Au problème cultuel, faut aussi ajouter qu'à partir du IIIe siècle, et encore plus au IVe, soit les périodes majeures de persécutions, l'Empire a besoin de soldats, et a recours à l’enrôlement de force d'une partie de la population (dont, fatalement, des chrétiens). Or, à l'époque, le chrétien se définissait comme celui qui suivait la doctrine absolument non-violente de Jésus. Le métier des armes était ainsi strictement interdit aux chrétiens. Certains ont évidemment trahi leur foi et accédé aux exigences impériales; mais nombr d'autre ont fini en martyrs.
Au début du IIIe siècle, Hippolyte de Rome écrit une réglementation de l'Eglise de Rome, dont on peut tirer le passage suivant: "Ceux qui, catéchumènes ou fidèles, veulent se faire soldats seront renvoyés, parce qu'ils ont méprisé Dieu".
Ainsi, Maximilien, en 295 refuse de porter les armes, ce qui lui vaut le martyr.
Un soldat qui devient chrétien, pour sa part, peut rester dans l'armée mais doit s'engager à ne pas tuer; si on lui ordonne de tuer, il doit refuser, et il ne peut pas prêter serment.
On peut ici citer le cas de celui qui deviendra Saint Marcel le Centurion, qui servait dans l'armée sous Dioclétien et se convertit au christianisme, refuse de prêter serment à l'empereur et de servir les idoles. Il est exécuté en 298. On pourrait citer de nombreux autres exemples; ce qu'il est important de retenir est que c'est le pacifisme total des chrétiens qui leur vaut d'être persécutés en tant qu'ils remettent en cause l'autorité impériale, pas des croyances jugées non-conformes, et encore moins une supposée infidélité à l'empereur. Ce n'est pas un hasard que la plus massive des persécutions, soit celle de Dioclétien, qui est précisément celui qui généralisera les enrôlements de force dans l'armée.
Il ne faut pas croire que les chrétiens étaient foncièrement réfractaires à l'Empire, certainement pas (ou alors en très petit nombre), et les textes le montrent très bien, à commencer les écrits de Paul:
"Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien [...]. Il est donc nécessaire d'être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience." (Romains, 13, 3-5)
L'idée est d'une clarté absolue: le chrétien s'efforce d'être un bon citoyen. Le problème vient du pourquoi il l'est. Jean Flori exprime bien cet accroc: "le chrétien sera donc soumis aux lois de l'Etat par fidélité à Dieu, et non par fidélité à l'empereur en tant que chef d'Etat, moins encore en tant que représentant sur terre d'une quelconque autorité divine [...]." Il en découle que si les lois de l'empereur entrent en contradiction avec celles de Dieu, le chrétien privilégiera celles de Dieu. C'est bien ce qui est mis en avant avec le problème de l'armée: Dieu interdit de porter les armes, l'empereur l'ordonne: le chrétien doit donc refuser, et entre en contradiction avec le pouvoir impérial, le fragilisant, ce qui mène généralement à une mort en martyr.
Mais il est important de noter que le refus de porter les armes des chrétiens ne s'apparente aucunement à des volontés séditieuses: leur fidélité à l'empire ne fait aucun doute.
Le chrétien Origène écrit ainsi au début du IIIe siècle (dans son Contre Celse): "Plus que d'autres, nus combattons pour l'empereur. Nous ne servons pas avec ses soldats, même s'il l'exige, mais nous combattons pour lui en levant une armée spéciale, celle de la piété, par les supplications que nous adressons à la divinité."
Voilà, et @L-Arbrophile: tu fais vraiment de la peine.