Les 2 premières heures sont monumentales, parce que Kramer incite vraiment au débat sans les juger les différents intervenants. Le film se structure alors autour du dialogue mais le montage sélectif du documentariste fait la différence. Les séquences s'intègrent savamment à une véritable description-représentation de l'Amérique, l'ensemble étant vu sous le prisme intéressant du personnage fictif qui contribue aussi à la singularité et à la pertinence du dispositif de Kramer. On navigue entre les fondamentalistes du Nord, la pauvreté du Connecticut, pour une représentation multiculturelle passionnante, sensée et intéressante. Le tout, bien évidemment, avec le regard le plus neutre possible du cinéaste. L'humain est mis au centre du film et il y a un réel mouvement géographique et culturelle qui est mis en exergue par le dispositif du documentariste. Et il y a quelque chose de singulier aussi dans cette prise de température que fait le cinéaste d'une Amérique qui semble si victorieuse (1989, c'est plus ou moins la chute inéluctable du bloc de l'Est qui s'amorce) et qui affiche pourtant tant de faiblesses sociales et culturelles internes.
A partir de la troisième heure, le film se met déjà un peu plus à tourner en rond, le "récit" s'éparpille tout en distillant une nostalgie qui peut encore toucher, et qui passe essentiellement par le personnage fictif (retrouvailles, rencontres ...etc). Par contre, la dernière demie-heure est assez insupportable, Kramer ne semble ne plus rien avoir à dire et le film devient alors très chiant ...
Mais c'est à voir quand même.