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Caravaggio - Jarman

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Niveau 33
28 octobre 2014 à 17:48:43

Réalisé par Derek Jarman
avec : Nigel Terry, Nigel Davenport, Michael Gough
genre : drame, biopic
durée : 1h32
pays : UK
année : 1986

Synopsis : Artisan majeur de la Renaissance italienne, Michelangelo da Caravaggio a marqué le 16e siècle et l'histoire artistique du pays.

:globe: Mon avis :globe:

Je ne connaissais rien de la vie du Caravage et je ne suis pas certain que le film soit là pour apprendre quelque chose à son sujet et je ne suis même pas certain que ce qui est montré se soit réellement passé. Je veux dire que nous ne sommes pas dans un film didactique comme tout un tas d'autres biopic. En fait le film m'a plus appris des choses sur son réalisateur que sur le Caravage et je ne lui en veux absolument pas, je veux au contraire voir plus de biopic de la sorte et moins de fiches Wikipedia illustrées.

C'est un film brillant, déjà il ressemble beaucoup à ses deux autres films que j'ai pu voir de lui : Blue et Wittgenstein et plus j'y pense, plus je me dis que Blue c'est le summum de son cinéma, où il pousse son concept jusqu'au paroxysme. Parce que là, les plus belles scènes, sont celles où on a cette voix off qui raconte des choses sublimes :"Time stop for no man, not even the sun. Says Pasqualone." et à l'écran on a ces corps, souvent torse nu où tous leurs muscles sont dessinés, où la lumière vient appuyer tous les plis du tissus... Pour simplement rendre hommage au génie de la peinture et à ses clair/obscure.

Mais le mieux et j'avais adoré Passion de Godard qui faisait déjà ça plusieurs années auparavant, c'est les tableaux recomposés avec des humains pour le film, parfois c'est pour montrer comment le Caravage peignait (mais le film ne s'attarde que rarement sur des choses aussi banales, la scène a toujours un intérêt supplémentaire, on n'est pas dans la réalité), mais parfois juste parce que c'est magnifique. Et à plusieurs reprises j'ai cru voir le tableau, jusqu'à qu'un personnage change de position ou se mette légèrement à osciller car il ne tient plus. Et le dernier tableau/recomposition est juste sublime.

Du coup je ne sais pas si le Caravage était réellement gay ou autre... Je ne sais pas si c'est important... L'intérêt du film est tout autre...

W_Wenders
W_Wenders
Niveau 10
28 octobre 2014 à 17:52:22

C'est quel film le plus accessible du coup?
Celui là ou Wittgenstein?

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Niveau 33
28 octobre 2014 à 17:56:29

Aucun des deux... :hap:
Wittgenstein peut-être... J'en sais rien fait.

W_Wenders
W_Wenders
Niveau 10
28 octobre 2014 à 23:11:06

Je n'ai rien compris. Mais je ne suis pas sûr qu'il y ait quelque chose a comprendre. C'est vraiment quelque chose qui se vit. Une immersion totale dans un lieu poétique, bercé par la voix off au texte mélodieux.

Il y a des corps nus, des hommes, une femme. Ils s'aiment, tous de leur côté, leur relation est trouble. Et ces corps sont bercés par cette lumière, ces cadres magnifiques qui évoquent chacun un tableau d'époque différent.

Il y a la religion, centrale dans l’œuvre du Caravage pour ce que j'en sais de lui, qui est ici une présence étrange et malsaine. Là encore, tout est trouble.

Et puis il y a le Caravage, qui peint des tableaux modernes, avec des couleurs sombres et des formes éclatées, où la couleur prédomine sur le trait. Ça m'a fait penser a ce que dit Balzac dans Le Chef d’œuvre inconnu en parlant du Caravage, qu'il avait tout compris en désertant le trait pour la couleur et la lumière. En procédant ainsi, dit Balzac, les tableaux prennent vie, il y a vraiment le vent qui passe entre les personnages, vraiment une ombre qui bouge en même temps qu'eux. Jarman retrouve cet effet a travers les reconstitutions des tableaux du maître en filmant directement les corps.

On a vraiment une projection dans la philosophie de l'artiste qui permet de retranscrire tout ce qu'il représente aujourd'hui. Une expression pure de son génie qui passe par la reprise de l'essence de son art, et la modernisation du reste.

Bref, c'est assez génial. Mais je ne sais pas quoi en penser, quoi en retenir. A voir pour se faire une idée.

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
28 octobre 2014 à 23:11:54

Putain, ça fait depuis Blue que je crève d'envie de le voir, vos avis me motivent encore plus. Je l'ai, faut que je me le fasse.

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
21 octobre 2015 à 12:03:12

1985. 8 ans avant Blue, le film testamentaire de Jarman, qui travaillait l'épure formelle (pas le choix, quand on est aveugle, il faut bien), Caravaggio, biopic d'esthète peint façon toile classique. Comme Fassbinder, Jarman est un féru du cadre et des intérieurs : découpage symétrique des plans, souci géométrique constant, lumière chaude et colorée et captation des faciès, des visages. Il y a dans Caravaggio cette conception quasi pasolinienne de la mise en scène, dans cette dichotomie entre le prosaïsme moderne et le perfectionnisme classique, cette contradiction d'apparence entre vulgarité et beauté.

Alors, cela a un revers, c'est que l'on est jamais très loin de la pose, et par conséquent de l'imposture. Il y a chez Jarman, ou du moins dans ce Caravage, un caractère quelque peu séducteur, quelque peu apprêté, dandy, formaliste qui le sacrifie parfois au lyrisme et à la poésie. Mais le Derek est quand même en grande forme, et il y a chez lui le goût de l'élégie et du raffinement artistique.

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