capitale, où du moins de sa position supposée, telle qu'elle était indiquée sur les cartes qu'il possédait, qui dataient certes un peu. Ce défaut de précision n'avait pas manqué d'inquiéter le barde, mais il s'était vite rassuré, se disant qu'il y avait peu de chances qu'une cité entière se déplace en moins d'un siècle, d'autant plus qu'une telle durée était en fin de compte infime devant celle de la vie des habitants.
Il avançait donc ainsi, penché et à l'ombre des arbres, lorsqu'il eut le sentiment d'être observé. Il attendit une minute ou deux, puis, voyant que l'impression perdurait, décida de cesser de se cacher. La cause de ce revirement apparent était purement logique : tout agile qu'il fut, il demeurait un elfe ayant été élevé chez des hommes. En peu de mots, il avait appris à se déplacer discrètement dans la végétation, tandis que ceux qui le traquaient au moment présent étaient nés dans une forêt et y avait probablement passé les deux ou trois derniers siècles. C'était là une différence trop importante pour qu'il puisse espérer la combler, et il préférait prouver ses bonnes intentions en mettant fin à la traque aussitôt que possible plutôt que risquer de convaincre quelqu'un d'important qu'il représentait un danger.
Ses poursuivants ne tardèrent pas à se montrer. Tandis qu'il se tenait debout au centre d'une petite clairière, il vit des mouvements brusques dans l'ombre des arbres. Peu après, une voix se fit entendre.
"-Caÿi! Ibena sofi, bírare lina?"
A ce moment, le barde regretta de ne pas avoir pris la peine de parfaire son elfique au-delà d'un niveau décent. De ce qu'il pouvait en dire, la voix s'adressait à lui en un idiome particulier, très vieux et auquel il ne s'était jamais intéressé. Conscient qu'il lui fallait bien répondre, il décida de s'exprimer dans le seul elfique qu'il connaissait. Dans le pire des cas, l'autre serait forcé de suivre son exemple.
"-Je suis le célèbre Osman Bonsaffran. Vous devez avoir entendu parler de moi, "la Griffe Sauvage des Forteresses". J'ai tué...
-Silence!"l'interrompit la voix dans le même dialecte"Approchez à la lumière de la lune."
Comme Osman s'exécutait, un elfe sortit du couvert des arbres. La manière assez faste dont il était vêtu ainsi que le plastron de bois qui protégeait son torse l'identifiaient comme un officier de l'armée elfe. Il avançait vers le barde d'une démarche souple, la main droite nonchalamment posée sur le pommeau d'une épée qu'il portait à sa ceinture. Lorsqu'il eut dévisagé Osman, il continua d'une voix courroucée.
"-Vous êtes bien un elfe! Mais pourquoi parlez-vous si mal notre langue?
-Vous ne connaissez pas mon histoire? Je suis né dans une forêt de la Rougenation. Lorsque les humains m'ont trouvé, deux cerfs étaient autour de mon berceau et le corps d'un ours gi...
-Oui, oui, bien entendu"fit l'officier d'un ton agacé."Que faites-vous ici, étranger?
-...Je suis ici pour livrer un message à la Reine de la Vive Forêt."répondit le barde, quelque peu agacé qu'on ne lui ait pas laissé finir son récit.
-Vraiment?"s'exclama son interlocuteur."Et qu'est-ce qui vous fait penser que la Reine recevra un émissaire étranger sur une simple demande?
-Le message que je porte vient...d'Istam Thirzuntîr"fit l'elfe d'une voix assurée."Si ça ne suffit pas, je suis Osman Bonsaffran.
-Thirzuntîr et Bonsaffran, vous dîtes?"interrogea l'autre d'un air pensif.
-Oui"confirma Osman avec suffisance.
-Cela ne me dit absolument rien. Navré, mais vous n'irez pas plus loin.
-Pardon?"s'exclama Osman avec une franche surprise"Mais je suis Osman Bonsaffran!
-Et votre nom ne me dit rien. Nous allons vous escorter jusqu'à Alinoita, où vous resterez sous surveillance jusqu'à ce que vous soyez déclaré inoffensif. Vous pourrez ensuite vous perdre où vous voudrez dans le royaume, mais certainement pas dans la demeure de la Reine. Faites-vous une faveur et ne résistez pas, mes gardes et moi-même sommes à cran ces jours-ci.
-...Tibep"murmura le barde avant de reprendre plus haut."Je vous suis, officier."
Lorsque l'étranger eut disparu, emmené par ses soldats, le capitaine jeta un oeil au parchemin qu'il avait encore en main. Même s'il y avait peu de chances que ce messager représente une menace, il valait mieux faire preuve de zèle que de perdre à nouveau une Reine, d'autant plus que celle-là était la dernière des filles d'Arana, et qu'il y avait fort à parier que la situation se compliquerait si elle venait à connaître un sort semblable à celui de sa soeur. Pour autant, cette preuve de prudence ne signifiait pas qu'un message aussi curieux ne méritait aucune attention. Après tout, les missives portant le sceau de la Roue d'Argent étaient rares, si rares que certains des elfes les plus jeunes ne devaient avoir qu'une vague idée des liens entre leurs pays.
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Au coeur du havre forestier d'''Alinoita'', dans le jardin royal, la jeune Reine Amiÿa Rithinicamela profitait d'une paix bien rare. Seulement accompagnée de l'''Anetha ''de la Vive Forêt, elle promenait tranquillement son regard sur les plantes magnifiques rassemblées depuis des siècles par ses prédécesseures. La tradition voulait en effet que ce bout de terre soit entretenu par la famille royale et agrandit par l'ajout d'espèce de tous horizons. Jusqu'à présent, toutes les reines s'y étaient pliées, à l'exception de sa soeur Thilu, dont le règne excessivement court l'avait empêché de suivre la coutume. Décidée à ne pas penser au sort funeste auquel semblaient promises les membres de sa famille qui accédaient au pouvoir, Amiÿa se perdait de son mieux dans les senteurs exotiques que recelait ce lieu. Toute à sa contemplation, elle fut surprise lorsqu'une voix s'adressa à elle.
"-Amiÿa, un message est arrivé."dit l'''Anetha''."Il vient de la Roue d'Argent.
-La Roue d'Argent"demanda la jeune Reine avec une certaine curiosité."Ce sont ces nains vivant de l'autre côté de la mer, n'est-ce pas?
-Oui. Tu sais qui ils sont, bien sûr."répondit l'autre avec un léger doute dans la voix.
-Bien entendu"fit Amiÿa en balayant ses doutes de la main"Mère nous a bien éduquées, et tu le sais parfaitement, ''oleme''. Que veulent-ils?
-Nous ne savons pas encore. J'ai là le message, et il est adressé à "''ìle mina Evala''", sans qu'un nom soit précisé.
-Cela ne m'étonne pas, ces peuples mortels oublient facilement ce qui leur est lointain, et nous n'avions pas eu de leurs nouvelles depuis longtemps.
-En effet"fit l'''Anetha''."Autant le lire maintenant"ajouta-t-t-il en lui tendant le message.
La Reine prit le parchemin et le porta à la lumière. Elle lut en silence durant quelques secondes, puis s'arrêta brusquement. La peau soudain aussi pâle que la lune, elle lâcha le message et laissa échapper quelques mots.
"-Inira carili.
-Qu'y a-t-il?"s'exclama l'''Anetha'' en ramassant le parchemin.
-Vois par toi-même"lui répondit Amiÿa d'une voix blanche.
-Laisse-moi un peu de temps"fit-il"''Veno emura''"ajouta-t-il peu après. C'est une nouvelle terrible.
-En effet"l'émotion de la Reine était si forte qu'elle avait du mal à parler."Il nous faut en savoir plus.
-Ce nain affirme vivre dans une forteresse nommée ''Shegetbelbez''."il s'arrêta brusquement, semblant réaliser quelque chose."C'est un de ces ''macofi''!
-Eux?"cracha la Reine."Il nous faut pourtant savoir.
-Nous ne pouvons risquer un nouvel incident. Une guerre avec le Pilier Pointu serait catastrophique pour nos deux camps.
-Je sais..."murmura Amiÿa."J'ai peut-être une idée. Le messager est-il encore en ville?
-Peut-être. Que veux-tu faire?
-Qu'on le trouve et qu'on lui ordonne de retourner à ''Shegetbelbez''. Qu'il soit accompagné par douze de nos éclaireurs. Ils ont pour ordre de nous ramener ce nain en évitant tout contact avec la ville tant que c'est possible.
-Hmm..."fit pensivement l'''Anetha''."Le messager pourrait se débrouiller pour faire sortir le nain, et nos soldats feraient le reste. Cela pourrait marcher, mais je leur ordonnerai de tout annuler si un risque de confrontation avec les nains se présente. Ai-je ton accord?
-Oui"répondit la Reine."Qu'il nous amène ce Thirzuntîr."
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Ailleurs en ville, Osman Bonsaffran gisait étendu sur une branche. Le refus des elfes locaux de reconnaître sa grandeur l'avait décidé à la prouver à nouveau à tous, et il s'était alors rendu dans la première taverne qu'il avait pu trouver. Une fois monté en haut de cet arbre, il avait rejoint les différents artistes et s'était mis à déclamer les poèmes qu'il écrivait depuis tant d'années. Au début, la foule avait semblé apprécier ses récits, surtout la mort de la Bête, qui déclenchait toujours une vague d'exclamations et de visages souriants. Encouragé par ce succès, l'elfe s'était mis en tête de participer un concours de boisson avec deux marchands nains, et c'était à partir de là que les choses avait dégénéré. Le barde, c'était bien connu, était originaire de la Rougenation et n'avait donc pas l'habitude des alcools uniques courants dans les maisons elfes. L'un d'eux, que les locaux nommaient Ithi Olaca, était si pur que la plupart des elfes avertis se contentaient d'une gorgée par journée. Ignorant de cela, Osman s'était aveuglément lancé dans une compétition avec deux représentants d'un peuple dont on disait que même les gnomes étaient jaloux.
Sans grande surprise, il avait vite perdu le compte du nombre de verres, et peu de temps après il se retrouvait vigoureusement expulsé de l'arbre-taverne. Heureusement pour lui, sa chute avait été amortie par une branche, branche sur laquelle il reposait maintenant en souhaitant ne jamais avoir parlé au nain de Cornedebouc.
L'elfe aviné avait commencé à énumérer les raisons pour lesquelles il aurait dû demeurer à distance de toute créature à la fois plus petite qu'un elfe et beaucoup plus poilue lorsque la branche laissa échapper un craquement sinistre. Il s'interrompit au moment précis où elle cédait sous son poids et le précipitait au niveau du sol avec une célérité dont il se serait bien passé. Aux portes de l'inconscience, il eut l'impression de voir des silhouettes se pencher sur lui. Il tenta de se présenter, mais l'effort le fit basculer dans un sommeil profond et paisible.
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Une sensation de vive fraicheur le ramena à lui. Clignant frénétiquement des yeux, il secoua la tête en cherchant à comprendre ce qu'il lui arrivait. Passé les dix premières minutes, il parvint à distinguer une silhouette en face de lui. L'être, qu'il soupçonnait d'être un elfe, tenait un seau dans ses mains dont il devait avoir utilisé le contenu un peu plus tôt. Voyant qu'il revenait à lui, il lui parla en humain.
"-Ivrogne. Levez-vous et suivez-moi."
Encore sous le choc de son erreur de la nuit précédente, le barde se mit debout-non sans l'aide de l'elfe au seau-et tituba à sa suite. De vives lueurs assaillirent ses yeux alors qu'il faisait de son mieux pour ne pas perdre les pieds de son guide, et il ne parvint pas à identifier l'endroit où il était.
La marche dura ce qu'il paru à Osman un temps infini, et l'arrêt brutal de celui qu'il suivait le surprit tant qu'il perdit son équilibre précaire et chuta. Pour son plus grand bonheur, le sol contenait une information sur sa position : où qu'il fut, il y poussait une végétation confortable.
Un coup de pied empêcha le barde de s'endormir, et quelqu'un le releva. Ouvrant les yeux, il vit qu'il était entouré d'une dizaine de ce qui lui paraissait être des soldats elfes. L'un d'eux s'approcha de lui et parla. Par bonheur pour Osman, il maitrisait l'humain.
"-Vous êtes bien celui qui a porté un message destiné à la Reine il y a peu?"demanda-t-il d'une voix rude"Osman Bonsaffran?
-Vous...Vous me reconnaissez?"balbutia Osman."J'ai tué la Bête, en un coup de...
-C'est bien lui"intervint quelqu'un hors de son champ de vision."Je le reconnais maintenant.
-Bien"fit celui qui avait parlé le premier."Vous allez nous mener jusqu'à cette ville où vous avez rencontré le nain, compris?
-Je...ne suis pas un guide"murmura le barde.
-Maintenant si."rétorqua l'elfe."Et vous le serez jusqu'à ce qu'on revienne avec le nain."
Les aventures de Kait qui relit tout le topic:
-Il dit "Umgush".
-A tes souhaits.
-Je crois que c'est son nom.
-Quel nom étrange.
Quand on sait que "Umgush" signifie "étranger", c'est plutôt rigolo. ![]()
La nuit tombait sur la ville d'Osorineth, mais la Ville-Montagne ne faisait pas mine de s'endormir. Si l'activité des quartiers extérieurs était au plus bas durant la nuit, celle des nains occupant l'intérieur de la montagne ne diminuait pas. Alors que ceux des citoyens qui vivaient suivant l'astre solaire se laissait aller à un repos dont ils avaient bien besoin, ces quartiers souterrains grouillaient d'une activité qui n'était pas sans rappeler celle d'une fourmilière. Partout, des nains couraient, livrant des objets ou se rendant à leur lieu de travail. Alors qu'elfes et hommes dormaient, le peuple nain prenait possession de la ville et redoublait d'efforts.
Du haut d'une fenêtre du Palais de Granite, le Roi Dakon regardait les faibles lueurs produites par son peuple en action. De sa position en hauteur, il pouvait observer l'entièreté de l'immense caverne que son peuple avait creusé à même la montagne, et qui accueillait depuis des siècles les quartiers nobles ainsi que quelque-uns des artisans les plus célèbres de la Roue d'Argent. Le centre d'Osorineth avait une place particulière dans les esprits de ses habitants. Première construction ayant émergée de la montagne des siècles auparavant, peu d'entre eux étaient autorisés à pénétrer dans certains de ses bâtiments, et l'entrée au Palais lui-même était protégée par la Garde d'Argent, qu'aucune âme en possession de sa raison n'aurait voulu provoquer. Là, dans ce Palais mythique, prenaient source les rumeurs les plus folles. On racontait que le Roi Tekkud y avait enfermé un dragon, et qu'il lui avait donné l'ordre de protéger sa descendance jusqu'au retour des Pères. Certains disaient aussi qu'un spectre dormaient dans les murs, et que les rares assez doués pour tromper la vigilance de la Garde étaient mis en pièces alors qu'ils erraient dans les couloirs déserts. Une autre légende voulait que le secret des Tisseurs repose quelque part dans ces murs, et que c'était cela et non le Roi que la Garde protégeait.
Malgré ces rumeurs, ou peut-être par leur fait, ce quartier était l'âme de la Roue d'Argent en plus d'une façon. Les habitants étaient gorgés de fierté à l'idée de vivre proche de toutes ces légendes, et le Temple des Pères, seul lieu où les nains étaient tous égaux, ne désemplissait pas.
Les nains aimaient donc profondément cette ville, et cet amour était partagé par les races qui s'y étaient peu à peu établies depuis l'accord des trois Sages. Les hommes étaient arrivés en premier, forts de leur adaptabilité et de la courte mémoire propre à leur race. Incapables de vivre toute leur vie sous la montagne, ils avaient participé à la construction d'un quartier sur ses flancs. Enfin, les elfes avaient triomphé de leurs rancunes et s'étaient à leur tour installés dans les nouveaux quartiers, apportant avec eux des plantes qu'ils faisaient pousser dans la roche comme s'il s'agissait de la terre la plus fertile.
La venue de tant de nouveaux peuples en l'espace de seulement un siècle n'avait pas manqué de créer des tensions en ville, mais Usad-Thunen était le lieu où naissaient et mourraient les haines, et son exemple ainsi que les visites régulières des Sages avaient contribué à noyer les conflits. Aujourd'hui, les nains étaient fiers des quartiers extérieurs, et un certain nombre d'entre eux y avaient même leur demeure. Quant aux elfes et aux hommes, ils s'étaient mis à respecter la grandeur de ce peuple que leurs efforts combinés n'avaient pas fait plier. Décade après décade, l'harmonie s'était faite plus parfaite, et après deux siècles les Rois nain et humain étaient retournés dans leurs capitales respectives, laissant la Reine Nefòla guider Usad-Thunen, où reposaient les dépouilles de Cero et de Tekkud, les deux Sages sensibles au passage du temps.
Dakon pensait à la grandeur de ces Rois alors qu'il observait le centre de son royaume, toujours aussi magnifique mais désormais parcouru par des nains du peuple. Que de simples nains foulent le sol antique ne gênait pas le monarque, mais la raison de ces travaux hâtifs le perturbait au plus haut point. Car qu'il contemple les avenues légendaires du Sanctuaire ou les portes solides du quartiers extérieurs, tous les signes lui renvoyaient le même message, qui était visible dans la hâte avec laquelle les nains travaillaient, dans la nervosité des animaux de la ville, dans les rumeurs qui s'échangeaient le soir dans les tavernes.
Oui, Dakon le voyait d'où il était. Les artisans les plus compétents de la ville oeuvraient nuit et jour, les forges livraient des armes par centaines, tant de signes qui ne différaient que peu du niveau d'activité habituel de la capitale mais dont les causes sautaient aux yeux de l'observateur averti. Tout cela ne pouvait vouloir dire qu'une chose : Osorineth se préparait à la guerre.
La guerre. Celle contre les hordes gobelines déferlant sur eux depuis des mois. La première attaque avait prit l'Alliance par surprise, et celles ayant suivi aussi. Les gobelins n'avaient pas été aperçus sur le continent depuis Mezilush, lorsqu'ils avaient fuit devant la destruction de l'armée humaine à Irdobar. Quand les premières rumeurs étaient parvenues jusqu'au coeur de l'Alliance, certains des humains se pensaient attaqués par des démons, et les nains eux-même n'identifièrent leurs ennemis qu'après avoir consulté leurs archives. Lorsque enfin leur identité devint connue, ce ne fut que sous la pression de la Reine Nefòla que la menace fut prise au sérieux, et même ainsi les elfes étaient presque défaits quand les premières armées naines et humaines arrivèrent sur place.
Dakon soupira. Nefòla avait eu raison, une fois de plus. Mais même elle n'avait pas prévu que les armées gobelines seraient menées par de telles créatures. Si cela avait été le cas, la Garde d'Argent aurait été envoyée en même temps que les troupes guidées par son fils ainé, et peut-être qu'alors cette guerre aurait pris un cours différent. Mais maintenant, et bien que la Garde soit quasiment intacte, les forces naines n'étaient plus assez nombreuses pour espérer qu'elle fasse la différence. Dans des moments semblables à celui-ci, Dakon se disait que le peuple n'ignorait pas cela, et leurs visages souriant quand ils les croisaient au Temple lui fendaient l'âme.
Un bruit derrière lui tira le Roi de ses pensées moroses. Il se retourna et embrassa du regard la pièce où il se trouvait. Dénuée de toute décoration et avec pour seuls meubles une table, un fauteuil, et une étagère remplies de rouleaux, c'était probablement la salle la plus simple du Palais. Naturellement, c'était aussi celle que personne en-dehors de lui et de la personne lui faisant face ne voyait jamais.
Le regard de Dakon se fixa enfin sur celui qui avait interrompu son observation de la ville. D'une taille légèrement supérieure à la moyenne naine, enveloppé dans un long manteau sombre dont le capuchon cachait son visage, son identité ne laissait aucun doute au Roi. Souriant faiblement, il accueillit la silhouette d'un hochement de tête.
"-Toujours occupé à pleurer les circonstances"fit le nain d'un ton accusateur.
-Ker"répondit Dakon d'une voix calme."Je t'attendais.
-Tu devrais comprendre que c'est inutile. Se lamenter ne fera pas revenir les morts.
-Je sais"soupira le Roi."C'est plus fort que moi.
-Alors, dirige tes plaintes envers les vrais coupables.
-Nous ne continuerons pas sur ce sujet"le visage de Dakon s'était fermé.
-Demande-leur!"siffla Ker"Demande aux Pères pourquoi ils abandonnent leurs fidèles! Demande-leur pourquoi nos dieux sont des lâches!
-Assez, maître espion!"s'emporta le Roi."Tu te retiendras d'aborder ces sujets à l'avenir. Ne me force pas à en faire un ordre.
-Ne me force pas à désobéir..."murmura le nain.
Choisissant d'ignorer cette dernière remarque, le Roi se tourna vers l'étagère et toucha du bout du doigt les rouleaux qu'elles contenaient. Pensif, il se demanda s'il aurait un jour le courage d'interroger Ker sur l'usage qu'il en faisait. Il reprit la parole.
"-Quelles sont les nouvelles?
-Irdobar est tombée.
-Si vite..."le visage de Dakon se fit pensif."les rumeurs sont-elles vraies?
-Certaines. Il mène leurs forces. Et porte la cicatrice.
-Ah...Uthar était le meilleur d'entre nous.
-Le petit était doué."dit doucement Ker"Mais il vient à sa mort.
-Et je suis celui qui me perd dans mes rêves!"s'exclama Dakon.
-La Garde est ici.
-Peut-être...Mais le conseil doit nous attendre, n'est-ce pas?
-Oui. Un messager elfe est arrivé il y a peu. Il affirme venir d'un royaume éloigné et porter un message de leur Reine. Le Conseil l'interroge en ce moment même.
-Vraiment?"La voix de Dakon trahissait sa surprise."J'y vais tout de suite dans ce cas. Nous parlerons plus tard".
Les deux nains se séparèrent sur ces mots, et Dakon quitta la pièce par son passage habituel, qui n'était pas celui qu'empruntait Ker, pour se retrouver dans l'aile du Palais qui lui était réservée. De là, il se rendit dans une petite pièce où l'attendaient ceux de ses généraux qui étaient encore en vie ainsi que quelques seigneurs importants. Un elfe était présent et répondait à des questions. Le silence se fit lorsque le Roi entra, et quelqu'un lui tendit le message que l'elfe transmettait. Dakon le lut, puis s'adressa au messager dans un elfique dénué d'accent.
"-Ainsi donc, tu viens de par-delà les mers?
-Oui, votre Majesté"répondit l'elfe d'un ton neutre."J'ai été envoyé par ma Reine suite à une nouvelle perturbante. Est-il vrai que la Reine Nefòla n'est plus?
-La Reine vivait à Usad-Thunen, que votre race appelle Eniwa, depuis plus longtemps que j'existe. Nul ne sait ce qu'il lui est arrivé après la perte de la ville, mais il est malheureusement raisonnable de penser qu'elle a subit un sort semblable à la cité qu'elle aimait tant. J'apprends dans cette lettre que votre Reine en était une parente éloignée, et je vous prie de lui transmettre mes condoléances les plus sincères.
-C'est une bien triste nouvelle pour notre peuple, en effet. Un arbre poussera en son honneur dans chacune de nos demeures. Pourtant, je dois surmonter ma peine et m'interroger sur ce que mon voyage m'a fait découvrir. Est-il vrai que ce continent est en guerre?
-Nous sommes bien en guerre contre un ennemi qui doit vous être familier. Mes généraux vous interrogeront sur ce que vous avez pu voir, obtenir des renseignements fiables est difficile en ces temps troublés.
-Je les aiderai de mon mieux.
-En attendant cela, pourquoi n'allez-vous pas vous détendre dans un des nombreux bains du Palais? Nous avons beaucoup à discuter avant d'en venir à vos informations.
-Je ne serais pas contre un peu de confort après ce long vol, votre Majesté.
Parfaitement conscient du congé qui lui était donné, l'elfe quitta rapidement la pièce. Lorsqu'il fut parti, le Roi s'adressa aux membre du conseil.
"-Commençons. Comment avancent les travaux?
-Nous progressons à une vitesse satisfaisante"répondit un nain au visage défiguré par une cicatrice."Nous serons prêts lorsqu'ils arriveront, même si les autres forteresses tombent en quelques heures.
-Ce qui ne sera pas le cas, je l'espère."reprit le Roi."Nos troupes sont prêtes, j'imagine?
-Autant qu'elles le peuvent, et nous entrainons en ce moment les volontaires. Ils ne seront pas vraiment préparés, mais toute aide est utile.
-A ce propos"intervint un autre nain"Nous avons fini d'organiser ceux des réfugiés qui veulent encore se battre. Il nous faudra de quoi équiper quelques milliers d'hommes et elfes. Ils ont insisté pour avoir des arcs.
-Vous ordonnerez aux forgerons de se mettre au travail"décida le Roi"Pour les arcs, reste-t-il des Ameipana en ville?
-Quelques-uns"fit un jeune nain lisant un rouleau."Les meilleurs étaient à Usad-Thunen ou à Elifaÿonali.
-Que les elfes s'adressent à eux. Ils ont toujours été les plus efficaces pour ce genre d'armes.
-Je le note, votre Majesté.
-Bien."Dakon soupira."Il est temps que je vous fasse part d'une nouvelle qui m'est parvenue il y a peu. Irdobar est tombée."
La nouvelle frappa les nains du conseil comme une tempête aurait pu le faire. En quelques mots, le Roi avait semé le chaos dans la salle du conseil. Les plus jeunes demeuraient sans voix tandis que les nains plus expérimentés discutaient dans leur coin de ce qu'il convenait de faire. S'attendant à une telle réaction, il patienta quelques secondes avant d'élever la voix au-dessus du vacarme.
"-Silence!"
L'ordre de leur Roi étant des plus clairs, tous mirent fin aux conversations auxquelles ils participaient. Satisfait, Dakon reprit.
"-Je partage votre réaction, mais nous sommes ici pour trouver des solutions, pas pour nous perdre en lamentations inutiles. La priorité maintenant est de trouver que faire de la population civile occupant les forteresses séparant les gobelins d'Osorineth, et bien sûr, celle de la ville elle-même. Après une longue réflexion, je suis parvenu à la conclusion que nous n'avions qu'un choix valide : il nous faut les transporter à Keladril."
La décision du Roi créa un chaos plus complet encore que ne l'avait fait l'annonce de la chute d'Irdobar. Encore une fois bien conscient du poids de ses paroles, Dakon observa les membres du conseil crier à tout va comme des marchands sur une place de marché. Lorsqu'il en eut assez, il frappa avec force sur la table du conseil.
"-ASSEZ!"
L'éclat de voix eut l'effet désiré, et tous se turent tandis que le Roi les foudroyaient du regard. Enfin, l'un d'eux s'avança et parla.
"-Keladril, mon Roi? Mais la Ville n'est pas construite pour accueillir tant d'habitants.
-Je le sais bien, mais c'est le seul endroit sûr de ces montagnes. Nous aurons le temps d'y apporter des vivres.
-Que Duthtish consume les vivres!"explosa un vieux nain tremblant de fureur."Nous amènerions des milliers de paysans au milieu des Pères? Je m'oppose à cela.
-Je comprend tes réticences, Nural, mais c'est nécessaire.
-Mes réticences? Voilà une curieuse manière de qualifier mon dégoût le plus absolu! Mais admettons que nous fassions cela, qu'en sera-t-il des elfes et des hommes vivant en ville?
-Que veux-tu dire?"demanda Dakon d'un ton circonspect.
-Allons-laisser d'autres races pénétrer dans le Sanctuaire?
-Et pourquoi pas?
-Parce que c'est une offense envers les Pères! Parce qu'ils ne s'adressent qu'aux nains, et qu'ils n'ont que mépris pour les Matul-Dák et les hommes ! Parce que faire cela est renier tout ce qui...
-Cesse."l'interrompit Dakon d'un ton mauvais."Cesse, vieillard, avant que je ne te fasse exécuter pour tes paroles. Les elfes et les hommes ont autant leur place dans notre société que vous autour de cette table. Ils ont plus leur place dans notre société que des vermines telles que toi. Je ne tolérerai pas de tels propos dans cette salle, que cela soit compris par tous."
Nural fixait le Roi d'un air terrifié alors que ce dernier parlait. Voyant qu'il n'aurait pas besoin d'insister plus, Dakon conclut rapidement.
"-Mais, Nural, si tu te crois plus sage que mon ancêtre Tekkud et méprise les elfes à ce point, pourquoi ne vas-tu pas faire part de tes pensées à notre cher Becaro? Il t'écouterait avec attention."
A ces mots, Nural paru se dissoudre sur son siège. Quelle qu'ait pu être la pensée qui lui avait traversé l'esprit, elle le terrifiait suffisamment pour qu'il perde toute envie de répliquer qu'il avait pu encore avoir. Il recula vivement vers un coin de la pièce en balbutiant des excuses.
"-C'est ce qu'il me semblait."fit le Roi avec un léger sourire."Où est-il d'ailleurs?
-Becaro?"répondit un nain."Il supervisait la fortification de la porte nord lorsque nous avons commencé. Il ne devrait pas tarder.
-Envoyez quelqu'un le chercher, j'aurai besoin de sa présence pour interroger le messager. Sommes-nous tous d'accord pour déplacer les civils à Keladril?"
Les membres du conseil se regardèrent, puis un nain prit la parole.
"-Je pense que nous n'avons pas d'autre choix, mon Roi.
-Bien. Nous aurons besoin de rassembler assez de vivres pour autant de gens, et il faudra encore s'assurer que tous parviennent ici avant l'armée gobeline. Assurez-vous aussi que mes chers cousins suivent le cortège, ils sont tout ce qu'il reste de notre famille."
Pendant que Dakon donnait ses ordres, les membres du conseil se regardaient en silence. Lorsque le Roi eut fini, l'un d'eux s'avança.
"-Mon Roi"commença-t-il"Vous devriez les accompagner.
-C'est bien entendu hors de question, Shar. La Garde et moi resterons ici avec l'armée, et nous offrirons au général ennemi et à ses troupes l'accueil qu'ils méritent.
-Mais...
-N'insiste pas, ma décision est prise. Midorang ne saurait attendre à Keladril tandis que des nains meurent à Osorineth, et je manie la hache de mes ancêtres.
-...Je comprend. Puisse la Hache Écarlate se tacher du sang de nos ennemis."fit le général avec un regret dans la voix.
Alors que le conseil gardait le silence suite à ces paroles, du bruit se fit entendre à l'extérieur. Tous se tournèrent vers la porte lorsque celle-ci s'ouvrit pour laisser place à une silhouette qu'ils connaissaient bien. L'armure du nouvel arrivant brilla d'un éclat argenté à la lumière des quelques lampes éclairant l'endroit tandis qu'il traversait la pièce et avançait vers le Roi. Arrivé à son niveau, il retira son casque, révélant une tête qui n'avait rien de naine.
"-Ah, Becaro."l'accueillit Dakon avec un sourire."Nous commencions à nous impatienter.
-J'ai été retenu"répondit l'elfe dans un nain parfait."Désolé.
-Ce n'est rien, nous avons seulement maintenant besoin de ta présence. Tu es courant pour le messager?
-On m'a fait parvenir la nouvelle, oui.
-Je pense qu'il serait utile de l'interroger sur ce qu'il a pu apercevoir des positions ennemies. Tu t'en chargeras dès qu'il reviendra. En attendant, j'aimerais revenir sur une nouvelle intéressante contenue dans cette même lettre. Je suppose que tout le monde comprend où je veux en venir?
-Vous voulez parler...du Traître, votre Majesté?"interrogea un nain d'un air incertain.
-Lui-même. Le Traître, comme vous l'appelez avec tant de grandiloquence, ou le "pauvre nain perdu et injustement accusé", comme quelqu'un non présent ici l'a qualifié.
-Mon Roi, je suis certain que les charges ayant pesé contre lui étaient des plus vraies.
-Et je n'en suis pas aussi certain. Tout le monde ici sait en quelles circonstances ce procès a été conduit, et je pense que nous aurions gagné à garder notre calme, moi le premier d'ailleurs. Mais cela n'a que peu d'importance maintenant. Le fait est qu'il existe un Tisseur en dehors de notre royaume, et qu'il est fort probable qu'il soit le seul parfaitement en sécurité au moment présent.
-Mon Roi...
-Non, c'est la vérité et il serait stupide de l'ignorer. Je pense que nous serons d'accord sur le fait qu'il est important de nous assurer que l'enseignement dispensé à Keladril ne soit pas perdu. Pour cette raison, j'allais proposer de confier à ce messager une lettre destinée à ce Thirzuntîr, dans laquelle nous l'informons qu'il bénéficie du pardon du Roi et qu'il lui est fortement conseillé de se mettre sous la protection de qui il voudra, du moment qu'il reste loin des armées gobelines et de notre pays. Quelqu'un ici a-t-il des objections à cela? Non? Très bien, dans ce cas faites venir ce messager et interrogeons-le sur ce qu'il a pu voir.
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Le conseil dura quelques heures, durant lesquelles le messager elfe fut rigoureusement questionné et de nombreux plans furent mis au point. Alors que les membres se séparaient, le Roi fut accosté par un Becaro arborant un air gêné, ce qui n'était absolument pas dans les habitudes de l'elfe et ne manqua pas de décontenancer le monarque.
"-Mon Roi, si vous aviez un moment.
-Bien sûr, que veux-tu?"s'enquit Dakon.
-C'est au sujet de ce Tisseur. Ne pensez-vous pas qu'il faudrait lui accorder une protection séant à l'importance que vous lui accordez?
-Je t'avoue ne pas avoir considéré la question. Qu'envisages-tu, et surtout, pourquoi?
-C'est que..."l'elfe était visiblement gêné par ce qu'il allait proposer."Ma nièce est dans la Garde en tant qu'Aspirante, et je pensais que, peut-être, vous pourriez l'affecter à la protection de ce nain.
-Ta nièce? Mais ton frère n'est-il pas...Ah, je me souviens. N'est-elle pas toute proche de la fin de l'Okil?
-Elle l'est.
-Elle est presque une Garde à part entière, donc. Et tu voudrais que nous l'envoyions au loin, malgré les circonstances?
-Plutôt au vu des circonstances, mon Roi...
-J'avais compris cela. C'est une requête difficile à satisfaire, Becaro. Tu devrais en être conscient. Ne répond pas, je vois que tu l'es. La famille...quel terrible fardeau en temps de guerre..."
Désormais seuls dans la pièce, tous deux se tenaient debout le long de la table du conseil. Le Roi fit quelques pas et regarda autour de lui. Soupirant, il reprit la parole.
"-Soit. En récompense de tes services depuis plus d'années que je pourrais en compter, je t'accorde cette faveur. Le Garde Caÿa Vimeire sera affecté à la protection du Tisseur Istam Thirzuntîr, afin de s'assurer que l'héritage des Pères perdure quoi qu'il arrive. Es-tu satisfait?
-Je vous remercie, mon Roi."murmura l'elfe d'un ton chargé d'émotion.
-Parfait. Nous avons à faire, maintenant, je crois. Les prochains mois seront décisifs.
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La réunion terminée, Dakon retourna dans cette pièce pour y rejoindre Ker. Le nain l'y attendait, assis sur une des chaises et le regard fixé sur un point précis de la table. Il se retourna dès que le Roi entra dans la pièce et commença à parler.
"-Tu as donc accordé cette faveur au Capitaine.
-Oui. Me le reprocheras-tu?
-Non."Ker fit une courte pause puis reprit."La gamine est douée et volontaire, elle suivra Thirzuntîr comme son ombre.
-Comme tu l'as fait quand il était encore ici, tu veux dire.
-Je ne vois pas de quoi tu parles"affirma le nain avec une assurance totale.
-Tu sais, je regrette de m'être emporté ce jour-là. Thirzuntîr était un artisan prometteur et un nain de confiance. Je suis certain qu'il se débrouillera très bien là où il est. Et le Roi Thikut pourra enfin avoir un manteau sans devoir nous payer le dixième de sa fortune personnelle!
-En effet."fit Ker"Peut-être que tout cela finira pour le mieux.
-Je l'espère. Qu'as-tu pensé du conseil?
-Nural est un ver. Il te causera des ennuis si tu lui en laisses l'occasion.
-Je m'en doutais déjà. Que proposes-tu?
-Laisse-moi faire. Je devrais avoir le temps de m'en charger avant mon départ.
-Es-tu sûr? J'espérais une solution moins...radicale.
-Je ne laisserai pas un imbécile tel que lui bafouer l'héritage des Sages, et les circonstances ne se prêtent pas à une solution pacifique.
-Tu es le meilleur juge en ces matières..."soupira Dakon avant de s'interrompre brusquement."Attends, tu as dit que tu partais?
-Oui, pour la raison dont nous avons déjà discuté. J'y ai réfléchi, et mes conclusions ne sont que renforcées par ce que j'ai vu à Irdobar. Je pars demain.
-Demain...Nous aurons besoin de toi.
-Je serai plus utile là-bas.
-Si tu as raison.
-Voyons, te souviens-tu d'une seule occasion où je n'ai pas eu raison?"
Ker n'avait pas retiré son capuchon, mais le Roi pouvait voir aux mouvements de sa tête qu'il souriait probablement. A son tour atteint d'un sourire, il répondit au nain.
"-Je pourrais t'en citer des dizaines, mais je suis d'accord avec tes conclusions."Redevenant sérieux, il poursuivit."Becaro devrait t'accompagner.
-Et tu serais ainsi privé de tes deux conseillers les plus compétents? Ce serait une très mauvaise idée, et tu le sais. De plus, l'elfe capable de soutenir mon rythme n'est pas encore né.
-Pure bravade, vieil homme, et tu le sais."rétorqua Dakon.
-Dakon."continua Ker d'un ton plus sérieux."Je ne plaisante pas, garde Becaro avec toi. Tu auras besoin de soldats, pas d'un vieux nain au caractère impossible, et la Garde aura besoin de son Capitaine.
-Je sais. Sois prudent durant ce voyage. C'est un ordre.
-Je ferai de mon mieux pour y obéir, mon Roi. Maintenant, j'aurais quelques remarques avant mon départ. Ce conseil était plein d'enseignements."
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Le lendemain, alors que le soleil se levait et que ses rayons éclairaient faiblement les allées du quartier extérieur, ses habitants se remettaient au travail avec une hâte qui trahissait la situation critique de la ville. Du haut des murailles de la porte nord, le messager elfe observait cette activité tout en surveillant du coin de l'oeil sa monture, qui témoignait d'un intérêt profond pour les gardes l'entourant, pour leur plus grande nervosité.
Pleinement conscient des possibles conséquences d'un accident pour sa propre existence, l'elfe s'approcha du cygne géant pour lui enjoindre de se calmer. Il parlait à l'animal d'une voix douce lorsqu'il prit conscience d'une agitation provenant d'une des tours. Tournant la tête, il aperçu deux silhouette quitter le bâtiment pour se diriger vers lui.
Bien que les deux marchent côte à côte et que l'une soit nettement plus grande que l'autre, c'est la seconde qui attira les regards du messager. Enveloppée dans un manteau de voyage d'une couleur pâle et au visage caché par un heaume argenté, elle marchait vers le cygne en regardant droit devant elle. Elle ne paraissait pas prêter attention aux paroles du nain-il était sûr que c'était un nain, malgré les robes et le visages caché-l'accompagnant, mais quelque chose dans sa posture laissait entendre qu'elle était parfaitement consciente de ce qui l'entourait. Caressant son cygne, l'elfe se dit que c'était sans doute son passager. Il avait entendu dire que c'était un garde, bien qu'il n'ait pas vraiment compris ce que cela signifiait.
Alors que les deux approchaient, il eut la certitude que cette personne-nain, naine, elfe?-était bien le garde qu'il attendait. A sa ceinture et dans son dos étaient accrochées plus d'armes que l'elfe pourrait en nommer, et il aurait pu jurer que le manteau en cachait d'autres. Il se faisait la réflexion que tout ce métal ralentirait fortement leur voyage lorsque tous deux s'arrêtèrent à une distance suffisante pour qu'il soit incapable de les entendre.
Tandis que le nain parlait, le garde retira son heaume pour lui répondre, révélant son visage à l'elfe curieux. Comme il en avait eu l'intuition, c'était une naine, peut-être légèrement plus petite que la moyenne de cette race. Elle portait ses cheveux blonds très courts, et le messager voyait bien à sa posture martiale qu'elle était tout aussi compétente, voire plus, que les gardes patrouillant le long des murailles. Ils étaient trop loin pour qu'il aperçoive son visage, mais quelque chose dans sa manière de se tenir dérangeait l'elfe, sans qu'il puisse réellement le nommer.
Il en était là de ses observations lorsque les deux nains se séparèrent sur un ultime salut de celui en noir. La garde s'approcha de l'elfe et lui fit signe de se préparer à partir. Sans s'offusquer de ce manque de politesse, il commença à détacher sa monture. Avec cette charge supplémentaire, nul doute que le voyage serait long et riche en évènements.
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Je pense que c'est mon meilleur chapitre jusqu'à présent. ![]()