Titre : Rosetta
Réalisateurs : Jean-Pierre et Luc Dardenne
Année de sortie : 1999
Pays d'origine : Belgique
Synopsis : Rosetta mène tous les jours une guerre sans relâche. Une guerre pour trouver du travail, une place qu'elle perd, qu'elle retrouve, qu'on lui prend, qu'elle reprend, obsédée par la peur de disparaitre, par la honte d'être une déplacée. Elle voudrait une vie "normale" comme eux, parmi eux.
Etonnant qu'il n'y ait pas de topic, j'ai bien cherché pourtant...
Mon avis
C'est seulement mon quatrième Dardenne, honte sur moi (surtout qu'ils viennent de chez moi ces braves) ! Faut dire que c'est pas super rigolo, pas le genre tu te dis "oh je me ferais bien un petit Dardenne". Pourtant j'adore à chaque fois leurs films, et celui-ci encore plus que tout le reste.
Il y a une bonne blague chez nous qui consiste à dire que quand les Dardenne filment, y'en a un qui tient la caméra et l'autre qui le chatouille. J'ai toujours trouvé ça relativement drôle, mais il suffit de voir ce film pour se rendre compte que c'est pas mal des conneries. Les Dardenne savent exactement ce qu'ils font, chaque plan est millimétré, ils savent exactement quoi filmer, quand le filmer. La gestion du hors-champ, les gros plans, même très brefs, le montage avec cette gestion des ellipses... C'est maîtrisé et pourtant ça vit, c'est un cinéma plein de vie, dynamique, brut. Dès l'intro on est avec Rosetta, on la suit de dos, sans même voir son visage on sait qu'elle sera importante. Et le film ne la quitte jamais, nous fait vivre avec, que ça soient les instants clés ou ceux sans importance. Certains scènes durent, d'autres sont coupées abruptement.
Et putain qu'est-ce qu'on s'attache à elle ! Pourtant c'est loin d'être un personnage parfait, elle est très renfrognée, ne sourit quasiment jamais, elle peut paraître très dure, et elle fait plusieurs choses assez discutables, sans spoiler. Mais on ne peut pas lui en vouloir, on la comprend, on l'aime Rosetta. Et il y a cette relation avec sa mère, dont on ne comprend tous les enjeux que progressivement. C'est vraiment la clé, et j'ai l'impression que les frères adorent ce genre de relations parent-enfant bien ambiguës, je ne sais pas ce qu'il faut y voir mais à chaque fois ça marche à merveille ! De manière générale, tous les persos sont réussis parce que vrais, pas de connards jusqu'au bout, pas de bons samaritains jusqu'au bout non plus.
Alors le film n'est pas drôle. C'est peut-être le mini-reproche que je lui ferais, là où un Kechiche fait durer les instants de bonheur, ici il y en a très peu, mais du coup les rares fois où Rosetta sourit c'est magnifique. Disons qu'il y a ce côté plutôt oppressant, mais c'est sans doute voulu, pas gênant du tout car on n'a pas non plus l'impression d'assister à un gros truc peu subtil où le sort s'acharne sur elle, tout est vrai.
Et Émilie Dequenne, difficile de ne pas en tomber amoureux 