Voila bonne lecture:
Acte 5 scène 5
Arnolphe seul:
«Oh, je me meurs et je suis épris de douleur!
Agnès et Horace sont désormais mariés .
Quel terrible châtiment ai-je mérité
pour que cela puisse tellement me courroucer?
Quelle méprise, j'ai subi hélas les confidences d'Horace
pour en déjouer ses traîtres entreprises.
Maintenant il rit de moi avec ma promise,
celle que j'ai adopté et bâti à ma guise!
Ah! voici une cynique leçon du destin
j'avais bien façonné mon projet de mes mains
cet unique objet dont j'ai pris le plus grand soin
dans le seul but d'assouvir mon habile dessein:
une femme fidèle qui ne me trompera point,
je me sens éprouvé, cocufié, humilié,
mon plan si bien pensé et idéalisé
ne pouvait guère à ce point me déshonorer!
Je reste seul , abandonné de mes amis.
Je suis victime d'une perfide infidélité.
J'ai perdu ma légitimité, mon crédit
face aux gentilshommes je cache mon orgueil blessé.
Mon cœur saigne d'un amour qui ne m'est pas permis
et qui m'a été volé par un jeune premier .
Personne ne croira jamais en ma théorie
sur les mariages et leur infidélité,
alors que je lui ai dévoué toute ma vie
et que je croyais tenir là une vérité!
Pauvre de moi, l' homme de société cultivé
apparaît tel un homme de risée et brisé.
Cruelle dignité! Je n'ai su me faire aimer
de celle que je m'étais prédestiné , je crève!
Arnolphe se met à genoux et prend sa tête entre ses mains
Éduquée avec ma méthode, ma volonté
d'ingénue à femme révoltée elle est passée
et dans les bras de l'amour elle s'est réfugiée.
Pour s'assurer de la fidélité d'Agnès
n'était-il pas meilleur de se faire aimer d'elle?
Je regrette de n'avoir pas su comme son amant
lui conter de douces promesses et des ritournelles.
L'ignorance et la piété suffisent-elles vraiment
à garantir l’honnêteté de toutes ces femmes ?
Je doute de cette philosophie et ses blasphèmes
et vis cette situation comme une anathème.
Arnolphe divaguant s'écroule à même le sol et pousse un cri guttural clôturant ainsi la scène 