Dans la mairie, le protocole se tenait comme il se tient toujours, de façon robotique, Byime répondait aux nouvelles du monde que le diplomate apportait, la fonction économique ayant déjà été remplie par Scar. Les hommes étaient sensés venir cet été, mais la guerre les ralentissant, ils ne pourraient venir qu'à l'automne.
"Les dernières nouvelles de ViandeSacrifiée est que les Écorchés D'Argent ont envahi la forteresse.
- C'était inévitable.
- Les dernières nouvelles de MontsEnFeu est que les Écorchés D'Argent ont envahi la forteresse.
- C'était inévitable.
-Les dernières nouvelles des TrousMécaniques sont que Dodok VisageGris a été nommé maire de la forteresse.
-
"
Pendant ce temps là, la fanfare ( ou plutôt le seul groupe de musique de la forteresse à qui on avait donné des uniformes ) faisait une haie d'honneur devant les appartements de Scar. La musique, loin des festivités habituelles, célébrait de façon militaire la visite de la comtesse, qui, précédée de Scar qui lui fit une baise-main devant la porte, pénétra dans la demeure du Grand Argentier.
"Je vous en prie, ma Dame, faites comme bon vous semble, ces appartements seront vôtres durant le séjour, je logerais parmi les nains du quartier des joailliers si vous me cherchez. Mais nous avons à parler, désirez-vous un rafraichissement ?
-Fort bien, un verre de rhum fera l'affaire" répondit l'intéressée sur un ton plus détendu que Scar ne s'y attendait. Une fois tous deux servis, ils s'installèrent au bureau afin de discuter de la situation.
"Ma Dame, au nom de toute la forteresse, je tiens à présenter nos excuses pour la scène qui s'est déroulée sous vos yeux lors de votre visite pénitencière. Quelle ironie que cela se produise la première fois que nos geôles sont utilisées...
- C'est de la violence policière ! Ne cherchez pas d'excuse, M. AngeEnLarme ! Le sieur Truman m'a déjà tout raconté.
- Certes, il est tout à fait juste de dire répondit lentement et calmement Scar, que nos nains sont souvent réactifs. Cette sanguinité pose, je ne vous le cache pas, des problèmes récurrent, surtout lorsqu'elle s'accompagne d'une série de hasards et de débats sur une si gracieuse dame.
- Hasard ou pas, il ne peut pa... Attendez, pouvez-vous répéter ?
- Oh... Urist McTruman ne vous en a pas touché mot
. Il est si doux avec les autres et parfois si timide... En effet, le mécanicien et l'ex-chasseur se battaient pour vous offrir ce qu'ils considèrent comme le plus beau fruit de la forteresse, celui qui s'accorderait le mieux à vos yeux. Le premier souhaitait vous offrir deux boucles d'oreilles de deux kilos chacune, en acier représentant des rouages, à moins que ce n'en soient des vrais. Le second, un collier d'os d'ours tenus par un fil de poil d'homme-rat. Bien entendu, l'officier a été suspendu jusqu'à nouvel ordre puisqu'il a frappé ce pauvre Urist.
- Ce n'est que justice, dit la jeune naine rougissante devant tant de compliments. Quant à ces cadeaux, je trouve ceci très touchant, mais je crains que ce ne soit pas adapté à une comtesse
- Mais comme je vous comprends... de toute façon il était impossible que je les laisse vous offrir de tels biens. C'est pourquoi j'ai également décidé de vous offrir quelque chose, qui a été confectionné selon mes instructions par la victime de l'histoire. URIST ? VOUS POUVEZ ENTRER"
McTruman pénétra, béquilles au bout des bras, un objet scintillant accroché à l'un d'une. Il tendit le bijou à Scar, sourit rapidement à la comtesse, et repartit d'où il était venu, se dirigeant illico vers le meeting hall où il savait que Scar lui avait réservé quelques bons plats pour son travail d'orfèvre.
"Voici, ma Dame, un bijou qui je l'espère, sera plus adapté à votre rang"
Il tendit les bras autour de la nuque de la naine et y attacha un splendide collier d'or orné de quelques turquoise.
"C'est... c'est splendide, je ne vous cacherais pas que je préfère ceci aux deux autres propositions. Je me suis trompée sur vous, Scar, vous avez le sens de l'ordre, de la justice et de l'hospitalité. Je me sens un peu mieux pour ce brave nain.
- Ah... Ce bon vieil ami Urist dispose de grandes vertus, c'est quelque chose dont je suis sûr. Hélas, je crains que ce nain ne soit... simplet*, dirais-je... Il nous a causé aurant, voire plus de difficulté qu'il ne nous a aidé. Tenez, lors du siège du printemps dernier, alors qu'une équipe secrète d'éclaireur se rendait à l'extérieur, il a usé de la catapulte pour envoyer non pas des rochers, mais des vivres, essentielles à notre survie et rares en temps de guerre, sur l'envahisseur, ainsi que sur nos propres nains au passage... il a également révélé leurs positions par l'utilisation d'un éclairage volant. Une personne ingénieuse en somme, mais qui présente par la meme des risques énormes pour nous. Je le garde souvent auprès de moi, il faut laisser quelqu'un de responsable à ses côtés. Il a le coeur d'un dirigeant, il n'en a certainement pas la tête.
- Fichtre, je ne l'imaginais pas comme ceci, vous m'apprenez des choses
veuillez m'excuser, noble Argentier, je suis épuisée et j'aimerais me reposer.
- Fort bien, répondit Scar. Un seul conseil ma Dame... ne mentionnez pas les boucles d'oreilles à quiconque, le pauvre McTruman est si susceptible, il en va de meme avec Morul.
- Je comprends... bien, bonne nuit, Scar"
La porte des geôles s'ouvrit, et dans la pénombre la silhouette de Scar apparut.
"Morul, Bomrek, vous allez pouvoir sortir. J'ai payé votre caution, et j'espère que vous me la rembourserez d'une façon ou d'une autre.
- Sérieusement ? demanda Morul. Mais... c'est pas toi qui est en charge des prisons, et donc des cautions ?
- Si. J'ai consulté les lois royales, rien ne m'interdit de faire ceci, du moment que je peux payer la caution au responsable, à savoir moi-même, et sache que je peux tout payer. Vous avez tous deux une dette envers moi désormais, signez juste ces papiers"
Cinq minutes après leur sortie inespérée et la restitution de leurs affaires, les deux nains étaient libres.
"Je crois qu'on pourrait appeler ça la doctrine Truman, dit Scar à voix haute.
- Pardon ? répondit Bomrek.
- La doctrine Truman*, ou d'endiguement si vous préférez. À chaque fois que je serais exposé au public ou en présence d'une personne d'importance, faites en sorte de limiter les actions de notre "ingénieur". Je crains que cela ne s'avère nécessaire dans les temps à venir"
*: désolé des références, ça me titillait depuis longtemps 