- Hé ! Toi là ! Qu'est-ce que tu viens faire ici hein, embêter les honnêtes gens ?
Le dénommé Osman avait avancé vers l'entrée de la cour de la forteresse. Du haut de leurs contreforts, les gardes le hélaient.
- Oh, gentes créatures, n'ayez crainte, répondu celui-ci d'une voix fluette. Je m'en viens en ami, quérir une fonction. Je suis, voyez-vous, troubadour à mes heures perdues, guerrier lorsque les circonstances s'y prêtent. J'ai ouï de grandes choses au sujet de votre citadelle, ville creusée dans la roche qui, dit-on, rendrait la plus vertueuse des fées envieuse de sa souterraine beaut...
- OH TA GUEULE GRANDES OREILLES, ABREGE !
- OUAIS SÉRIEUX, TU SAIS PAS LIRE ?
- Bien sûr que si, je sais même écrire, n'avez-vous pas entendu parler de mon ouvrage en rapport av...
Il s'arrêta un instant et lu un panneau écrit en lettre cramoisies: "Nozush Deb Thisrid !!!".
- Navré messeigneurs, je ne maîtrise pas la noble langue des nains.
- Ça dit "BOUFFEURS DE VERDURE NON-ACCEPTÉS". Aller, ou tu te tires, ou on te tire.
Tandis que l'elfe s'apprêtait à reprendre la parole face à cette invective, une corne résonna dans la forteresse et se fit entendre jusqu'au dehors. Les gardes se dépêchèrent de rentrer, armes en mains, demandant à Osman de "rester bien sagement ici". Dès qu'ils furent rentrés par la porte des contreforts, il pénétra dans la forteresse.
À l'intérieur, des cris, des nains courant à toutes jambes, des pleurs. Prenant son courage d'une main, son arme d'une autre, le valeureux elfe se précipita dans la direction d'où venaient les nains paniqués et d'où semblaient provenir des bruits de combat.
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Se retrouvant dans une réserve pleine à craquer de victuailles et de tonneaux en tous genres, l'elfe vit une monstruosité, haute comme trois elfes et demi, en pleine bataille face à plusieurs nains en armes. Parmi eux, les gardes des contreforts qui avaient lâché leurs arbalètes au profit d'une lance et d'une masse. L'un d'eux, l'apercevant, s'écria:
- Bordel, on t'avait dit QUOI ?
Puis, se prenant le revers de la main de la créature décomposée, il voyagea à travers la salle pour s'écraser sur un tonneau.
N'écoutant que son courage, le brave elfe contourna la vile créature occupée avec d'autres gardes. Puis, derrière son dos, il s'écria: "POUR DISO", sauta sur son dos, donnant de multiples coups sur le torse de l'ennemi. Ne sentant pas la douleur, celui-ci se contenta de passer son bras par-dessus son épaule, de saisir l'elfe par la tête et de le lancer à son tour contre un tonneau de bois qui céda sous la force du choc, déversant des litres de vin sur le sol et l'elfe à moitié-conscient.
- HOLA ! s'écria une voix tonitruante venant de la porte de la réserve. QUI TE PERMET DE RENVERSER MON ALCOOL ?
Se retournant à nouveau, la créature n'eut le temps de voir qu'un simple nain, plutôt enrobé, portant un tablier et dont les cheveux étaient roux comme une orange.
- PERSONNE NE S'ATTAQUE A L'AUBERGE DE NORAN ALABROK COMME CECI !
L'énorme hachoir en acier que l'aubergiste lança avec une immense force et qui vint se planter entre ses deux yeux, fendant par la même son crâne, fut la dernière chose qui lui fut donnée de voir.
Se relevant péniblement, le garde se frotta la tête, et ne vit qu'une simple porte donnant sur les cuisines claquer. Il lui sembla entendre un grognement comme "grmf, en plus j'ai loupé le grandes oreilles, je l'aurais eu si ce foutu troll n'était pas là".
Il observa un instant la pièce où gisait la carcasse pourrie de la gigantesque créature. Plus une seule trace de l'elfe. Il ressortit par l'endroit où celui-ci était entré. Plus rien n'indiquait sa présence. Déterminé à en savoir plus sur ce personnage, il retourna à l'entrée que surveillait alors son frère, membre de la garde.
- Dis... tu n'as pas vu quelque chose d'inhabituel ?
- Comme des morts-vivants et des fantômes ?
- Non, pire... comme un elfe.
- Ah oui. Je l'ai vu sortir en courant. Entre deux essoufflements, il se criait à lui-même qu'il devrait ouvrir une taverne bien au chaud dans un arbre et ne plus jamais essayer de jouer aux aventuriers.