D'une complexité inouïe. Sûrement l'un des films les plus difficiles qu'il me fut donné de voir. Il faut d'abord prendre conscience de son importance tant le dispositif, mêlant fiction et documentaire est révolutionnaire. Les documents que les personnages sont chargés de visionner annoncent directement le Méditerrannée de Jean-Daniel Pollet et, de fait, le Sans soleil de Chris Marker. Mais la démarche est ici tout à fait différente.
La voix-off est particulièrement insaisissable, absconse, presque absurde et le jeu auquel sont conviés les cinq personnages est d'une grande perversité. Contraints de trouver des associations d'idées entre les différents documents qui se succèdent sous leurs yeux, là où les analogies ne sont franchement pas évidentes. La tâche parait insurmontable et d'un même revers, le spectateur, dans la situation des personnages, se retrouve mis en position latérale de sécurité. D'une grande densité réflexive et intellectuelle que l'on peut trouver écoeurante, le film ne semble pas s'épuiser dans un premier visionnage, et il me faudra sûrement le revoir pour tenter de percer un peu plus ses mystères, à défaut de trouver la solution de cette gigantesque énigme.
Mais après tout, y a-t-il vraiment une solution ? Le film ne se départit pas d'une certaine ironie, la mort des personnages et l'échec de leur mission étant annoncées dès le début du film. Tout semble trop touffu et trop complexe, les référentiels de compréhension manquent souvent faute de culture évidemment mais c'est aussi le film qui déploit, de manière volontariste, son propre flou, sa propre incompréhension. On peut vraiment penser que tout cet éventail n'est que poudre aux yeux et que la véritable solution de l'énigme, c'est qu'il n'y en a pas. Kafka n'est jamais loin et si la méthode peut sembler arrogante, le film n'en demeure pas moins fascinant. Mais extrêmement complexe.